Nouvelle-Calédonie : le plus important bailleur social de l’île proche de la faillite
latribune.fr
Les émeutes qui ont débuté le 13 mai en Nouvelle-Calédonie ont plongé l'île au bord du gouffre. La SIC, principal bailleur social de l'archipel, pourrait déposer le bilan d'ici la fin de l'année.
Loyers impayés, arrêt des aides, taux de vacance élevé... La Société immobilière de Nouvelle-Calédonie (SIC), acteur central du logement social dans l'archipel, risque la liquidation. Un tremblement de terre à la mesure de l'importance de ce bailleur, qui loge plus d'un Calédonien sur dix.
« Si on ne trouve pas de solution, c'est une bombe sociale qui va exploser. Nous avons eu la colère de la jeunesse, nous aurons la colère des familles », alerte Petelo Sao, le président du conseil d'administration de la Société immobilière de Nouvelle-Calédonie.
Des difficultés financières accrues depuis mai
Depuis cinq ans, cette société d'économie mixte créée en 1956 et détenue à parts égales par le gouvernement de Nouvelle-Calédonie et l'Agence française de développement (AFD) connaît de graves difficultés financières. Son déficit, de l'ordre de 5,8 millions d'euros par an, a encore plongé depuis mai et la crise institutionnelle qui a dégénéré en émeutes, triplant quasiment, selon Petelo Sao.
Lors d'un conseil d'administration extraordinaire la semaine dernière, celui-ci a prévenu :« Soit des réformes sont adoptées, soit la SIC est menacée de liquidation au premier trimestre 2025, voire dès la fin de cette année. »
Une catastrophe alors que la SIC gère un parc immobilier de plus de 10.000 logements et loge environ 15% de la population calédonienne dont 27.000 personnes à Nouméa, soit un ménage sur cinq. « La liquidation d'un bailleur social ? Je ne sais pas comment faire. Derrière les chiffres, il y a des gens, des familles », s'inquiète le dirigeant auprès de l'AFP.
Un important taux de vacance du parc
L'impossibilité pour le gouvernement de Nouvelle-Calédonie - aux finances exsangues depuis la crise -, d'assurer l'aide au logement, directement versée aux bailleurs, pourrait précipiter la SIC vers la banqueroute.
Le Fonds social de l'habitat (FSH), l'organisme calédonien qui collecte la contribution des employeurs et gère cette aide, a bien été sollicité pour avancer des fonds à la place du gouvernement mais a refusé, le justifiant dans une réponse écrite à l'AFP par « la situation économique actuelle et l'incertitude qui l'entoure ».
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Et la SIC fait face à un autre défi majeur : un taux de vacance des logements de 16%, causé notamment par des conditions d'accès difficiles (il faut être titulaire d'un CDI) et le manque d'attractivité du parc, en mauvais état. Dans l'Hexagone, en comparaison, le taux de vacance plafonne à 2,9% en moyenne, selon un rapport de la Cour des comptes.
L'augmentation des loyers impayés et des résiliations de baux, notamment dans les quartiers particulièrement touchés par les émeutes, aggrave encore la situation. D'autant que ces impayés sont appelés à augmenter.
En juillet, la province Sud (la plus riche de Nouvelle-Calédonie, où se trouve Nouméa) a décidé de porter de six mois à 10 ans la durée de résidence dans la province pour bénéficier des aides sociales.
« Aujourd'hui, il est très difficile d'attribuer de nouveaux logements sociaux. Les financements sont gelés et même les projets en cours risquent de ne pas être finalisés. Cette décision unilatérale complique l'accès au logement pour ceux qui en ont le plus besoin », estime Petelo Sao.
Le président de la SIC dit aussi être pressé « par les voisins vigilants (des habitants loyalistes organisés pour protéger leur quartier durant les émeutes, ndlr) à expulser ses locataires, parce qu'ils seraient des émeutiers ».
Le logement social, une bombe sociale en Nouvelle-Calédonie
Au-delà de la SIC, les déboires du bailleur révèlent un besoin urgent de réformer le logement social en Nouvelle-Calédonie. Vaimu'a Muliava, membre du gouvernement calédonien en charge de l'urbanisme et de l'habitat, a porté une réforme visant à préserver ce pilier « de la cohésion sociale », mais l'examen de son texte, qui prônait un meilleur financement du logement social, a été interrompu par la crise institutionnelle.
Le membre de l'exécutif calédonien remet en question l'aide versée en Nouvelle-Calédonie aux locataires du parc privé, qui représente près du quart de l'aide au logement totale. Sa suggestion : utiliser ces contributions pour alimenter un fonds similaire à celui de l'Agence nationale pour la rénovation urbaine (Anru) et financer la rénovation des quartiers.
« On ne peut pas se contenter de réformes superficielles », affirme-t-il. « Il faut dépolitiser le logement social, qui est devenu une usine à gaz. On a empilé les structures, multiplié les acteurs, (...) on se retrouve avec des citoyens noyés sous des démarches administratives complexes ».
La filière du nickel connaît aussi une grave crise
Au cœur de l'économie néo-calédonienne, l'exploitation du nickel connaît une grave crise malgré un boom de la demande mondiale, lié à la fabrication de batteries pour les voitures électriques. Une crise qui exacerbe les tensions dans l'archipel.
Le nickel produit en Nouvelle-Calédonie représente environ 8% des réserves mondiales, selon un rapport de l'institut d'émission d'outre-mer (IEOM). Ce qui la place en quatrième position derrière l'Australie (24%), le Brésil (15%) et la Russie (9%). Et l'exploitation du nickel, indispensable à la fabrication d'acier inoxydable, est le poumon économique du « Caillou », qui détient 25% des ressources mondiales.
Le secteur traverse une crise économique sans précédent, plombé par la baisse du prix du minerai, qui a dévissé de plus de 45% en 2023, causant des pertes record pour les groupes exploitant les trois usines de l'archipel. Dans ce contexte, le producteur de nickel KNS, l'un des trois implantés en Nouvelle-Calédonie, a annoncé la fin de ses activités. La direction de l'usine Koniambo Nickel SAS, dans le nord du territoire français du Pacifique Sud, a fait savoir que ses 1.200 salariés seraient licenciés le 31 août.