Pouvoir d'achat : les mesures contre l'inflation du gouvernement ont d'abord profité aux plus riches

Le bouclier tarifaire et la ristourne de 18 centimes d'euros sur le litre de carburant ont permis aux 10% les plus riches de la population française de bénéficier d'un gain de pouvoir d'achat de 68 euros contre 38 euros pour les 10% les plus modestes au mois d'avril. Le gouvernement travaille déjà à des mesures plus ciblées pour le prochain paquet "pouvoir d'achat" annoncé par Emmanuel Macron.
Grégoire Normand
La ristourne de 18 centimes d'euros à la pompe a entraîné un gain moyen de 8 euros au mois d'avril par Français.
La ristourne de 18 centimes d'euros à la pompe a entraîné un gain moyen de 8 euros au mois d'avril par Français. (Crédits : Reuters)

Les nuages noirs s'amoncellent au-dessus de l'économie française. Après une croissance atone au premier trimestre, l'inflation a continué de grimper à 4,8% au mois d'avril contre 4,5% au mois de mars selon les derniers chiffres encore provisoires de l'Insee. Les prix de l'énergie continuent de pousser l'indice général des prix vers le haut mais dans une moindre mesure qu'au cours du premier trimestre. "La principale contribution reste de loin celle de l'énergie mais elle diminue un peu. À l'inverse, les contributions de l'alimentation, des produits manufacturés et des services augmentent", a résumé le chef du département de la conjoncture Julien Pouget à l'Insee. L'éclatement la guerre en Ukraine à la fin du mois de février a ainsi provoqué une onde de choc sur l'économie européenne.

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Face à cette envolée des prix, le gouvernement a multiplié les annonces (bouclier tarifaire sur le gaz et l'électricité, remise de 18 centimes d'euros à la pompe) ces derniers mois pour tenter de limiter les dégâts sur le portefeuille des Français. Il faut d'abord rappeler que l'inflation a été relativement limitée en France au regard des autres pays européens. Les derniers chiffres d'Eurostat dévoilés il y a quelques jours montrent des écarts particulièrement saisissants au sein du Vieux continent.

Derrière la hausse moyenne de 7,5% de l'indice des prix à la consommation harmonisée (IPCH qui permet de faire des comparaisons internationales), des disparités immenses existent entre les pays baltes par exemple (Estonie à 19%, Lituanie à 16,6%) et la France (5,4% ; l'IPCH est légèrement supérieur à l'indice des prix mesuré par l'Insee pour des raisons de méthode).

En dépit de cette inflation tricolore plus limitée, les mesures de l'exécutif ont principalement favorisé les ménages au sommet de la pyramide selon une récente étude du cabinet Astères. Alors que Emmanuel Macron a promis de nouvelles mesures de pouvoir d'achat d'ici l'été lors de la campagne présidentielle, le prochain gouvernement devra être particulièrement attentif au ciblage des nouveaux dispositifs s'il ne veut pas affronter une fronde sociale dans les semaines à venir.

+68 euros de pouvoir d'achat pour les 10% les plus riches

En moyenne, le cabinet Asterès estime que les mesures mises en œuvre par le gouvernement ont permis d'augmenter le pouvoir d'achat des Français de 52 euros au mois d'avril.  Sur les 52 euros, le bouclier tarifaire a entraîné des gains de 36 euros sur l'électricité et de 8 euros sur le gaz. Quant à la ristourne à la pompe, elle a permis aux Français d'économiser 8 euros sur leur facture au mois d'avril.

Il reste que des disparités criantes existent entre les ménages. Pour tous ceux faisant partie du premier décile de la population, le gain est d'environ 38 euros par foyer. A l'autre bout du spectre, le gain observé est de 68 euros par famille. Cet écart n'est pas vraiment surprenant "car plus les ménages sont aisés, plus ils consomment ces produits", souligne le cabinet.

Entre les deux, les classes moyennes ont profité d'un gain de pouvoir d'achat entre 48 et 56 euros environ. Pour rappel, les individus faisant partie du dernier décile ont un niveau de vie équivalent à 39.900 euros par an contre 11.600 euros pour les 10% les plus pauvres selon les derniers chiffres de l'Insee. Sans surprise, les mesures du gouvernement jugées "coûteuses" et "peu ciblées" par plusieurs économistes durant l'hiver pourraient être largement rectifiées.

