« Les JO de 2024 vont accélérer le Grand Paris » Pierre-René Lemas (CDC)

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Pierre-René Lemas, DG de la Caisse des dépôts et consignations.
Pierre-René Lemas, DG de la Caisse des dépôts et consignations. (Crédits : DR)
À l'approche de son bicentenaire, la Caisse des dépôts et consignations (CDC) s'engage tous azimuts. Son ambition : être un « acteur des transitions », qu'elles soient énergétique, numérique, économique, démographique ou territoriale. Elle se réorganise pour contribuer financièrement à la relance de l'investissement.

LA TRIBUNE - La Caisse des dépôts et consignations (CDC), souvent surnommée « la vieille dame de la rue de Lille », va fêter son bicentenaire en 2016. Et elle n'a peut-être jamais eu un rôle aussi important au sein de l'économie française...

PIERRE-RENÉ LEMAS - En réalité, la Caisse des dépôts et consignations (CDC) n'est pas une vieille dame. Pour une institution, deux cents ans, c'est jeune. Elle a été créée quelques mois après la fin des 100 jours et de la seconde abdication de Napoléon 1er. L'État était ruiné et, pour financer la guerre, il avait fait main basse sur l'épargne des Français. Il a alors fallu créer une institution pour garantir l'épargne populaire qui ne soit pas sous l'égide de l'exécutif, mais du Parlement. La Caisse des dépôts et consignations est ainsi née en 1816.

Aujourd'hui, elle doit, d'une part, gérer tous les dépôts réglementés (dont les 260 milliards d'euros d'encours du livret A) et, de l'autre, assurer le financement de projets dans un univers concurrentiel, le tout dans une optique d'intérêt général. L'Union européenne a d'ailleurs reconnu ces caractéristiques et la pertinence de l'outil « Caisse des dépôts ».

Ainsi, la CDC est devenue au fil du temps un acteur majeur de l'investissement public, du logement, des infrastructures, de la construction de la ville, des entreprises, etc. Elle a aussi accompagné les lois de décentralisation. Un point fondamental car, à mon sens, l'économie n'est pas une activité hors-sol, elle trouve sa source dans les écosystèmes locaux. La CDC a aussi un rôle contracyclique à jouer. Elle l'a fait dans une Europe assoiffée de liquidités au plus fort de la grande crise de 2008. À l'inverse, aujourd'hui la zone euro connaît une surabondance de liquidités, et il faut donc agir pour les rediriger au mieux vers les projets les plus pertinents.

Comment mettre en ordre une telle institution - 120.000 personnes dans le monde, dont la moitié en France -pour assurer les besoins en financement de l'économie ?

Une institution, qu'elle soit petite ou importante, a besoin de se fixer un cap à long terme et des orientations sur une courte période. Ceci est encore plus vrai pour les structures d'intérêt général. S'agissant des entreprises, notre objectif est d'être aujourd'hui le premier investisseur au service de l'économie, donc de l'emploi. Pour ce faire, nous inventons de nouveaux moyens de financement en nous appuyant sur la Banque publique d'investissement (Bpifrance), dont la CDC est actionnaire à 50%, l'État ayant l'autre moitié, et dans laquelle nous avons mis la moitié de nos fonds propres. BPI a d'abord pour vocation d'accompagner les ETI et les PME.

Nous nous appuyons aussi sur CNP Assurances - un investisseur institutionnel considérable - et sur notre vingtaine de filiales qui, pour certaines, pèsent de plus en plus lourd dans l'univers concurrentiel. La Société nationale immobilière (SNI), par exemple, opère désormais dans le milieu du logement social, intermédiaire et maintenant très social, alors qu'elle était initialement la société HLM du ministère de la Défense.

Globalement, nous voulons être un acteur des transitions, qu'elles soient énergétique, numérique, économique, territoriale ou démographique. Autrement dit, des secteurs où il y a des opportunités de création de valeur. Nous nous sommes en parallèle lancés dans une phase de réorganisation interne en regroupant plusieurs filiales afin de créer un instrument unique au service de l'investissement.

Comment relancer concrètement l'investissement en France ?

