Pourquoi l'ascenseur social marche mieux pour les femmes que pour les hommes

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Pour les hommes, la mobilité sociale a stagné entre 1977 et 2015 selon la dernière enquête de l'Insee.
Pour les hommes, la mobilité sociale a stagné entre 1977 et 2015 selon la dernière enquête de l'Insee. (Crédits : Reuters)
La dernière étude de l'Insee indique que l'ascenseur social a bien mieux fonctionné pour les femmes que pour les hommes sur les quatre dernières décennies. Mais les inégalités des chances demeurent trop importantes.

Les récents mouvements de protestation ont suscité beaucoup de débats sur les inégalités et l'efficacité du système éducatif français. Plusieurs membres des "Gilets jaunes" ont mis en avant le manque de justice sociale et d'équité fiscale à travers des territoires parfois délaissés. L'augmentation de la taxe carbone, qui a mis le feu aux poudres, a mis au grand jour des problèmes économiques et sociaux bien plus profonds.

Face à ces défis, plusieurs travaux publiés cette semaine apportent un éclairage relatif aux répercussions du système socioprofessionnel sur la mobilité sociale des Français.

La mobilité sociale des hommes stagne depuis 40 ans

Dans une étude publiée ce mercredi 27 février, l'Insee signale que ces 40 dernières années, la mobilité sociale des hommes en France est restée quasiment stable.  D'après les derniers résultats disponibles, « 65 % des hommes français âgés de 35 à 59 ans, actifs occupés ou anciens actifs occupés, relèvent d'une catégorie socioprofessionnelle différente de celle de leur père en 2015 ». Ce taux est relativement similaire à celui de 1977 (63,8%) même s'il a légèrement varié sur la période.

Dans cette enquête, les données indiquent que si la part des hommes qui ont connu une mobilité ascendante a légèrement augmenté passant de 23,5% à 27,6% entre 1977 et 2015, la proportion de ceux qui ont connu une mobilité descendante a doublé passant de 7,2% à 15% sur la même période. Pour expliquer cette évolution de la mobilité sociale chez les hommes, les économistes de l'Insee évoquent « l'évolution de la structure des emplois entre les générations d'hommes nés entre 1955 et 1980 et celles de leur père. »

« Cette mobilité dite "structurelle" reflète les profonds changements de la société française depuis la fin des Trente Glorieuses : poursuite du déclin de l'emploi agricole, baisse de l'emploi industriel, salarisation et tertiarisation croissantes de l'économie se sont traduites par une baisse du nombre de travailleurs indépendants et d'ouvriers, au profit des emplois de cadres et professions intermédiaires. »

L'ascenseur social a mieux fonctionné chez les femmes

Du côté des femmes, la mobilité sociale a progressé. Selon l'enquête de l'institut de statistiques, 71% des femmes de 35 à 59 ans actives occupées ou anciennes actives occupées font partie d'une autre catégorie socioprofessionnelle que celle de leur mère. « En 40 ans, ce taux de mobilité sociale féminine a connu une forte hausse de 12 points, concentrée entre la fin des années 1970 et le début des années 1990. »

Outre la mobilité intergénérationnelle, l'étude indique que l'expansion de la mobilité verticale a été plus forte que celle des hommes. « Depuis 1977, le taux de mobilité verticale a plus que doublé pour atteindre 52% en 2015. Il dépasse ainsi de 9 points celui des hommes, alors qu'il était inférieur de 8 points 40 ans plus tôt. » En dépit de ces améliorations, les inégalités entre les hommes et les femmes, et les manquements à la parité dans le monde du travail sont toujours bien présents.

Lire aussi : À Bercy, la parité est loin d'être respectée

Des inégalités des chances toujours bien présentes

Dans un récent post de blog, la cheffe économiste de l'OCDE Laurence Boone et Antoine Goujard du département économique de la même institution ont pointé « les inégalités des chances qui se reproduisent à travers le système éducatif et les générations ». Outre les plus pauvres, les deux auteurs rappellent que ce phénomène frappe aussi les classes moyennes. Ils expliquent notamment que les disparités s'enracinent dès le plus jeune âge en fonction des territoires et des catégories socioprofessionnelles, et se poursuivent tout au long de la vie.

