La stratégie économique de François Hollande peine à produire ses effets

 |   |  868  mots
Parce que les objectifs étaient nombreux et parfois contradictoires, la perception des efforts du gouvernement est restée floue aux yeux des Français, qui ont régulièrement dénoncé l'absence de vision stratégique de la part de l'exécutif.
Parce que les objectifs étaient nombreux et parfois contradictoires, la perception des efforts du gouvernement est restée floue aux yeux des Français, qui ont régulièrement dénoncé l'absence de vision stratégique de la part de l'exécutif. (Crédits : © Philippe Wojazer / Reuters)
Depuis mai 2012, la stratégie économique de François Hollande a beaucoup évolué. Conséquence de ces changements de cap, ses effets sur la compétitivité sont pour l'instant peu visibles sur la croissance et l'emploi.

Et un, et deux, et trois ministres à Bercy. Depuis mai 2012, Pierre Moscovici, Arnaud Montebourg puis Emmanuel Macron, toujours en poste, se sont succédé à Bercy. Cette instabilité ministérielle ne serait pas si grave si la politique économique impulsée par le couple Élysée-Matignon et menée par Bercy n'avait pas à chaque fois évolué. Avec Pierre Moscovici, la priorité fut donnée au redressement des finances publiques, en grande partie réglé par une brutale augmentation de la pression fiscale sur les entreprises.

Résultat, les chefs d'entreprise se sont révoltés - rappelons-nous les mouvements des Pigeons, des Poussins, des Moineaux... -, le climat de confiance s'est détérioré, le nombre de demandeurs d'emploi s'est envolé et l'activité, déjà faible, s'est effondrée. Avec Arnaud Montebourg, le « made in France » est devenu l'étendard de la politique économique du gouvernement. Bilan : beaucoup de communication et bon nombre d'échecs. Parmi ceux-ci, citons notamment la fermeture des aciéries de Florange par ArcelorMittal,

Petroplus, Goodyear ou encore le blocage du rachat de Dailymotion par Yahoo. Il aura fallu que l'État intervienne pour que PSA survive et ne tombe totalement dans l'escarcelle du chinois Dongfeng. Quant à sa volonté de relancer l'économie par la demande, elle s'est heurtée au réalisme de l'Élysée, soucieux de remplir les objectifs fixés par Bruxelles aux membres de la zone euro en matière de déficit et de dette publics. Cette différence de point de vue, très largement exprimée, lui a fait perdre sa place à Bercy, à l'été 2014, sur une ultime provocation sur la «cuvée du redressement».

Abaisser le coût du travail et redynamiser l'industrie

Pendant cette période, le gouvernement est-il resté sans rien faire ? Cette critique serait injuste. Bpifrance, la Banque publique d'investissement a été lancée avec une force de frappe de 42 milliards d'euros. Le Crédit d'impôt pour la compétitivité et l'emploi (CICE) est entré en vigueur le 1er janvier 2014 pour abaisser le coût du travail. C'est le même objectif que partagent les allégements de cotisations contenues dans le Pacte de responsabilité entré, lui aussi, en vigueur le 1er janvier dernier. Le programme de La Nouvelle France industrielle a vu le jour, avec le double objectif de redynamiser les industries anciennes et de faire émerger des secteurs nouveaux.

Bref, c'est une véritable politique de l'offre que la France a menée, au plus grand bonheur des chefs d'entreprise - même s'ils considèrent que le gouvernement ne va pas assez loin -, des économistes libéraux de Bruxelles et des institutions internationales, OCDE et FMI en tête.

Un cap social libéral fixé par l'éxecutif

Après l'épisode Montebourg et avec la nomination d'Emmanuel Macron au ministère de l'Économie, c'est un nouveau cap, social libéral, qui a été fixé par l'exécutif : réformer l'économie française pour relancer l'emploi, mais sans trop déroger aux valeurs socialistes. La loi Montebourg, qui devait redistribuer 6 milliards d'euros aux ménages, est devenue un annuaire à la Prévert de 315 articles - ironie de l'histoire, la commission Attali, dont Emmanuel Macron était le rapporteur, formulait 316 propositions - qui modifient par petites touches un certain nombre de positions, de privilèges, de fonctionnements administratifs et réglementaires qui freineraient l'activité. Il est encore trop tôt pour mesurer les effets de ce « pavé » sur la croissance et l'emploi.

Si l'économie française progresse de 1 % cette année, elle le devra en grande partie à la résistance de la consommation des ménages, à la dépréciation de l'euro face au dollar et au recul des cours du brut. Mais on sait déjà une chose : une partie du contrat n'a pas été remplie puisque certaines des mesures que contient le projet de loi font fi des valeurs portées jusqu'ici par le parti socialiste, et il a fallu user de l'article 49-3 par deux fois déjà pour vaincre la résistance des « frondeurs ». La réforme de la justice prud'homale, qui met notamment en place un barème d'application obligatoire pour déterminer les indemnités attribuées aux salariés en cas de condamnation de l'employeur pour absence de cause réelle et sérieuse, en est le plus bel exemple.

Parce que les objectifs étaient nombreux et parfois contradictoires, la perception des efforts du gouvernement est restée floue aux yeux des Français, qui ont régulièrement dénoncé l'absence de vision stratégique de la part de l'exécutif. Pour Julien Marcilly, économiste en chef de Coface :

« Les réformes pour abaisser le coût du travail vont dans le bon sens, même si elles n'interviennent que maintenant. Il faudra du temps pour qu'elles produisent leurs effets : il y a toujours un décalage entre le moment où les entreprises restaurent leurs marges et celui où elles investissent. Il aurait fallu agir plus tôt, dès 2012. Ainsi, l'impact de ces réformes se serait conjugué avec les effets positifs de la baisse de l'euro face au dollar et du repli des matières premières »

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Commentaires
a écrit le 24/07/2015 à 12:20 :
Ah que quoi ? Y'avait une stratégie zéconomique et on n'a même pa zété prévenu ?
a écrit le 28/06/2015 à 19:09 :
La stratégie économique de François Hollande peine à produire ses effets...ça personne n'en doute.
a écrit le 28/06/2015 à 13:19 :
Quelle stratégie économique?
a écrit le 28/06/2015 à 11:44 :
Citation : "...absence de vision stratégique de la part de l'exécutif." C'est faux. Il y a une stratégie d'adhésion au modèle Américain via le traité transatlantique. Mais personne n'ose en parler car cela ne redonnera pas la confiance au français. Bien au contraire, car ce sont les lobby européens qui vont négocier, pas les états.
a écrit le 28/06/2015 à 9:30 :
Il a une tragédie dans cette histoire, apres 3 ans au pouvoir et 1 000 000 de chômeurs de plus, il me semble que la méthode est totalement inefficace....ensuite ne pas oublier que dernierement la France est soumis au attentats terrorisme et il est de sa responsabilite de défendre les francais....

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :