Les nouveaux défis de la finance solidaire

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Les assureurs vie sont peu enclins à proposer des produits solidaires à leurs épargnants.
Les assureurs vie sont peu enclins à proposer des produits solidaires à leurs épargnants. (Crédits : Décideurs en région)
Les encours d'épargne solidaire ont quasiment doublé en cinq ans. Mais pour prendre plus d'ampleur, la finance solidaire a encore beaucoup de défis à relever.

Environ 0,19% de l'épargne des Français, soit 8,46 milliards d'euros d'encours. Voilà ce que représente aujourd'hui l'épargne solidaire dans l'épargne financière totale des ménages. Il y a cinq ans cette part étant de 0,10%. Depuis le début de la décennie, la part de l'épargne solidaire a donc presque doublé. Un constat optimiste en cette traditionnelle semaine de la finance solidaire qui se déroule cette année du 3 au 10 novembre. Mais les tenants de cette finance solidaire, qui soutient des entreprises à finalité sociales et environnementales, ont pour objectif d'atteindre 1% de l'épargne totale des ménages dans les années 2020. De quoi, peut-être, obtenir les liquidités suffisantes pour faire bouger le curseur de l'économie capitaliste actuelle en France.

Le succès des livrets d'épargne solidaire

En tout cas depuis 2010, les choses bougent à vitesse grand V dans ce secteur. Les ménages sont notamment de plus en plus enclins à souscrire des livrets d'épargne solidaire dans leur banque : leur encours a bondi en 2015 de 22,5% à 2,72 milliards d'euros. Ce qui prouve d'une part que les banques mettent davantage en valeur ces livrets, et d'autre part que les épargnants souhaitent donner du sens à leur épargne. Du reste, le succès global de l'épargne solidaire tient surtout à l'épargne salariale solidaire, en hausse de 25,6% à 5,20 milliards d'euros d'encours en 2015. Les fonds dits « 90-10 » proposés aux salariés et qui comportent jusqu'à 10% d'actifs solidaires sont un franc succès.

Hausse des financements solidaires de près de 30%

La croissance de ces produits d'épargne porte l'encours total des financements dirigés vers des entreprises solidaires à 1,49 milliards d'euros, en hausse de 29,4 % en 2015. Ces entreprises agissent principalement pour l'insertion sociale et contre l'exclusion, mais aussi dans les secteurs sanitaires et sociaux (accueil et soin des personnes âgées ou en situation de handicap), dans les activités écologiques, et mènent des projets économiques de développement dans les zones défavorisés en France et ailleurs.

La croissance continue des financements solidaires montrent, du reste, que la demande est toujours forte. « A chaque fois que les encours d'épargne solidaire augmentent, le flux nouveau est consommé en financements », confirme Sophie Des Mazery, directrice de Finansol, le label de l'épargne solidaire. Les projets solidaires foisonnent en cette période de stagnation économique. Le taux de chômage élevé, les problèmes d'accès au logement toujours présents, et les tensions écologiques dynamisent paradoxalement l'activité de ces entreprises solidaires dont le rôle premier reste de palier les besoins fondamentaux insatisfaits de la population.

Création du LDDS

Pour poursuivre sur la lancée actuelle, la création du « livret de développement durable et solidaire (LDDS) », en remplacement du LDD prévu dans la loi Sapin 2, sera bien utile au secteur de la finance solidaire : les encours de LDD s'établissent aujourd'hui à plus de 100 milliards d'euros. Concrètement, d'ici quelques semaines, une partie des dépôts des LDDS pourront être affectés aux financements solidaires : d'une part chaque année, les banques contacteront les 25 millions de titulaires d'un LDDS pour leur proposer ou un mécanisme de partage, c'est-à-dire concrètement de faire don des intérêts voire d'une part du capital de leur livret à une initiative sociale et solidaire. Et d'autre part, une part des dépôts des LDDS qui resteront dans le bilan des banques (35 %) pourra servir à financer d'ici peu les investissements des entreprises solidaires.

Convaincre les institutionnels

En parallèle, le monde de la finance solidaire aimerait bien que les assureurs proposent à leurs clients des produits d'assurance vie avec une part d'investissement dans les entreprises solidaires. Mais les assureurs vie restent perplexes face à ces actifs à la rentabilité limitée dans un contexte actuel de taux bas, et où ils sont désespérément à la recherche de rendements pour servir un taux attractif à leurs épargnants. Ainsi les assureurs qui commercialisent des contrats d'assurance vie « solidaire » se comptent sur le doigt d'une main. Un constat, pour le coup, beaucoup moins réjouissant pour le secteur de la finance solidaire.

Enfin, le grand défi des prochaines années pour ce secteur sera surement de sensibiliser les investisseurs institutionnels (Mutuelles, institution de prévoyance, fonds de retraites...) à l'investissement direct dans des entreprises solidaires. Certains sont en effet assis sur un tas d'or. Et si l'économie sociale et solidaire pouvait, au moins marginalement en bénéficier, elle pourrait définitivement changer de dimension.

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Commentaires
a écrit le 04/11/2016 à 14:35 :
"le grand défi des prochaines années pour ce secteur sera surement de sensibiliser les investisseurs institutionnels"

Non le premier des défis sera de prouver que l'argent placé dans la finance solidaire ne va pas se mêler avec l'argent sale de la finance classique. C'est là qu'est le plus grand défi.

Parce que finance et solidaire sont deux mots contraires.
a écrit le 04/11/2016 à 8:47 :
0.19% cela reste un chiffre bas et surement pas à la hauteur des attentes.

Mais au moins les banquiers et les financés se parlent.
On peut éviter de taxer dogmatiquement la finance pour faire des projets solidaires et constructifs.
Encore faut-il le vouloir et avoir, de par cette expérience sur les LDD, une feuille de route réaliste pour les deux parties. Est-ce le cas ?

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