Terrorisme : peut-on gagner une guerre contre Daech ?

La guerre contre le terrorisme en général, Daech en particulier, exige une volonté sur le long terme sur au moins une quinzaine d'années. Mais les démocraties en ont-elles la patience et la persévérance?
Michel Cabirol

4 mn

L'histoire nous montre que la résolution d'une crise demande en moyenne une quinzaine d'années d'endurance, de constance et de persévérance, estime le chef d'état-major des armées, le général Pierre de Villiers
"L'histoire nous montre que la résolution d'une crise demande en moyenne une quinzaine d'années d'endurance, de constance et de persévérance", estime le chef d'état-major des armées, le général Pierre de Villiers (Crédits : Reuters)

Lundi, dans son discours au Parlement réuni en Congrès, François Hollande a déclaré : "la France est en guerre (...) contre le terrorisme djihadiste". Peut-on gagner une guerre contre le terrorisme ? Pour l'ancien Premier ministre Dominique de Villepin, qui refuse aujourd'hui le terme de guerre contre Daech, "nous ne pouvons pas gagner la guerre contre le terrorisme", avait-il dit en septembre 2014 sur le plateau de "Ce soir (ou jamais)". Et de préciser ni plus ni moins que "l'échec est annoncé". Pourquoi? Parce que "le terrorisme est une main invisible, mutante, changeante, opportuniste. On ne se bat pas contre une main invisible avec les armes de la guerre". Bref, des propos très déprimants pour les démocraties qui sont par nature (trop?) ouvertes.

Dominique de Villepin a à la fois raison et à la fois tort. Tout dépend déjà de quel terrorisme on parle. Oui, les Etats peuvent gagner des guerres contre les organisations terroristes. C'est parfaitement vrai quand le terrorisme est confiné à une région du monde, à un pays. La France a bien mis hors d'état de nuire le groupuscule Action Directe dans les années 80 ainsi que le célèbre Carlos bien des années plus tard. Tout comme l'Allemagne a réussi à vaincre la Fraction armée rouge ou appelé aussi la "bande à Baader" dans les années 70-80. Plus récemment encore, l'Algérie en coopération avec la France a considérablement marginalisé le très puissant Groupe islamique armé (GIA), qui avait fait régner la terreur dans Paris dans les années 90 et en Algérie. La dernière opération du GIA remonterait à 2004.

Une volonté sur le long terme

C'est vrai qu'avec Al-Qaïda dans un premier temps, et maintenant Daech, les enjeux sont autrement plus lourds aujourd'hui. Mais la lutte contre le terrorisme est d'abord une question de volonté des Etats avant d'être une question de moyens. Une volonté sur le long terme. Les démocraties sont malheureusement beaucoup trop velléitaires, comme on a pu le voir avec les Etats-Unis en Irak, la France en Libye, le monde occidental en Afghanistan, où le retour des Talibans semble être une question de temps après le retrait de la plupart des troupes occidentales.

Pour gagner ces guerres dans des pays où l'Etat est devenu trop faible, il faut rester avec une armée d'occupation plus de 10 ans sur place afin de former de nouvelles élites dans la politique, l'administration, les armées, la police, la vie culturelle... tout en acceptant certaines spécificités de ces pays. C'est ce que fait la France depuis janvier 2013 au Mali. "Nous avons constaté qu'il y avait une stabilisation politique, un retour de la croissance - elle devrait se situer autour de 4 % cette année - et une amélioration considérable de la situation sécuritaire depuis le début de l'année 2013", a expliqué début novembre à l'Assemblée nationale le ministre de la Défense.

Mais la France n'en a pas fini avec le Mali où elle doit rester sur ses gardes car, comme l'a rappelé Jean-Yves Le Drian "les groupes armés terroristes même moins nombreux et actifs n'ont pas renoncé à faire dérailler le processus politique ni à agresser les forces internationales, celles de la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations unies pour la stabilisation au Mali (MINUSMA) comme celles de l'opération Barkhane". La prise d'otages à l'hôtel Radisson de Bamako ce vendredi illustre bien encore la précarité de la situation sécuritaire au Mali. D'où la nécessité pour la France de rester pour consolider au maximum ce pays. Les effectifs de Barkhane varient entre 3.500 et 3.800 hommes en fonction des opérations.