« Alors que le système social et les aides publiques prennent en charge la garde des jeunes enfants de façon importante, chez le tiers de la population le moins aisé, seuls 30% des enfants intègrent des modes d'accueil dits "formels", crèches, halte-garderie ou assistantes maternelles, contre près de 60% pour l'ensemble de la population. »

À l'école, les résultats des différentes enquêtes Pisa signalent que la proportion des élèves français ayant de faibles compétences en compréhension de texte et en mathématiques atteint 15%, soit un des niveaux les plus élevés des pays développés. Par ailleurs, « les mêmes études Pisa montrent que l'influence du milieu social sur les performances scolaires est l'une des plus élevées des pays de l'OCDE, et tout particulièrement en mathématiques - matière qui, comme on le sait, conditionne beaucoup l'accès aux meilleures filières éducatives en France ».

Des divergences dans l'accès à l'emploi

Ces inégalités dans l'accès aux infrastructures de garde et ces résultats décevants en matière d'éducation ont ensuite des répercussions sur l'accès à l'emploi des plus jeunes. L'obtention d'un diplôme de l'enseignement supérieur réduit considérablement les chances d'être au chômage en France. « Le taux d'emploi des diplômés du supérieur s'élève à 83% [...] alors qu'il s'élève à 51% pour les diplômés de la filière générale de l'enseignement secondaire », souligne l'OCDE.

Résultat, « les jeunes sans formation et sans emploi représentent une part plus importante en France que la moyenne de l'Union européenne ».

Un système de redistribution moins favorable aux classes moyennes

Grâce à l'État-providence, « le système de redistribution en France est important et corrige bien la pauvreté via d'importants transferts vers les ménages les moins aisés » , expliquent les deux économistes de l'institution basée à Paris.

Si le taux de pauvreté diminue fortement après impôts et transferts, la baisse des inégalités de revenus est beaucoup moins forte. Ces dernières se situent juste en deçà de la moyenne des pays de l'OCDE. « Cela suggère une moins forte redistribution des transferts nets d'impôts en faveur des classes moyennes .»

Lire aussi : Les inégalités de revenus à des niveaux records dans les pays développés

Le poids des dépenses contraintes dans le budget des ménages français est également mis en relief dans le post des deux experts. Selon eux, la part du logement dans la consommation des ménages en France est supérieure à la moyenne européenne. Si les logements sociaux permettent en partie de corriger certains déséquilibres, une bonne partie des classes moyennes ne peut pas accéder à ce parc spécifique.

Dans un entretien accordé à La Tribune en décembre dernier, le sociologue spécialiste des inégalités Olivier Galland rappelait le fait suivant :

« La part de ces dépenses contraintes dans le budget des ménages a tendance à augmenter pour les foyers au revenu modeste. Les gens peuvent avoir le sentiment d'avoir un contrôle de plus en plus faible sur leur choix personnel. »

Lire aussi : "Gilets jaunes" : "La suppression de l'ISF a desservi le gouvernement"

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Commentaires
a écrit le 02/03/2019 à 22:41 :
Beaucoup d'entreprises ont pris des mesures discriminatoires envers les hommes, notamment en termes de recrutement, d'augmentation de salaire et de promotion.

Il est temps d'engager des poursuites judiciaires et de mettre en œuvre d'importantes sanctions économiques (que chaque particulier peut prendre) contre ces entreprises !

Les entreprises des indices boursiers CAC40 et SBF120 mènent les politiques salariales les plus virulentes contre les hommes !
a écrit le 02/03/2019 à 15:46 :
Beaucoup d'entreprises ont pris des mesures discriminatoires envers les hommes, notamment en termes de recrutement, d'augmentation de salaire et de promotion.

Il est temps d'engager des poursuites judiciaires et de mettre en œuvre d'importantes sanctions économiques (que chaque particulier peut prendre) contre ces entreprises !

