LA TRIBUNE - Dans le projet de loi sur l'immigration voté au Sénat cette semaine, les travailleurs étrangers exerçant dans les métiers en tension pourront obtenir un titre de séjour d'un an « à titre exceptionnel » et non de plein droit comme le prévoyait la version (article 3) du gouvernement. Plusieurs députés de la majorité ont déjà annoncé qu'ils voulaient retrouver l'esprit initial du dispositif de régularisation de sans-papiers dans les métiers en tension. Cette ambition vous semble-t-elle à la hauteur ?
BENOÎT HAMON - Non, quiconque a un emploi aujourd'hui devrait être régularisé. Ces travailleurs cotisent socialement et ne prennent l'emploi de personne. Ils occupent un emploi nécessaire pour faire fonctionner l'économie. Réserver la possibilité d'une régularisation dans les métiers en tension est à mes yeux une mauvaise solution. Même avec un titre de séjour d'un an dans les métiers en tension, que se passe-t-il pour la personne qui change d'emploi et bascule dans un emploi qui n'est plus en tension ? La personne risquerait l'expulsion ? C'est inapplicable sur le terrain.
Mais, non content de refuser la régularisation de travailleurs sans titre de séjour et qui cotisent pourtant à la sécurité sociale parce qu'ils ont signé un contrat de travail, le Sénat, sans que le gouvernement s'y oppose, vote un article qui prévoit que les travailleurs étrangers, en situation régulière, se voient supprimer le bénéfice des APL et des allocations familiales, tant qu'ils n'auront pas 5 ans de résidence. Cela veut dire qu'une partie du salaire brut de ces travailleurs ira financer la Sécurité Sociale sans que cela n'ouvre aucun droit. C'est une aberration politique et juridique qui en dit long sur l'idéologie et la déraison qui inspirent une partie significative de l'échiquier politique.