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1,6 point en moins d'inflation au mois d'avril

Selon les calculs du cabinet, les trois mesures précitées ont permis néanmoins d'abaisser l'inflation d'1,6 point toujours au mois d'avril. Dans le détail, le bouclier tarifaire a permis de freiner la hausse de l'indice des prix de 0,9 point pour le prix du gaz et de 0,4 point pour les prix de l'électricité. Au sujet des prix ces carburants, la remise à la pompe de 18 centimes aurait amputé l'inflation de 0,3 point. Au final, le bouclier tarifaire représente environ les deux tiers du dispositif d'amortissement. Sans bouclier tarifaire, les prix de l'électricité (+34%) et du gaz (+18%) auraient grimpé en flèche selon l'Insee.

Dans une note très détaillée dévoilée en mars dernier, les statisticiens de l'institut public avaient modélisé les effets du bouclier tarifaire sur l'indice des prix à la consommation. En l'absence d'un tel dispositif, l'inflation aurait bondi de 5,1% en février, avant la guerre, contre 3,5%. Au final, le gouvernement a bien réussi à freiner l'inflation sans vraiment limiter les effets particulièrement néfastes d'une telle hausse sur les inégalités entre les ménages.

Des perspectives assombries

La succession des crises (pandémie, guerre en Ukraine, difficultés d'approvisionnement) a considérablement assombri les perspectives économiques sur le Vieux continent. Du côté des entreprises, l'écart est en train de se creuser entre les services et l'industrie en zone euro.

Le dernier indice composite PMI (industrie et services) dévoilé ce mercredi 4 mai montre que le tissu productif cumule les difficultés, en particulier depuis le début de l'année alors que le tertiaire semble résister. En France, les ménages pourraient freiner leurs dépenses de consommation. L'Insee a déjà prévu une baisse du pouvoir d'achat au cours du premier semestre dans ses dernières prévisions.

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Un nouveau paquet pouvoir d'achat à l'étude

Face à cette poussée de fièvre des prix de l'énergie, la Banque centrale européenne semble hésiter. Un resserrement trop rapide de la politique monétaire pourrait plomber la croissance déjà mise à mal au premier trimestre. En parallèle, le gouvernement prépare déjà un budget rectificatif qu'il doit présenter au cours de l'été. Dans ce nouveau PLFR, plusieurs mesures sont déjà à l'étude pour tenter de limiter les répercussions de cette flambée des prix sur le budget des ménages. La première concerne une mesure d'accompagnement pour les grands rouleurs qui pourrait prendre la forme d'un chèque ou d'un crédit d'impôt.

Cette mesure plus ciblée permettrait d'accentuer les efforts sur les ménages les plus pénalisés par les trajets motorisés ou les plus éloignés de leur travail. Emmanuel Macron a également évoqué un nouveau chèque alimentaire, la possibilité d'une indexation des minimas sociaux sur l'inflation et d'une indexation des retraites dès le mois de juillet. L'exécutif se prépare également à prolonger le bouclier tarifaire au-delà du mois de juin.

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Grégoire Normand

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Commentaires 20
à écrit le 05/05/2022 à 12:13
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Ça donne le tournis tous ces chiffres, surtout qu'ils ne s'appliquent, par définition, à personne (une moyenne vise toujours à côté, si on regarde au centime près, moi c'est 51,98 pas 52 !). Mon dernier demi-plein c'était mi-avril, le précédent fin o...

à écrit le 05/05/2022 à 8:58
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c'est vraiment regarder les pbs par le petit bout de la lorgnette! on distribue des cadeaux de pouvoir d'achat avec des cheques ' payes par personne' finances par le bce quoi qu'il en coute et sans aucune incidence........et sinon? et ben ca va finir...

à écrit le 05/05/2022 à 8:36
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Encore des drôles de zozo ces cabinets ( ?!) qui trouvent que la ristourne sur l'essence a plus profité aux riches . C'est surement avec des raisonnements à la 2418 comme la capacité d'un réservoir de Porsche comparé à celui d'une Renault. Encore une...

à écrit le 04/05/2022 à 19:33
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Les mesures qui profitent aux riches ne seraient pas un problème si les paradis fiscaux n'existaient pas et l'intermédiaire financier privé entre les états et la banque centrale. En plus cela passerait bien plus facilement au sein de la population pe...