Temps court et temps long

Malheureusement les démocraties évoluent dans un temps trop court alors que ces opérations exigent du très long terme (10, 15, 20 ans voire plus). "La contradiction de plus en plus flagrante entre la gestion du temps court et la nécessité d'inscrire l'action dans le temps long constitue une ligne de force", avait expliqué à l'Assemblée nationale le chef d'état-major des armées, le général Pierre de Villiers. Avec l'information instantanée et continue, la pression pour une réponse immédiate s'applique partout et à tous alors que l'histoire nous montre que la résolution d'une crise demande en moyenne une quinzaine d'années d'endurance, de constance et de persévérance".

Et le pire c'est que les démocraties savent faire. Qui se souvient en effet que La Force intérimaire des Nations unies au Liban (FINUL) a été mise en place en 1978. Soit une mission de 37 ans. Qui se souvient également que la Mission d'administration intérimaire des Nations Unies au Kosovo (MINUK) est présente depuis 1999 pour assurer avec réussite la sécurité, la stabilité et le respect des droits de l'homme au Kosovo ?

Michel Cabirol

4 mn

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Commentaires 29
à écrit le 24/11/2015 à 14:59
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Les comparaisons entre "action directe", "Carlos", la "bande à Baader" et daesh pour légitimer les victoires de l'occident contre le terrorisme me laissent songeur. C'est un peu comme si nous comparions la puissance de la Russie avec celle de Cuba. C...

à écrit le 20/11/2015 à 15:37
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oui mais surtout condamne les dirigeants des pays occidentaux qui joue double jeu en approuvant leur barbarie a des pays comme la turquie qui massacre les kurdes et que dire de l'arabie saoudite tans que se pays ne fera pas de l'egalite homme fe...

le 20/11/2015 à 17:14
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tu as raison Helios, mais comme je le disais il y a tellement de point a souligner, le double jeux de la France via l'Arabie, du Quatar, et de ces deux dernier dans ce conflit avec ces barbares, le double jeu de la Turquie, l'idéologie des cowboys...

le 20/11/2015 à 20:11
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Il n'y a pas que les pays occidentaux qui jouent double jeu dans cette partie : l'Iran avec le double jeu chiites/sunnites et son besoin de reconnaissance diplomatique / accord sur les centrifugeuses uranium; les Turcs pour qui l'enjeu n•1 est de neu...

à écrit le 20/11/2015 à 15:04
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Beaux résultat messieurs les politiques, passé, présent. Beau résultat quand les pays deviennent valet du grand Sam, beau résultat quand on se tromper de cible. oui une guerre contre ces barbares se gagne à la condition d'avoir des dirigeants à la h...

le 20/11/2015 à 17:42
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Je vous invite, @Criticarius, à revoir le terme "extrêmes" que vous donnez si facilement dans vos réponses. Il s'agit d'un usage fortement politique assurément mais qu'en est-il en réalité ? Il n'y a pas d'extrêmes en France. Il y a des partis polit...

à écrit le 20/11/2015 à 15:02
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Bizarre de parler de références incomparables avec la situation actuelle elle très favorable à toute lutte extrême; voire les partis extrémistes et leur développement en ce moment; c'est juste un reflet du résultat du libéralisme d'enrichir les plus ...

à écrit le 20/11/2015 à 14:16
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L'extrême-droite nazie a toujours lutté contre les terroristes. Jusqu'à prendre des civils au hasard pour les fusiller si les terroristes ne se rendaient pas. Peut-être payons-nous les dégâts de l'otan.. Mais ... je n'ai rien écris. Car il va mainten...

le 20/11/2015 à 17:31
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Les nazis n'étaient pas d'extrême droite mais d'extrême gauche, @yvan, tout comme les fascistes italiens. C'est par la suite dans une dérive linguistique que l'on a fait cette inversion stupéfiante. Bien entendu on considère que l'idéologie marxiste ...

à écrit le 20/11/2015 à 13:21
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La question n'est-elle pas plutot "doit-on faire la guerre au terrorisme"... Quand on voit le succes qu'on a dans ces operations...

à écrit le 20/11/2015 à 13:07
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Gagné est possible, cela implique des moyens d'action appropriés. Assasinat cible sur les hommes qui finance ces organisations dans le monde.Recherche des banquiers et organismes qui gèrent le patrimoine de ces individus. revoir nos pseudo alliance, ...

à écrit le 20/11/2015 à 12:48
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En France, tu peux pas gagner parce que dès que tu dis quelque chose qui ne plait pas, t'es accusé de racism. Dans l'autre sens, pas de problème. Ce qui veut dire qu'on privilégie les terroristes potentiels par rapport au Français lambda. Par conséqu...

