Nouvelle-Calédonie : coup dur pour l'Etat, le géant du nickel Glencore va placer l’usine Koniambo en sommeil

Le groupe suisse Glencore a annoncé ce lundi son intention de placer en sommeil l'usine de production de ferronickel de Koniambo Nickel SAS en Nouvelle-Calédonie. S’il indique « apprécier » l'assistance proposée par le gouvernement français en faveur de l’industrie du nickel dans l’archipel, les activités ne sont « pas rentables », selon lui. Il cherche par ailleurs un nouveau partenaire industriel.
La filière d'extraction et de raffinage du nickel est la principale ressource de la Nouvelle-Calédonie : elle représente près d'un quart des emplois privés et 20% de son produit intérieur brut (PIB).
La filière d'extraction et de raffinage du nickel est la principale ressource de la Nouvelle-Calédonie : elle représente près d'un quart des emplois privés et 20% de son produit intérieur brut (PIB). (Crédits : CC 2/00)

[Article publié le lundi 12 février à 12h07, mis à jour à 14h54] Sérieux revers pour l'État. Comme il l'avait annoncé fin 2023, le géant suisse du négoce des matières premières Glencore a confirmé ce lundi son intention de mettre en sommeil l'usine de production de ferronickel Koniambo Nickel SAS (KNS). Le groupe estime qu'il ne peut « pas continuer à financer les pertes au détriment de ses actionnaires » et a donc pris la décision de placer ces activités en opérations d'entretien et de maintenance.

Concrètement, les fours resteront chauds pendant six mois et tous les employés - 1.300 salariés - conserveront leur poste pendant la période de transition, l'objectif étant de maintenir les activités critiques et garantir la sécurité du site. Un budget a été alloué pour cette période de transition, indique le communiqué, sans fournir de détails financiers. Ce maintien à chaud doit permettre de relancer rapidement l'activité « si un repreneur était identifié dans les six mois », a indiqué la direction de KNS.

Glencore détient 49% de KNS, les 51% restant appartenant à des intérêts publics. Mais le groupe basé en Suisse est le seul financeur de ce site mis en service en 2014. Projet phare du rééquilibrage entre les provinces calédoniennes Nord - où elle est installée, dans le massif du Koniambo - et Sud, cette usine n'a jamais été rentable.

À la recherche d'un nouveau partenaire

Glencore, qui gère toutefois cette mine en Nouvelle-Calédonie dans le cadre d'une co-entreprise avec la Société Minière du Sud Pacifique SA (SMSP), « va lancer prochainement le processus pour identifier un nouveau partenaire industriel potentiel pour KNS », poursuit le groupe.

Le cabinet du ministre de l'Économie, n'a pas tardé à réagir à cette annonce.

« La recherche de repreneurs est essentielle et nous sommes prêts à l'accompagner », a-t-il indiqué. « Il faut impérativement que des industriels prennent des risques économiques dans ces opérations », a-t-il rappelé.

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Le cabinet du ministère de l'Économie a aussi insisté sur le « soutien exceptionnel » déjà apporté à KNS, pour lequel « il n'est pas possible d'aller au-delà ». La semaine dernière, Bruno Le Maire avait indiqué avoir fait proposé « 60 millions d'euros de subventions sur le prix de l'énergie, 45 millions d'euros de ressources supplémentaires, un prêt de 100 millions : 200 millions d'euros pour la seule usine du nord pour garantir sa pérennité sous forme de soutien public », avait-il affirmé.

Reste que, pour Glencore, les coûts de fonctionnement sont « élevés » et « les conditions de marché actuellement très faibles », même avec l'assistance proposée par le gouvernement français. Si bien que les activités de Koniambo Nickel ne sont « pas rentables ». Sa dette, colossale, s'élève à près de 14 milliards d'euros. Il indique néanmoins qu'il « apprécie les efforts du gouvernement français pour revitaliser et sauver l'industrie du nickel en Nouvelle-Calédonie ».

Une filière en difficulté

La filière d'extraction et de raffinage du nickel dans l'archipel français du Pacifique sud est portée par deux autres sociétés, la SLN et Prony. C'est la principale ressource de la Nouvelle-Calédonie : elle représente près d'un quart des emplois privés et 20% de son produit intérieur brut (PIB). Reste qu'elle est plombée par la combinaison d'une chute des cours, d'une énergie coûteuse et d'une hausse de la concurrence étrangère, ce qui a fait plonger dans le rouge les trois usines métallurgiques et a poussé le gouvernement à se pencher sur leur sort.

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Comme solution, un « pacte nickel », censé relancer le secteur, est actuellement en négociations à l'initiative de Bruno Le Maire, qui a assuré début février « croire à l'avenir de la filière nickel en Nouvelle-Calédonie ». Le locataire de Bercy avait alors rappelé les conditions du gouvernement, notamment que les élus acceptent d'exporter une partie du minerai - activité rentable - au lieu de le transformer sur place et que les industriels s'engagent à développer et investir dans les usines.

L'État, lui, s'engagerait à moderniser le réseau électrique calédonien pour faire baisser le prix de l'énergie. « Notre objectif est que les discussions sur le pacte nickel se terminent d'ici la fin du mois », a précisé à l'AFP le ministère de l'Économie.

Les salariés et sous-traitants du secteur avaient de leur côté cessé le travail fin janvier pour inciter les actionnaires des trois usines à participer au redressement du secteur. Autant d'initiatives qui n'ont pas eu les effets escomptés.

(Avec AFP)

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Commentaires 7
à écrit le 15/02/2024 à 8:18
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Pas de panique !! Les chinois arrivent ... pour, in fine, contrôler ce nouveau territoire pour eux qu'est la Nouvelle Calédonie .

à écrit le 13/02/2024 à 10:24
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"La construction de l usine du Nord à été lancée pour des raisons politiques: satisfaire les independentistes de la province Nord. " Tout est dit.

à écrit le 13/02/2024 à 9:40
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Le nickel ne sert qu' donner des subsides aux tribus kanakes qui ne travaille pratiquement pas et qui sont tjrs ds la surenchère syndicale et financière avec un discours anticapitaliste et anti français au nom de la lutte contre le colonialisme, de q...

à écrit le 12/02/2024 à 18:42
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Il y a tout simplement surcapacité de production de nickel, en ce moment, dans le monde et en Nouvelle Calédonie. Le nickel est le métal le plus cyclique, avec des pics et des gouffres de prix qui l ont fait surnommer le "métal du diable". D autre p...

à écrit le 12/02/2024 à 15:27
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Le nickel calédonien n'est pas rentable et pour cause. Les coûts d'extraction et de traitement de ce minerai sont 3 fois supérieurs qu'ailleurs (salaires élevés, absentéisme, outils de production défaillants et vieillissants, etc...). Cela fait 15 an...

le 12/02/2024 à 18:50
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C est tout à fait ça ! Moi j étais sur place il y a plus de 20 ans et les prémices de la gabegie actuelle étaient déjà là. Ça coûte cher à la France de jouer à la grande puissance, alors que la Chine avance ses pions partout dans la région.

à écrit le 12/02/2024 à 14:03
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Si le traiter sur place n'est pas rentable, comment inverser le système ? L'énergie gratuite (!) ne suffirait peut-être pas. Y a des ressources pour combien d'années, siècles ? Y a pas deux "types" de production de nickel ? Le nickel pour l'inox (Fe...

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