L'environnement économique est ce qu'il est : difficile. Certains secteurs, comme le bâtiment et les travaux publics, connaissent objectivement de grandes difficultés. Les entreprises le savent et, aujourd'hui, je pense qu'elles ont davantage envie d'entendre des paroles positives. Pour soutenir les entreprises qui ont un réel besoin de relancer leurs investissements, la CDC va dégager une capacité d'investissement de 20 milliards d'euros, que nous comptons faire monter en puissance d'ici à 2020. Et nous avons comme objectif de dégager une enveloppe de prêt de 100 milliards sur la même période. Nous pouvons prêter 20 milliards aux projets locaux, dont 5 milliards seront dédiés à des projets dits de « croissance verte », notamment pour les secteurs de la construction, de l'équipement et de la mobilité durable.

Nous accompagnons les projets en fonds propres, en garantie et en prêts sur nos fonds d'épargne (livret A-LDD-LEP), et souhaitons avoir un rôle moteur en initiant des tours de table pour mettre en oeuvre des projets viables. En France, il y a beaucoup de bonnes idées, mais les projets peinent à voir le jour. Amorcer un tour de table, c'est parfois aussi important que d'y apporter un financement.

À la demande du gouvernement, vous mettez aussi à disposition des collectivités locales un nouvel outil de financement de trésorerie...

Oui, nous avons mis en place un prêt à taux zéro aux collectivités locales pour qu'elles bénéficient d'une avance sur les sommes que l'État leur verse au titre du Fonds de compensation de la TVA (FCTVA). Ce prêt répondra en partie aux besoins des élus locaux. Il devrait coûter au moins 100 millions d'euros à la CDC, voire davantage si le dispositif est un succès. L'accès à ce prêt gratuit est entièrement dématérialisé. Il est en place depuis le 16 juin sur notre site. Pour l'instant, ce prêt ne s'applique que pour les budgets primitifs des collectivités locales. Les élus demandent qu'ils soient étendus à l'ensemble des budgets. Ce sujet est à l'étude. Pour ma part, je ne vois que des avantages à un élargissement de l'assiette du dispositif.

La CDC est sollicitée dès qu'il y a des besoins urgents pour un secteur en difficulté économique. N'y a-t-il pas in fine un risque à financer des projets aussi divers sur les fonds de la Caisse ?

Certes, dans le cadre de sa mission d'intérêt général, la CDC permet à certains acteurs de bénéficier de financements très avantageux : sa capacité de prêts à long terme est unique sur le marché (jusqu'à trente ou quarante ans) et peut aller jusqu'à 100 % pour des petits projets. Pour les collectivités locales par exemple, cela a du sens de venir solliciter la CDC.

Concrètement, le taux que l'on sert au souscripteur du livret A est aujourd'hui de 1 %. Certes, cela paraît faible pour l'épargnant mais pour l'emprunteur, par exemple le monde HLM, c'est une ressource chère au regard des taux du marché qui sont historiquement très bas. Il faut en réalité se poser la question du coût de notre ressource. Mais sur ce point, la décision appartient aux pouvoirs publics.

La question des commissions distribuées aux banques qui collectent le livret A mériterait aussi d'être étudiée : en ces temps où les taux sont bas, un taux de commissionnement de 40 points de base peut porter à réflexion. Tout le monde ne dégage pas de telles marges...

Comment se profile l'entrée en vigueur, cet été, du plan Juncker en France, pointé du doigt pour son effet de levier conséquent - 21 milliards d'euros seulement apportés par les institutions européennes pour un objectif de 315 milliards d'euros d'investissement ?

Nous devons être cohérents : il serait invraisemblable de ne pas prendre des risques pour financer de nouveaux projets, et le plan Juncker est une formidable opportunité pour accompagner l'investissement, qui est à la peine. Sinon, nous pourrions par exemple nous retrouver dans une situation « à l'allemande » de sous-investissement dans l'entretien des infrastructures. Pour mettre en oeuvre ce plan Juncker, la France, par le biais de la Caisse des dépôts et de Bpifrance, va ainsi contribuer à hauteur de 8 milliards d'euros.

