Opération coup de poing d'agriculteurs qui érigent un mur devant l'Inrae à Paris
latribune.fr
Cette opération est revendiquée par la FRSEA, Fédération régionale des syndicats d'exploitants agricoles d'Île-de-France, premier syndicat agricole de la région.
Plus d'une centaine d'agriculteurs franciliens ont érigé à l'aube ce jeudi un mur de parpaings. Objectif : bloquer symboliquement l'entrée de l'Institut national de la recherche pour l'agriculture, l'alimentation, et l'environnement. La ministre de l'Agriculture condamne cette action.
[Article publié jeudi 28 novembre 2024 à 8h12, mis à jour à 10h46] Nouvelle opération coup de poing montée par des agriculteurs en colère. Plus d'une centaine d'entre eux ont érigé à l'aube, ce jeudi, un mur de parpaings afin de bloquer symboliquement l'entrée de l'Institut national de la recherche pour l'agriculture, l'alimentation, et l'environnement (Inrae), a constaté un journaliste de l'AFP. Cette opération est revendiquée par la FRSEA, Fédération régionale des syndicats d'exploitants agricoles d'Île-de-France, premier syndicat agricole de la région.
L'accès à la porte d'entrée du bâtiment n'a pas été bloqué, avec un interstice entre le mur de parpaings et l'entrée du bâtiment. Tagué en orange sur le mur d'environ deux mètres de haut, on peut lire « INRA escrolos », tandis qu'une banderole affiche: « À vendre, ne sert plus à rien - Bail à céder - Economie réalisée: 1,1 Milliard € ».
Pas de tracteurs ni d'engins agricoles n'ont été observés sur place. Les agriculteurs, de tous âges, sont venus en voiture, et en transports en commun pour manifester. Réunis très tôt, avant 6h, ils ont d'abord été bloqués et encerclés par les forces de l'ordre, puis, dans le calme, les manifestants ont posé les parpaings devant l'Inrae. Vers 7h30, ils commençaient à se disperser.
L'action de l'Inrae dénoncée
En théorie, « des instituts comme l'Inrae peuvent nous donner des moyens de remplir notre fonction de producteurs ». Or, « ce n'est plus le cas. Depuis des années, c'est la décroissance qui est organisée », a lancé durant la mobilisation, avec un haut-parleur Pascal Verrièle, secrétaire adjoint de la FDSEA Seine-et-Marne. « On finance un institut national à un milliard d'euros par an, qui ne nous rapporte que des contraintes », a renchéri Donatien Moyson, coprésident du syndicat Jeune Agriculteurs (JA) IDF Ouest, auprès de l'AFP.
«On a des restrictions d'usages de certains produits, sans solutions alternatives efficaces, ce qui entraîne des pertes de production», a témoigné Rémi Pierrard, producteur de betteraves et céréales installé près de Provins (Seine-et-Marne), membre du syndicat Jeunes Agriculteurs (JA).
« On nous a interdit un insecticide qui protégeait la betterave au début de sa croissance contre un puceron. Maintenant on est obligé de traiter avec un pulvérisateur, un traitement bien moins efficace et moins respectueux de la faune auxiliaire, avec des pertes de productivité pouvant aller jusqu'à 50% par an », a-t-il ajouté. À noter que les néonicotinoïdes dont parle l'agriculteur sont jugés nocifs pour les abeilles.
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La ministre de l'Agriculture condamne cette action
Dans une déclaration à l'AFP ce jeudi matin, Annie Genevard, la ministre de l'Agriculture, « condamne avec la plus grande fermeté toute atteinte aux personnes et aux biens, qui nuit aux revendications légitimes des agriculteurs ».
La ministre doit recevoir jeudi après-midi le président de l'Inrae (Institut national de la recherche pour l'agriculture, l'alimentation et l'environnement), « pour évoquer l'enjeu de la simplification pour les agriculteurs, le rôle de l'Institut et trouver des réponses communes aux trop nombreuses contraintes administratives », selon le ministère. Par ailleurs, vendredi matin, elle recevra « à sa demande les organisations syndicales pour avancer sur des mesures concrètes qui visent à simplifier le quotidien de nos agriculteurs », ajoute son ministère.
Hier, des centaines d'agriculteurs ont participé à des manifestations dans plusieurs départements, comme dans l'Aveyron, où des dizaines d'entre eux ont pris position devant la cathédrale de Rodez en formant les lettres « SOS ». Au global, les autorités ont recensé 28 actions, dans 24 départements, impliquant près de 1.600 personnes et 479 engins agricoles. Ces actions ciblent davantage les bâtiments publics.
Pour rappel, l'alliance syndicale FNSEA-JA avait placé sa première semaine de mobilisation sous le signe de l'opposition au projet d'accord de libre-échange entre l'UE et le Mercosur. Mais, pour sa deuxième semaine d'actions coordonnées, elle avait prévu de viser plus particulièrement ce qu'elle considère comme des « entraves » au travail des agriculteurs: préfectures, agences de l'eau, ou bureaux de l'Office français de la biodiversité (OFB).
Violences et dégradations
Dans ce contexte, la ministre de la Transition écologique, Agnès Pannier-Runacher, a mis en garde contre « toute attaque qui vise l'intégrité physique » des agents de l'Office français de la biodiversité (OFB), dont un, a vu sa voiture sabotée le mois dernier.
Le préfet du Tarn-et-Garonne a quant à lui annoncé qu'il « déposera plainte », après les « dégradations » (« tags visant les services de l'Etat, bris de vitre, projection de fumier et d'huile sur les murs de bâtiments ») causées lors d'une manifestation impliquant au moins 150 tracteurs d'agriculteurs à Montauban mardi soir à l'appel de la FDSEA et des JA.
France Nature Environnement a également dénoncé « des violences » d'agriculteurs à l'égard de trois associations de protection de l'environnement chapeautées par FNE à Gap (Hautes-Alpes), Coutances (Manche) et Châteauroux (Indre). Des plaintes ont été déposées ou vont l'être dans les trois cas, selon FNE.