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ÉconomieFrance

La France doit-elle redouter une victoire de Donald Trump ?

Photo de Fabien Piliu

Fabien Piliu

Publié le 19 octobre 2016 à 13:39 - Mis à jour le 19 octobre 2016 à 13:39

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Selon une enquête réalisée par la Coface, une victoire de Donald Trump à l'élection présidentielle américaine aurait un effet très négatif sur les économies européennes. La France ne serait pas épargnée. Une victoire d'Hillary Clinton est-elle préférable ? Rien n'est moins sûr.

Aux Etats-Unis, la campagne électorale pour l'élection présidentielle qui se déroulera le 8 novembre bat son plein. A coups de déclarations chocs, voire d'insultes, Hillary Clinton, la candidate Démocrate et Donald Trump, le représentant des Républicains s'affrontent âprement. En France, ces joutes passionnent peu. Les esprits sont plutôt occupés par les débats qui animent la primaire de droite mais aussi celle de gauche dont on ne connait pas toujours pas avec précision l'identité des participants.

Pourtant, les Français auraient tout intérêt à s'intéresser davantage à ce qui se passe outre-Atlantique. En effet, une victoire de Donald Trump aurait des conséquences négatives assez importantes sur les économies européennes. La France ne serait pas épargnée, loin de là, selon une enquête réalisée par la Coface.

Une mesure du risque politique

Sur la base d'un modèle de mesure du risque politique dans les émergents, établi après les événements du « printemps arabe », l'assureur-crédit a créé un indicateur du risque politique européen qui qualifie l'impact d'une montée du risque politique sur la croissance, l'investissement des entreprises ou la confiance des ménages. Il est bâti avec des critères d'ordre économique - croissance chômage, inégalités de revenu, solde budgétaire primaire structurel -, et politiques et sociaux : euroscepticisme, sentiment anti-immigration, morcellement des scènes politiques et corruption.

L'Union européenne plus durement touchée que les Etats-Unis

Les résultats de l'enquête de la Coface sont clairs. "Dans le cas où les élections présidentielles américaines débouchaient sur la victoire de Donald Trump, le choc économique pour l'Union européenne pourrait paradoxalement être plus important que pour les Etats-Unis. De fait, l'Europe perdrait environ 2 points de croissance un an après, quand les Etats-Unis en perdrait 1,5 point. Cette onde de choc confirmerait le rôle systémique de l'économie nord-américaine. L'impact sur la France est estimé à 1,5 point de PIB. A titre de comparaison, le Brexit pourrait retirer 0,7 point de PIB à la croissance un an après son entrée en vigueur, prévue en 2019", explique Julien Marcilly, économiste chez Coface. «  Paradoxalement, ce ne serait pas la première fois que l'Europe souffre davantage que les Etats-Unis d'un choc qui s'est produit outre-Atlantique. En 2009, le PIB américain a reculé de 2,8% quand l'activité économique dans les pays de l'Union européenne chutait de 4,5%. Pourtant, la crise des subprimes est née aux Etats-Unis, pas sur le Vieux continent », rappelle-t-il.

Le protectionnisme est de retour

Concrètement, comment se transmettrait ce risque politique devenu menace aux économies européennes ? Par la montée du protectionnisme.

Alors que les négociations sur le traité transatlantique de libre-échange (TTIP) patinent, cette montée du protectionnisme toucherait davantage les pays de l'Union européenne que les Etats-Unis, les exportations européennes représentant 25,3% du PIB de l'UE à 28 en 2015 quand les exportations américaines atteignaient 15,6% du PIB de l'Oncle Sam.

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Donald Trump ne s'en cache pas. S'il accède à la Maison Blanche, il entend bien relever les mesures tarifaires et non-tarifaires protéger l'économie américaine. "La Chine et le Mexique doivent arrêter de voler nos entreprises et nos emplois", avait notamment déclaré Donald Trump dès les premières minutes du premier débat présidentiel qui l'opposait à Hillary Clinton. Il propose notamment de réviser, voire de supprimer les accords de libre-échange existants, et notamment le North American Free Trade Agreement (NAFTA) signé avec le Mexique - et le Canada - en 1994. Il veut également imposer des taxes douanières de 45% aux produits chinois et de 35% aux mexicains.

Des secteurs seraient protégés, des millions d'emplois seraient détruits

Selon l'Institut Peterson, si ces mesures protectionnistes pourraient protéger quelques secteurs comme la sidérurgie, le charbon, elles provoqueraient surtout un désastre économique se traduisant par la suppression de 4,8 millions d'emplois et plongeraient le pays dans la récession. "Sa politique serait terriblement destructrice", assure son président Adam Posen qui, dans le cas où ces mesures entreraient en vigueur, s'attend à ce que les pays concernés se mettent à leur tour à limiter leurs importations de produits américains. "Ce sont les champions américains qui en paieraient les conséquences", avance Adam Posen. On peut en effet se demander comment Apple, Motorola ou Google pourront toujours produire des téléphones sans leurs sous-traitants chinois. Et à quels prix ? Dans le secteur aéronautique, Boeing peut-il se passer des commandes des compagnies aériennes chinoises. Selon l'Institut Peterson, le secteur aéronautique perdrait 180.000 emplois si les mesures promises par Donald Trump devaient se concrétiser.

Hillary Clinton, chantre du libéralisme ?

Faut-il espérer une victoire d'Hillary Clinton face à Donald Trump ? Peut-être. C'est apparemment dans l'intérêt des Européens. Toutefois, il faut garder à l'esprit que la candidate Démocrate n'avance pas des arguments de campagne diamétralement opposés à ceux tenus par Donald Trump. Après avoir fortement soutenu l'accord partenariat transpacifique qui entrera en vigueur, le présentant comme un " modèle absolu », Hillary Clinton n'est plus bien sûre de son fait.

Est-ce pour séduire les électeurs de Bernie Sanders, l'un de ses rivaux à l'investiture démocrate qui s'était prononcé contre ce partenariat ? Pendant cette première campagne électorale, qu'elle a gagné, Hillary Clinton a déclaré qu'elle "stopperait tout accord qui tue des emplois et comprime les salaires".

Toujours est-il qu'Hillary Clinton n'est plus aussi libérale qu'avant. "Nous avons besoin d'accords de libre-échange qui soient justes", a martelé Hillary Clinton en réponse aux déclarations de Donald Trump lors du premier débat présidentiel.

L'hypothèse Trump a du plomb dans l'aile

Les chances de Donald Trump d'accéder à la Maison Blanche se réduisent actuellement. Selon le dernier sondage national réalisé par la chaîne de télévision NBC et le Wall Street Journal, Hillary Clinton possède une avance de 11 points face à l'homme d'affaires. Elle recueille 48% des intentions de vote contre 37% pour le candidat républicain. Un autre sondage, cette fois-ci dévoilé par la chaîne ABC et le Washington Post la place aussi en tête mais avec une avance moins marquée (47% contre 43%).

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« J'ai perdu un grand nombre d'électrices sur la base d'événements qui n'ont jamais eu lieu. Les médias truquent les élections ! », a lancé dimanche sur Twitter le candidat républicain, mis en cause par une dizaine de femmes pour agression ou harcèlement sexuel.

Fabien Piliu

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