Mais, pour être réellement efficace, il faudra agir sur l'ingénierie financière des projets et surtout faire remonter les initiatives locales à Bruxelles et à Luxembourg, où se trouve le siège de la Banque européenne d'investissement (BEI). Car il faut être clair : les grands projets n'auront aucun mal à accéder aux financements de la BEI. Notre préoccupation et notre rôle à la CDC seront bien de faire remonter l'addition de petits et moyens projets. Dans cette optique, nous nous sommes rassemblés avec les Caisses des dépôts allemande, italienne, polonaise et espagnole, afin de créer ensemble des plateformes qui additionnent des projets de moindre taille mais de même nature (biomasses, éoliennes, petites infrastructures, etc.) que nous proposerons à la BEI. Cela permettra à des initiatives provenant des territoires de rentrer dans le champ de vision des institutions européennes. Toutes les demandes de financement devront être prêtes avant 2017, sur la base de la règle du premier arrivé, premier servi.

La Conférence des Nations unies sur les changements climatiques à Paris (COP 21) se tiendra en fin d'année. Comment appréhendez-vous cet événement ?

Je ressens une prise de conscience générale du monde des affaires vis-à-vis de la transition écologique, qui n'est plus utilisée uniquement pour faire du « green washing ». D'aucuns savent désormais que l'économie ne sera plus la même si l'on ne se préoccupe pas de l'environnement, et qu'il y aura des conséquences directes et néfastes sur les couples rendements-risques si l'on ne fait rien. L'un des meilleurs exemples de cette prise de conscience étant l'agence de notation Standard & Poor's qui a désormais intégré dans sa méthodologie de notation les aspects environnementaux.

Nous avons annoncé, à l'occasion du Climate Finance Day, un engagement de 15 milliards d'euros pour le financement de la transition écologique et énergétique sur la période 2014-2017. Avec cette enveloppe, nous mobilisons des moyens massifs pour les territoires qui contribueront via le Sommet « Climat et territoires » (1er au 2 juillet) - auquel nous participons - à l'agenda des solutions de la COP21.

Il y a aussi la création de la métropole du Grand Paris qui se profile pour le début 2016. En quoi êtes-vous impliqué dans son développement ?

Nous avons débloqué une enveloppe de prêts de 4 milliards d'euros à disposition de la Société du Grand Paris, pour l'instant sollicitée à hauteur de 1 milliard d'euros. J'ai pour ma part affirmé à la Société du Grand Paris que nous étions prêts à aller plus loin avec eux, même si nous souhaitons qu'une meilleure identification de l'objet des prêts soit faite, afin de mieux les suivre dans la durée. Nous avons mobilisé des équipes dédiées au Grand Paris au sein de notre direction régionale et un référent au sein du comité de direction du Groupe. Du reste, je pense que la récente candidature de Paris aux Jeux olympiques (JO) de 2024 va avoir un effet dynamisant à ne pas négliger dans la montée en puissance du Grand Paris. On n'a pas encore mesuré l'effet accélérateur de cette candidature. Il n'y a qu'à observer ce qui s'est passé pour les JO de 2012 à Londres, c'est révélateur.

Une loi réorganisant la carte territoriale est en discussion au Parlement. Que vous inspire-t-elle, vous qui êtes notamment passé par la direction générale des collectivités locales ?

Je suis un préfet « girondin » convaincu des effets positifs de la décentralisation. Paradoxalement, les différentes lois et évolutions en matière de décentralisation ont toujours été un sujet conflictuel entre la droite et la gauche alors qu'il y a une immense continuité dans la politique de décentralisation menée depuis les années 1980. Je ne pense pas que ce processus réformateur s'arrêtera. À l'avenir, le nouvel équilibre territorial se fera entre les grandes agglomérations et les régions. La formation des nouvelles régions va d'ailleurs modifier en profondeur la carte territoriale française. Ces mouvements impliqueront des changements d'interlocuteurs publics pour les acteurs du tissu économique local. Et il est important que cette phase soit suivie de près. À la Caisse des dépôts et consignations, nous serons très attentifs à cela.

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>>> VIDEO Pierre-René Lemas était l'invité de la Fédération nationale des travaux publics, jeudi 25 juin 2015.

