Marché des eaux usées : l'émission CASH fait bouger en interne Veolia

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Le litige porte sur la refonte d'une usine de prétraitement à Clichy-la-Garenne (Hauts-de-Seine), un marché à 341 millions d'euros attribué par le Syndicat interdépartemental pour l'assainissement de l'agglomération parisienne (Siaap) à un groupement comprenant OTV, filiale de Veolia.
Le litige porte sur la refonte d'une usine "de prétraitement" à Clichy-la-Garenne (Hauts-de-Seine), un marché à 341 millions d'euros attribué par le Syndicat interdépartemental pour l'assainissement de l'agglomération parisienne (Siaap) à un groupement comprenant OTV, filiale de Veolia. (Crédits : Christian Hartmann)
Le groupe Veolia a fait savoir qu'il avait ouvert une procédure interne pour faire la lumière sur des accusations portant sur les pratiques de sa filiale OTV, soupçonnée d'avoir tenté avec deux autres spécialistes du traitement des eaux usées de verrouiller le marché en Île-de-France.

>> Article mise en ligne le 14 mars 2018 à 6h12 | Mise à jour à 20h41

Dans le volet judiciaire de l'affaire, le Parquet national financier (PNF) a ordonné une enquête préliminaire, selon Le Monde, à l'origine des révélations au même titre que l'émission Cash investigation, sur France 2.

En janvier, le patron du groupe italien Passavant a déposé une plainte contre X à Paris pour "entente illicite", "corruption" et "trafic d'influence" afin de dénoncer les manoeuvres de concurrents français qui auraient tenté de l'écarter d'un marché et par la suite de le dissuader de former un recours, moyennant une compensation représentant une trentaine de millions d'euros.

Joint par Reuters, l'avocat de l'entrepreneur italien Marco Schiavio, Me Pierre-Alexandre Kopp, dit avoir "plusieurs preuves assez éclairantes" sous la forme d'enregistrements de conversations réalisés clandestinement en 2015 par son client.

"Si les faits sont avérés, on assiste à un montage assez nouveau puisqu'on aurait d'une part une entente dans la répartition des marchés et d'autre part on aurait une entente au moment de la tentative de corruption", a-t-il dit.

Autrement dit, il pourrait s'agir selon lui d'"une conjonction entre un cartel qui se partagerait le marché et par ailleurs serait capable de discuter ensemble de savoir comment corrompre quelqu'un pour l'empêcher de déposer une plainte".

Enregistrements clandestins

Le litige porte sur la refonte d'une usine "de prétraitement" à Clichy-la-Garenne (Hauts-de-Seine), un marché à 341 millions d'euros attribué par le Syndicat interdépartemental pour l'assainissement de l'agglomération parisienne (Siaap) à un groupement comprenant OTV, filiale de Veolia.

Les dirigeants d'OTV dont les noms apparaissent dans l'article du Monde, Patrick Barbalat et Didier Le Tallec, récusent la version de Passavant, selon un message de Veolia adressé à Reuters. Les rencontres qui ont fait l'objet d'enregistrements de la part de Marco Schiavio "se sont faites à la demande de Passavant et c'est Passavant qui a deux reprises nous a fait chanter", peut-on lire dans la réponse de Veolia citant les employés d'OTV.

Toujours selon les deux dirigeants, "il convient de s'interroger sur la crédibilité à apporter à des enregistrements datant de 2015, qui après recours et pertes de marchés, font aujourd'hui surface non pas auprès de la justice, mais auprès des journalistes".

Le groupe précise cependant que son PDG, Antoine Frérot, a saisi le directeur de la conformité du groupe "en vue d'apporter tout l'éclairage nécessaire sur les propos et agissements que l'émission Cash Investigation (diffusée le 13 mars 2018 sur France 2 - Ndlr) et les journalistes de la société de production Premières Lignes, ainsi que du Monde, prêtent aux cadres d'OTV". Un porte-parole de Veolia a par ailleurs fait savoir à Reuters qu'Antoine Frérot n'avait pas eu connaissance des rencontres entre les représentants d'OTV et Marco Schiavio.

Selon Le Monde, les appels d'offres colossaux du Siaap, qui peuvent atteindre plusieurs centaines de millions d'euros, sont régulièrement adjugés à OTV mais aussi à Degrémont, filiale de Suez, et Stereau, filiale de Saur. Le PNF, sollicité par Reuters, a souhaité ne faire "aucun commentaire" et le Siaap n'était pas joignable dans l'immédiat. Pierre-Alexandre Kopp a annoncé à Reuters qu'il allait saisir l'Autorité de la concurrence "dans les prochains jours", probablement en début de semaine prochaine.