Les entreprises des indices boursiers CAC40 et SBF120 mènent les politiques salariales les plus virulentes contre les hommes !
a écrit le 02/03/2019 à 11:01 :
Elle sont l'avenir de l'homme! Tout simplement.
a écrit le 01/03/2019 à 20:43 :
On assiste plutôt dans les entreprises françaises (ce n'est pas pareil dans tout les autres pays d'Europe et du monde) au descenseur social, l'habitude depuis les années 70 est d'importer des cadres venus d'ailleurs sans la moindre notion de la culture locale ni de la connaissance du produit en cause et d'un apport totalement négatif à l'entreprise c'est sans doute du à l'incompétance des drh bien meilleurs pour fermer les usines licencier que de les faire évoluer, ils viennent souvent des mêmes écoles et les mêmes idées reçues.
a écrit le 01/03/2019 à 15:23 :
Arrêtez avec l'ascenseur social. Cela n'a jamais existé. La promotion sociale se fait par l'escalier. Devant l'effort et l'abnégation nécessaires, beaucoup décident de rester sur le palier et deviennent plus tard des aigris.
a écrit le 01/03/2019 à 11:02 :
Je ne sais pas si l'ascension social est véritable en panne, mais cela est certainement plus simple quand on est issu d'un milieu aisé: Conditions d'éducation, facilité pour faire ses études, relations doivent bien aider
Mais le titre du sujet est: l'ascension sociale fonctionne mieux pour les femmes que pour les hommes.
Cela me parait normal. L'étude ne tient pas compte de l'évolution de la société. Il y a 50 ans, beaucoup moins de femme travaillaient. Si on compare cette époque avec celle d'aujourd'hui, il est évident que l'ascension social pour les femmes ait mieux fonctionné. Quand on passe de femme au foyer à salariée, c'est un grand progrès social. Un constat oublié dans cet article ce qui le décrédibilise.
Réponse de le 01/03/2019 à 15:55 :
Très bonne remarque, concernant le passage de mère au foyer à salarié.
Réponse de le 01/03/2019 à 17:03 :
Pas forcément je trouve votre remarque sur les femmes sexiste...
Et si cette femme était obligée de travailler car ceci concerne peut être une famille monoparentale ?

Et pourquoi les femmes devraient être au foyer et pas les hommes ?
Réponse de le 01/03/2019 à 17:41 :
bonne remarque, mais est vraiment une ascension sociale "au global" quand il y a 50 ans un salaire d'ouvrier faisait presque vivre une famille alors qu'aujourd'hui avec 2 salaires c'est parfois difficile
a écrit le 01/03/2019 à 10:40 :
Si je ne peux pas ne pas être collé par multipseudos vous virez mon commentaire, prenez du recul et voyez comme je suis énervé ne pensant du coup qu'à vous faire perdre votre temps n'ayant que ça face à une censure subjective particulièrement détestable.

JE demande juste que vous retiriez mon commentaire, votre fonctionnement est anti liberté d'expression, assumez.

A moins que vous ayez du temps à perdre il est vrai...
a écrit le 01/03/2019 à 10:39 :
Si je ne peux pas ne pas être collé par multipseudos vous virez mon commentaire, prenez du recul et voyez comme je suis énervé ne pensant du coup qu'à vous faire perdre votre temps n'ayant que ça face à une censure subjective particulièrement détestable.

JE demande juste que vous retiriez mon commentaire, votre fonctionnement est anti liberté d'expression, assumez.

A moins que vous ayez du temps à perdre il est vrai...
a écrit le 01/03/2019 à 10:39 :
Si je ne peux pas ne pas être collé par multipseudos vous virez mon commentaire, prenez du recul et voyez comme je suis énervé ne pensant du coup qu'à vous faire perdre votre temps n'ayant que ça face à une censure subjective particulièrement détestable.

JE demande juste que vous retiriez mon commentaire, votre fonctionnement est anti liberté d'expression, assumez.