>>> VIDEO Flash interview de Pierre-René Lemas

Propos recueillis par Laurent Lequien

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Commentaires
a écrit le 16/07/2015 à 9:32 :
Une terre agricole affectée aux cultures céréalières ou maraîchères n'est pas un "Foncier disponible", qu'on se le dise haut et fort !! Les trésors que sont la Plaine de France, la Brie (du moins ce que Disney en a laissé), le plateau de Saclay ou encore le val de Seine n'ont rien à voir avec ce "Grand Paris" !
a écrit le 05/07/2015 à 9:19 :
Non merci, nous n'avons pas d'argent, et ensuite l'insécurité n'est pas regler a Paris.... Est si s'est pour faire des ibversticement sur la capital, non merci ...... La France ce n'est pas Paris....
a écrit le 04/07/2015 à 13:48 :
Elu UMP : A part crére des taxes que proposez-vous? Vos mensonges ne passent plus! Les Français ne veulent pas de ces JO sur bientôt 18000 signataires sur mes Opinions.com 86% y sont opposés, et bientôt 5000 personnes ont signées sur notre pétition Non aux JO 2024 à Paris! alors gardez vos taxes et vos JO! et rejoignez-nous sur la page FB Non aux JO 2024 à Paris nous ne sommes encore que 424!
a écrit le 04/07/2015 à 9:18 :
Dès que la candidature de Paris est retenue il faut créer une taxe spéciale contributive à l'olympisme et a la solidarité avec la ville de Paris..Elle pourrait se rajouter à la CSG ou à la TVA ou à la TIPP.Un petit pourcentage de 0,5% serait parfaitement supportable par la population Française.
Réponse de le 04/07/2015 à 14:17 :
Créer de nouvelles taxes ce sont vos seules propositions? Les Français ne sont pas dupes et commencent à comprendre vos machinations, car nous voyons sourdre votre message! De l'argent public déversé à flots vers des intérêts privés! qui de toutes façons iront enrichir des entreprises privées! mais à l'UMP c'est votre grand trip! votre passion, vous adorez lever de l'argent public pour les entreprises dont vous détenez des actions histoire de vous aménager une porte de sortie pour vos vieux jours! N'oubliez surtout pas de dire aux Français que les budgets prévisionnels sont sans arrêt dépassés, que les Canadiens ont remboursé le stade Olympique pendant 30 ans, que les JO d'Albertville ont été déficitaires, que le Stade de France coûte de l'argent aux contribuables! Vos JO seront destinés à une élite puisque le bas peuple que vous méprisez avec vos alliés du PS ne pourra pas se permettre de s'y rendre! alors les JO non merci! et espérons que Paris vive une 4ème défaite et que la France vive sa 5ème défaite avec Lille 2004!
a écrit le 04/07/2015 à 8:45 :
2024 Les Jeux et 2025 le Fraxit. et le retour au Francs grâce à Mme Le Pen ou Besancenot car Mélenchon sera trop vieux.
Au train où vont les choses la France sera dans la même situation que la Grèce .Dix ans c'est pas long.Alors profite; profite comme dirais Hanin dans le Grand Pardon en pinçant la joue de son interlocuteur.
a écrit le 03/07/2015 à 16:05 :
L'État était ruiné et, ...., il avait fait main basse sur l'épargne des Français
attention : ils sont prêts à recommencer
a écrit le 03/07/2015 à 13:27 :
La Grèce a été précipité dans le précipice par les JO.
La France ou plutot nos politiciens jouent avec le feu d'autantplus que ceux qui font les choix savent pertinament qu'il sne seront plus là lorsque l'explosion économique (endettement) arrivera, c'est à dire quand le pétrole augmentera, que les taux de crédits seront ré évalués et le dollar affaiblt. Le seul constat que les français feront encore une fois c'est d'avoir eu des politiciens qui ne n'auront rien fait pour que la FRance profite d'une embellie économique à cause d'une fiscalité qui a paralysé la France et qui nourrit des fonctionnaires ne produisant AUCUNE valeur ajoutée
a écrit le 03/07/2015 à 10:08 :
Messieurs les Rapetou cessez de brûler notre fric.

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