L'attribution d'une autre contrat suspendue par la justice

Veolia doit par ailleurs faire face à une autre procédure touchant à la question de la concurrence. Mardi, la Cour administrative d'appel de Paris a suspendu l'attribution à la multinationale d'un contrat de 397 millions d'euros pour gérer une usine de traitement des eaux usées à Valenton (Val-de-Marne), précédemment exploitée par son concurrent Suez. Le préfet de la région d'Ile-de-France avait déposé une requête le 30 novembre dernier afin de demander à la justice de suspendre la décision d'attribution du marché. Plusieurs articles du cahier des charges, dont un qui a été considéré comme "clause Molière", disposition controversée exigeant que les ouvriers parlent français sur les chantiers publics, auraient pu conduire à l'exclusion de la participation à l'appel d'offres de candidats étrangers.

"Comme le tribunal administratif de Paris en novembre dernier, nous pensons qu'il n'en est rien et que cette consultation était largement ouverte à tout opérateur véritablement intéressé. C'est ce que nous ferons juger par le conseil d'Etat dans les prochains mois", a affirmé le groupe à l'AFP.

L'attribution de ce contrat fait parallèlement l'objet d'une plainte contre X pour favoritisme, qui a été déposée auprès du parquet national financier début mars par l'Association pour le contrat mondial de l'eau (Acme) et le Front républicain d'intervention contre la corruption (Fricc). Le Fricc avait notamment dénoncé une offre de Veolia 10% plus chère que celle du précédent opérateur de l'usine, Suez, un écart qui finira par se répercuter sur la facture des usagers.

Veolia avait été sélectionné en septembre par le Syndicat interdépartemental pour l'assainissement de l'agglomération parisienne (Siaap) pour l'exploitation et la maintenance de l'usine d'épuration de Valenton. Le contrat dénoncé, qui porte sur un marché de 12 ans pour 397 millions d'euros, devait entrer en vigueur le 1er avril. L'usine de traitement des eaux usées de Valenton est la deuxième plus grande usine d'Europe, avec une capacité de 600.000 m3 par jour.

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INTEGRALE DE L'EMISSION DU 13 MARS 2018

(avec agences)

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Commentaires
a écrit le 20/03/2018 à 11:49 :
Heureusement toutes les communautés de communes n'ont pas cédé aux sirènes de groupes comme Veolia et quand ça l'est ça sent le souffre et il est grand temps pour les citoyens de réagir et expulser équipes municipales.
a écrit le 17/03/2018 à 19:43 :
Bravo à cash investigation pour faire un peu de lumière sur le côté obscure de la force. Cela n'est pas sans risque. Mais c'est vraiment le rôle de la presse, qui est protégée par la loi. Pour savoir si elle est vraiment menacée, il suffit de voir qui finance la presse aujourd'hui en France?
a écrit le 15/03/2018 à 17:49 :
On semble découvrir ce qui est un "jeu" dans notre pays les ententes voir celle supposée pour l'instant concernant la location des avions pour le compte des armées affaire tellement grave qu'une enquête du parquet financier en cours mais également l'autre grand scandale le Partenariat Public Privé les fameux et surtout fumeux en terme de cout pour le contribuable une affaire entre amis politiques et industriels? Il y quelques temps les opérateurs téléphoniques etc. Il est d'ailleurs intéressants de voir que nombres de ces entreprises se disent privées mais vivent pour l’essentiel d’argent public soit en direct de l‘état soit des entités territoriales, eau, transport, parking, déchets, etc . Dans toutes ses affaires les entités publiques jouent un drôle de jeu parfois lorsque le système est trop visible ou dénoncé elles « punissent » mais encaissent les amendes sans aucune compensation pour les vrais lésés soit le client soit le contribuable. Cela montre s’il en était besoin, la connivence de tout ce « beau monde »
Une autre affaire scandaleuse la négociation dite secrète entre Amazon et Bercy sur l'amende fiscale.
Parfois une certaine classe politique et industrielle se moquent, avec cette maladie française de la condescendance, de nos voisins italiens mais aussi du continent africain, alors que nous ne sommes guère mieux sinon pire. La magouille dans notre pays est omni présente mais dans les salons feutrés de nos institutions, plus grises que blanches.
Merci à Mme Lucet qui permet de connaître un peu mieux ce qui se passe dans cette nébuleuse public privé
a écrit le 15/03/2018 à 17:11 :
A quoi serviraient les privatisations, sinon ?
a écrit le 15/03/2018 à 8:52 :
Là, où Lucet Élise se décrédibilise, c'est quand elle a ce geste volontaire de jeter une bouteille en verre dans la seine par dessus le pont.. Je trouve ce geste honteux pour quelqu'un qui se veut professionnel... Ce geste démontre son incapacité a comprendre le désastre écologique que cela entraine auprès du milieu naturel et l'exemple qu'elle donne d'elle même... Bravo pour les générations future..
a écrit le 14/03/2018 à 15:50 :
Indispensable elise lucet et son equipe, meme si la maniere peut irrite c'est la seule qui vaille face au denit,c'est courageux et souvent eficace meme si l'on se doute bien que les appels d'offres de societes d'economie mixte,cela se passe de la meme facon opaque,partout ,en france ,en europe,dans le monde.On peut juste regretter que Cash soit bien seul dans son combat.Pour repondre a d'autres commentaire,Lucet s'est attaquee a d'autres cibles encore plus puissantes,mais la on coupait les vivres a leur boite de prod....chercher c'est dans la presse
a écrit le 14/03/2018 à 11:21 :
Nous sommes un des pays le plus corrompu de l Europe.
Ce Qui e passe entre affaires politiciens et elus est un immense scandale et les francais paient les prix forts. Idem pour l alimentation. Et non alimentaire ou vous trouvez des écarts de 15 à 50% avec nos voisins directs. Idem depuis quand les industriels fixé t leurs propres normes et s autocontrôlent eux mêmes.

