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ÉconomieLégislatives 2024

Législatives : le scrutin de toutes les peurs

Photo de Soazig Quemener

Soazig Quemener

Publié le 07 juillet 2024 à 03:56

Le 1er juillet, l’arrivée à l’Assemblée nationale des députés élus au premier tour.

Le 1er juillet, l’arrivée à l’Assemblée nationale des députés élus au premier tour.

© LTD / ELIOT BLONDET/ABACA

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En ce jour de vote, l’inquiétude sur l’avenir politique du pays reste entière. Seule certitude : le RN n’a jamais été aussi fort.

Le plus dur commence. Alors que les Français votent aujourd'hui pour la troisième fois en vingt-huit jours, il est toujours aussi délicat pour eux de se projeter dans le jour d'après. À quoi la vie politique française va-t-elle désormais ressembler ? Qui va être en mesure de gouverner le pays à l'issue de cette séquence folle ? Sur des coins de table, les conseillers alignent les hypothèses, présagent des rapports de force au sein d'une Assemblée que les sondeurs prédisent pourtant illisible comme jamais.

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Et les regards se tournent à nouveau vers l'Élysée. Depuis trois semaines, le président de la République a été écarté de fait par son propre camp, accusé à voix couverte, ou plus franchement comme l'a fait Édouard Philippe, d'avoir « tué sa majorité ». Dans l'entre-deux tours, Emmanuel Macron s'est effacé, invisible depuis sa promenade dimanche dernier au Touquet. Il s'est simplement contenté de faire passer deux messages, appelant au soir du premier tour à un « large rassemblement clairement démocrate et républicain » et faisant savoir mercredi qu'il ne gouvernerait jamais avec La France insoumise, pour ceux que la cacophonie du camp présidentiel sur le front républicain inquiétait.

Comme le prévoit la Constitution, il lui revient désormais de tirer les conséquences du chaos qu'il a lui-même provoqué. Combien de temps mettra-t-il pour nommer un nouveau Premier ministre ? Son agenda est de toute manière contraint par le sommet de l'Otan programmé à Washington en milieu de semaine. Un pays tout entier va attendre qu'il digère deux échecs consécutifs : la défaite cuisante des macronistes aux européennes et son incapacité à reformer une majorité solide autour de son projet, alors que son mandat ne s'achève que dans trois ans.

51 candidats ou militants ont été agressés

Si le RN emporte la majorité absolue, réelle possibilité il y a deux semaines, qui semble s'éloigner aujourd'hui, Emmanuel Macron serait contraint de nommer Jordan Bardella à Matignon. Si ce n'est pas le cas, le portrait-robot d'un Premier ministre à même de résister aux motions de censure d'une Assemblée composite est facile à dessiner sans qu'on sache pourtant y accoler un nom. Une sorte de Jean Castex bis, pas trop marqué politiquement, capable de parler en même temps à la droite et à la gauche modérée. « Un vieux politicard, roublard et probablement franc-mac », résume l'un de ceux, proches des cercles de pouvoir, qui ont encore le cœur à sourire de la situation.

L'une des principales interrogations repose aussi sur le climat dans le pays après les résultats de l'élection. Premier indicateur, dans l'entre-deux tours, 51 candidats ou militants ont été agressés physiquement selon le décompte de Gérald Darmanin, dont la porte-parole du gouvernement, Prisca Thévenot. Son équipe a été ciblée lors d'une opération de collage d'affiches. Parmi les personnes arrêtées par la police, le ministre de l'Intérieur a dénombré « des militants politiques d'ultragauche ou d'ultradroite » mais aussi « des gens spontanément énervés ». Le locataire de Beauvau a décrit plus globalement une « France à vif ». Par mesure de précaution, plus de 30 000 représentants des forces de l'ordre sont sur le pont ce soir, dont 3 000 à Paris, où une manifestation antifa prévue devant l'Assemblée nationale au moment de l'annonce des résultats a été interdite. Les renseignements ont par ailleurs prévenu des risques d'affrontements entre groupes antagonistes.

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Déjà, on peut tirer sans se tromper un premier enseignement de cette période d'intense activité électorale. La résurgence d'un large front républicain et les incroyables profils d'une partie des candidats sélectionnés par le RN ne doivent pas masquer une réalité : avec plus de 10 millions de voix au premier tour d'élections législatives, le parti de Marine Le Pen s'installe tout de même en position de force. « Quoi qu'il arrive, c'est une élection-émancipation », s'est félicitée en privé la triple candidate à la présidentielle.

Soazig Quemener

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