à écrit le 20/11/2015 à 12:40
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Bonjour, La guerre contre le terrorisme ne peut exister car le terrorisme n'est pas un ennemi mais un mode opératoire, tout comme la guérilla, la guerre conventionnelle etc ... . Le terrorisme est le moyen le plus lâche et abject de ce que l'o...

à écrit le 20/11/2015 à 12:25
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citer le Kosovo (repaire de mafieux) ou la finul (echec total, la guerre au liban s est arrete sans qu elle y soit pour grand chose) comme reussite il faut le faire !!!

à écrit le 20/11/2015 à 12:06
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Notre obligation de réaction actuel est induite par notre incapacité a avoir agis à un moment donné. Ces actions nécessaires le sont toujours aujourd'hui. Donnons un avenir à nos jeunes par le travail au lieu de jeter dans les bras des psychopathe...

le 20/11/2015 à 12:58
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Ah oui, bien sûr, l'excuse sociale. C'est donc la faute de nous tous, riches et arrogants. L'homme naît naturellement bon, c'est la société qui le corrompt. Ben voyons... Et pendant ce temps, c'est encore et toujours le déni de l'influence culturelle...

le 20/11/2015 à 14:58
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Ayant le multiculturalisme dans le sang, je peu vous dire que je marche très bien, merci. C'est dans des moments comme ça, où justement les instincts animales s’exacerbent, qu'il faut apprendre à utiliser la raison pour ne pas se faire manipuler p...

à écrit le 20/11/2015 à 11:14
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“Il ne faut pas compter sur ceux qui ont crée les problèmes pour les résoudre.” Albert Einstein

à écrit le 20/11/2015 à 10:31
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Si on ne se pose pas la question, en parallèle,du de devellopement économique et de la répartition des richesses.......peine perdue.........on continuera a nourrir un fond revendicatif plus ou moins violent.......et ça risque de s aggraver dans les p...

à écrit le 20/11/2015 à 10:31
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Si on ne se pose pas la question, en parallèle,du de devellopement économique et de la répartition des richesses.......peine perdue.........on continuera a nourrir un fond revendicatif plus ou moins violent.......et ça risque de s aggraver dans les p...

à écrit le 20/11/2015 à 10:31
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Si on ne se pose pas la question, en parallèle,du de devellopement économique et de la répartition des richesses.......peine perdue.........on continuera a nourrir un fond revendicatif plus ou moins violent.......et ça risque de s aggraver dans les p...

à écrit le 20/11/2015 à 10:31
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Si on ne se pose pas la question, en parallèle,du de devellopement économique et de la répartition des richesses.......peine perdue.........on continuera a nourrir un fond revendicatif plus ou moins violent.......et ça risque de s aggraver dans les p...

à écrit le 20/11/2015 à 9:08
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Toujours mettre ça sur le dos des autres, la spécialité française...le 5 novembre, les allemands ont arrêté un convoyeur d'armes et ont averti les français qui n'ont pas bougé autrement qu'en répondant " si vous voulez qu'on vous renseigne faites une...

le 20/11/2015 à 11:00
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100% d'accord. Il semble que les troupes de daech soit constituées d'étrangers dont beaucoup d européens. Ils terrorisent les civils syriens. C'est pas de revenir mais de partir qu'il faut les empêcher. On se demande comment ils trouvent des armes...

à écrit le 20/11/2015 à 8:55
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Il faut créer ces structures entièrement financées par le contribuable pour ramener ces exclus vers le giron des partis politiques. Qui sait, ils finiront peut être par voter utile ?

le 20/11/2015 à 9:10
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"Accompagnement social des terroristes" on croit rêver...

à écrit le 20/11/2015 à 8:40
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Il y a une différence entre une guerre armée contre armée et contre des groupuscules qui assassinent des gens par dizaines ou centaines. Les terroristes sont une mafia. Leur but est de faire peur. De nos jours les mots n'ont plus de sens. Les médias ...

à écrit le 20/11/2015 à 8:33
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L'avenir le dira ... pas simple d’attraper une mouche avec un fusil de chasse !

à écrit le 20/11/2015 à 7:39
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Ce ne sont pas par que les Etats sont faibles qu il y a des opposants mais bien parce que les Etats sont des voleurs et des bandits

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