En France tout est possi le.
Nos énarques sont nuls ainsi que les élus. Bref un coup de balai est nessecaire dans ce pays d oligarques.
a écrit le 14/03/2018 à 9:24 :
De l'importance d'un quatrième pouvoir en démocratie.
a écrit le 14/03/2018 à 8:56 :
Perso, j'ai un problème avec le manque d'éthique de Lucet, et de sa bande (il faut se plier aux comportements pour le moins "agressifs" de Lucet, c'est à dire la volonté de dénoncer, voire créer de toutes pièces, des scandales. Elise Lucet n'a rien à faire dans le domaine public, et devrait chercher un job. dans un tabloïd. Le développement de ces émissions fait un tord considérable à notre pays, et aux mentalités de nos concitoyens, par le développement des comportements populistes. La lie du journalisme à mon avis.
Réponse de le 14/03/2018 à 9:50 :
Je suis d'accord avec vous.

Bien que nous avons besoin de ce genre d'investigation, le ton extrêmement agressif de l'équipe Cash décrédibilise leur travail et généralise ce ton. C'est dommage.
Réponse de le 14/03/2018 à 12:45 :
rappelons ici qu il s agit d argent public et que le contribuable donne en subventions .autre chose ; a qui profite le crime? a mon avis on a connu les valises a une époque du feu credit lyonnais pour financer les partis politiques
on doit pas être loin du retour d ascenseur via les appels d offre ou alors expliquer moi pourquoi un marché évalué a+30% est attribuer ?
Réponse de le 15/03/2018 à 13:51 :
Là, où Lucet Élise se décrédibilise, c'est quand elle a ce geste volontaire de jeter une bouteille en verre dans l'eau de la seine par dessus un pont. Je trouve ce geste honteux pour quelqu'un qui se veut professionnel... Ce geste démontre son incapacité a comprendre le désastre écologique que cela entraine auprès du milieu naturel et l'exemple qu'elle donne d'elle même... Bravo pour les générations future..
a écrit le 14/03/2018 à 8:52 :
Imaginez si tous les médias faisaient comme cash investigation, notre économie serait bien plus saine et du coup bien plus performante.

Merci pour toujours à tous les journalistes qui font leur boulot, d'autant que l'on sait que c'est très difficile, que c'est un choix presque de précarité, pour nombreux, pas pour ÉLise Lucet, j'anticipe les réponses des trolls.

Il faut voir aussi le travail hallucinant que fait Ruffin en tant que député, qui redonen ses lettres de noblesse à la politique, un bon journaliste pouvant faire sans problème un bon dirigeant, tout dépend de ce que l'on a dedans.
Réponse de le 14/03/2018 à 14:13 :
LOL!Elise a-t-elle enqueté sur les gabegies et surfacturations a France Télévision?
Réponse de le 14/03/2018 à 19:37 :
"Quand le sage montre l'horizon du doigt, l'imbécile regarde le doigt." Proverbe chinois.

Alors, il est beau mon doigt ?
Réponse de le 14/03/2018 à 19:49 :
Le parallèle que vous faites entre Ruffin et Lucet est tout simplement magnifique...
Réponse de le 15/03/2018 à 10:27 :
Tiens je vous ai répondu mais bizarrement ce n'est pas passé.

JE ne fais aucun parallèle entre ruffin et lucet c'est même l'inverse.

JE signale donc votre énième interprétation fausse de mes commentaires.

Lâchez moi, merci.
Réponse de le 15/03/2018 à 10:42 :
JE ne fais aucun parallèle entre eux deux, soit vous êtes complètement stupide, ce qui n'est pas à exclure, soit vous mentez sciemment.
a écrit le 14/03/2018 à 7:35 :
Le réacteur de ce machin, le pognon. En l'absence de ce dernier aucune entreprise privée ne s'intéresserait au traitement des eaux usées....😎

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