à écrit le 04/05/2022 à 18:39
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Y en marre de stigmatiser la partie de la population qui gagne plus mais c’est aussi celle qui cherche aussi à faire croître le gâteau national sans attendre les aides sociales de toute part

le 04/05/2022 à 22:08
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Tout à fait, puisque l'on vous dit que ça ruisselle !

à écrit le 04/05/2022 à 18:35
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Salaire médian aux USA: 54 684,29€ Salaire médian en France: 23 400€....... I litre d'essence aux USA = +/- 1.10€ I litre d'essence en France = 2,-€ L'essence est deux fois plus chère en France et nous avons des revenus presque 3 fois moindre!!!!...

le 04/05/2022 à 18:57
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Les USA ont du pétrole, nous non. Quant au niveau de revenu aux USA les soins médicaux sont hors de prix et beaucoup surtout les retraités ne peuvent pas se payer une assurance maladie. Vous voyez le problème non ?

le 04/05/2022 à 20:13
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@ marc 469, On vit bien aux usa...certes il faut payer ses propres assurances mais quand on dispose de presque 60000 € par an, on arrive sûrement mieux qu'en France ou une minorité paie pour la majorité. Quant au pétrole, la France prélevé 65%....de...

le 04/05/2022 à 20:42
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On paie quasi plus de 2 fois plus en France pour la santé qu'un étasunien aux usa. Regarder votre fiche de paie et additionné la part salariale et patronale sécurité sociale. Dès ce moment vous avez casquer plus 50 % qu'une bonne mutuelle américaine ...

le 04/05/2022 à 20:52
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Les soins pour les vieux et les pauvres aux usa sont totalement gratuit. C'est le poste budgétaire le plus important de l'état et c'est entre autre ce qui les coule, un pognon de dingue dirait l'autre. Voyez les débats houleux que cela pose là bas. C...

le 05/05/2022 à 12:34
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Lorsque les employés des plus gros employeurs US (cf. Walmart & Mc Donald) sont les 1ers bénéficiaires des minimas sociaux (cf. Medicaid & bons alimentaires) j'ai bien du mal à croire à un salaire médian aussi élevé... D'autant plus avec un sal...

le 05/05/2022 à 14:12
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On parle de salaire médian....aux usa, les disparités sont comme en Europe la France est dans le bas du tableau. Au Luxembourg, pays bas, Irlande, Suède etc...les salaires sont bien plus hauts. Idem aux usa. Mais aux usa le salaire médian est trè...

à écrit le 04/05/2022 à 18:34
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" Pour rappel, les individus faisant partie du dernier décile ont un niveau de vie équivalent à 39.900 euros par an contre contre 11.600 euros pour les 10% les plus pauvres" J'imagine et j'espère qu'il faut lire supérieur à 39.900 euros. Mais en to...

à écrit le 04/05/2022 à 18:33
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Oui et la hausse du smic va bénéficier à ceux qui travaille au smic et pas au pauvre au rsa. Depuis quand La Tribune publie des articles stupides ?

à écrit le 04/05/2022 à 18:11
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Et alors ? Plus on consomme, plus on bénéficie de ces réductions, c'est tout. On ne va quand même pas payer l'essence ou le gazole en fonction de ses revenus. Il faut arrêter avec ce gauchisme bien-pensant...

à écrit le 04/05/2022 à 18:09
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C'est sûr que l'on évoque là des sommes pharamineuses, totalement inconsidérées. Peut-être que si les gens qui travaillent touchaient des salaires décents ce genre de questions ne se poseraient pas. Pour ce qui est des dealers et autres 'accueillis'...

à écrit le 04/05/2022 à 17:34
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En quoi les plus riches auraient ils profité ? Ridicule....nous sommes tous et toutes contraintes d'aller travailler. Perso je fais presque 60km par jour et cela me fait mal de savoir que l'état nous prend presque 1.20€ , voire plus par litre de car...

le 04/05/2022 à 19:19
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Réfléchis un peu : les riches partent davantage en vacances, en WE, ils roulent plus pour leurs loisirs. De plus, ils ont des grosses voitures qui consomment davantage. Ils ont aussi de grandes maisons et des piscines à chauffer. Les baisses de prix...

le 06/05/2022 à 9:59
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Un riche qui vit a Paris n a probablement pas de voiture (ou s en sert jamais), il va en vacances aux bahamas en avion donc pas concerné

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