A moins que vous ayez du temps à perdre il est vrai...
a écrit le 01/03/2019 à 4:10 :
Cette legende de l'ascenseur a la peau dure.
Trouver un job quant on est jeune diplome est correle par son origine sociale.
Un fils de bourge sera place par relation grace au carnet d'adresse.
Celui issu de banlieue sera mis a l'ecart ou galerera un moment.
Celui ou celle sans bagage, sera manutentionnaire au mieux ou caissiere pour elle.
La France est tres en retard.
Réponse de le 01/03/2019 à 8:37 :
En général les fils de Bourges s'appauvrissent après quelques études universitaires, mais les fils de menuisiers prospères, de Charcutiers (Fleury Michon), de plombiers des grandes villes, de patrons du BTP deviennent rapidement multimillionnaires et tout ce monde d'origine populaire n'a rien à voir avec la bourgeoisie.
Réponse de le 01/03/2019 à 9:50 :
A Fma44.
Je dirige une entreprise en Coree. Je recois bcp de demandes d'emploi de jeunes francais arrives en recherche d'un job. Ils sont tous sans exception d'origine sociale modeste.
Cela devrait vous eclairer.
Réponse de le 01/03/2019 à 10:28 :
Oui ce sont ceux qui réussirons, j'ai un ami ayant fait fortune comme cuisinier en Australie parti de France dans les années 70 avec 500 francs et aussi d'origine modeste voir pauvre. Ses resto sont aujourd'hui en Australie, Canada, Philippines.
a écrit le 01/03/2019 à 0:40 :
Cela fait des années que l'on fait le même constat , qu'on met en avant les mêmes fausses excuses (facteurs exogènes comme les changements de société ou les différences de milieu qui seraient réservés à la France), qu'on applique les mêmes recettes de dévalorisation de l'enseignement pour rendre invisible l'échec éducatif patent et qu'on s'étonne que ces recettes ne fonctionnent toujours pas.
On " découvre" après études approfondies que les non diplômés sont plus au chômage que les diplômés et on truque les résultats du bac pour mieux prétendre qu'il ne s'agit pas d'un problème éducatif puisque les français seraient de plus en plus nombreux à posséder un niveau éducatif élevé.
On sait qu'il s'agit essentiellement d'un problème de formation mais on refuse de considérer qu'il doit s'aborder dès le plus jeune age par une formation différenciée adaptée et non par le mélange social en classe qui ne fait que rendre impossible la tache des professeurs. N'importe quel professeur vous dira qu'on ne peut aborder de la même façon l'enseignement selon qu'on s'adresse à des enfants issus de milieux " favorisés" ou non. Il faut bien compenser en classe la gigantesque différence d'approche, d'accès à la connaissance entre ces milieux. Mais on ne peut aborder le problème de face quand la société s'escrime à éliminer l'expertise, le savoir, l'excellence pour cause d'égalitarisme ( la fameuse égalité des chances à l'école ne peut s'affranchir de l'inégalité des capacités ) et promeut les apparences contre les résultats.
a écrit le 28/02/2019 à 20:44 :
L’égalité des chances et la lutte contre le décrochage scolaire est une priorité pour l’Éducation Nationale.
Les inégalités ont pour origine plusieurs paramètres sociétales
L’union sur un socle commun de valeurs est une force pour la Nation.
a écrit le 28/02/2019 à 18:47 :
Il faudrait créer un revenu universel avec un impôt universel.
Cela permettra d'avoir toujours un revenu sur soi et facilitera le déplacement dans plusieurs villes.
Il faut que ce revenu universel soit également versé jusqu'à un certain salaire défini (exemple 2000 ou 3000 au maximum par mois.)
Il faudrait aussi encadrer les loyers dans toute la France et mettre des formations gratuites avec de bon formateurs.
Il faut rénover entièrement la protection sociale maintenant.
Réponse de le 28/02/2019 à 20:04 :
Bravo , et qui va payer ? C'est vrai également que la plupart des GJ n'ont pas fait des études leur permettant d'utiliser l'ascenseur social , il suffit de regarder leurs proses sur facebook , il y a de quoi s'effrayer du niveau de ces "jojos" .
Réponse de le 01/03/2019 à 16:39 :
Le fameux revenu universel limité aux revenus < 2k
Ca s'appelle le RSA, et la prime d'activité, et les allocs, et le logement social. Autant d'éléments payés par une classe moyenne sur les nerfs pour les improductifs.
Je vous rejoins sur le fait que la protection sociale a besoin d'être rénovée, cela dit. Mais probablement pas dans le même sens que vous l'entendez :-)
a écrit le 28/02/2019 à 18:32 :
Le seul ascenseur social qui vaille c'est la satisfaction de celui qui travaille! Grimper dans l'échelle sociale est parfois vécu comme une contrainte!
a écrit le 28/02/2019 à 18:15 :
"Des inégalités des chances toujours bien présentes"

Je lis cette phrase depuis les années 70 , notre bourgeoisie est tranquille pour encore un bon moment.

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