Présidentielle 2017 : l'industrie est absente des débats

Les débats de la primaire de la droite et du centre ne les avait pas véritablement enthousiasmés. Les propositions concrètes des participants à la primaire de la Belle alliance populaire en faveur de l'industrie se faisant toujours attendre, les représentants du secteur manufacturier interpellent les candidats.
Fabien Piliu
Pour l'instant, les industriels attendent toujours des mesures concrètes en faveur du secteur manufacturier de la part des candidats à l'élection présidentielle.
Pour l'instant, les industriels attendent toujours des mesures concrètes en faveur du secteur manufacturier de la part des candidats à l'élection présidentielle. (Crédits : CHINA DAILY)

La patience des industriels est mise à rude épreuve. "Nous attendons toujours la présentation d'un programme en faveur de l'industrie digne de ce nom", explique Philippe Darmayan, le président du Groupement des fédérations industrielles (GFI). En clair, les propositions en faveur de l'industrie des candidats à la primaire de la droite et du centre, et notamment des principaux favoris, l'avaient un peu laissé sur sa faim. Dans l'abécédaire de François Fillon qui comprend les 50 mots clés de son programme, le mot Industrie est absent. A la lettre I, il y a Immigration, Injustices et ISF...

Celles émises par les candidats à la primaire de la Belle alliance populaire (BAP) ne témoignent pas davantage de la volonté de relancer l'appareil de production manufacturier tricolore. Le Cercle de l'Industrie, qui travaille en étroite collaboration avec la plupart des satellites de la galaxie "Industrie" tricolore - Union des Industries et Métiers de la Métallurgie (UIMM), GFI, la Fabrique de l'Industrie, Pacte PME... - est sur la même longueur d'ondes. Jean-Marie Danjou, son délégué général regrette que l'industrie ne soit pas toujours considérée comme un projet de société qui embrasse les questions économiques, sociales et éducatives.

Pourtant, l'industrie est en perte de vitesse. Elle ne représente plus que 12,6% de la valeur ajoutée produite en France contre 20% il y a trente ans. En Allemagne, cette part s'élève à 23% selon Eurostat, l'office européen des statistiques. Faut-il y avoir un lien avec le taux de chômage respectifs observé dans ces deux pays ? La fabrique de l'industrie en est convaincue.

Le lien entre l'emploi exposé et l'emploi abrité de la concurrence internationale est fort

Selon les travaux économétriques développés par Enrico Moretti en 2010, un économiste américain, que cite le think tank de l'UIMM dans une étude, il est possible d'estimer le nombre d'emplois abrités de la concurrence internationale - appartenant souvent au secteur tertiaire - créés dans une zone donnée à la suite de l'apparition d'un nouvel emploi exposé - le plus souvent industriel - dans cette même zone. On parle alors de "multiplicateur d'emploi local". "Selon nos estimations, lorsque 100 emplois exposés apparaissent dans une zone d'emploi de France métropolitaine, 64 emplois abrités supplémentaires sont créés au sein de cette même zone. Ce n'est pas tant la valeur exacte du multiplicateur qu'il faut retenir, puisqu'elle est évidemment entourée d'une part d'incertitude, mais l'idée essentielle que l'emploi exposé a un impact fort et attesté sur l'emploi abrité", explique l'étude.

"Pour l'instant, la plupart des candidats proposent de poursuivre la politique de l'offre entamée au cours de l'actuel quinquennat. C'est un point intéressant, mais il faut aller beaucoup plus loin si l'on veut que la France redevienne un acteur majeur dans le domaine industriel", explique Jean-Marie Danjou. De fait, François Fillon, le candidat des Républicains et les favoris de la primaire de la BAP se contentent de proposer une baisse de la pression fiscale pesant sur l'industrie ainsi qu'un énième choc de simplification, choc que promettait déjà Georges Pompidou en 1964...

Que penser du Made in France ?

Porté par Arnaud Montebourg, l'ancien ministre de l'Economie de François Hollande, le made in France est-il une stratégie cohérente ?

"Ce n'est pas le made in France qui me semble être une issue pour l'industrie française mais plutôt le made in Français, un concept qui inclut les entreprises étrangères installées et qui produisent en France", poursuit Philippe Darmayan.

Une attractivité qui est encore élevée, la France restant une destination privilégiée des investisseurs étrangers, en particulier dans le domaine industriel. Selon le baromètre AmCham de Bain & Compagnie publié ce mardi qui mesure le moral des investisseurs américains en France - ce sont les principaux investisseurs étrangers en France -, l'Hexagone est pour 81% d'entre eux une destination attractive pour une entreprise qui souhaite engager ou accélérer sa transformation numérique

"C'est une erreur de croire que l'on peut relocaliser des outils de production ou que l'on peut rebâtir des filières industrielles aujourd'hui en panne", poursuit-t-il. Il serait donc vain de vouloir faire renaître de ses cendres la filière de la machine-outil, qui fut autrefois une fierté de notre industrie.

Poclain, Ernault-Batignolles, SOMUA, la Société alsacienne de construction mécanique entre autres gloires passées ne sont plus des acteurs d'envergure dans le secteur de la mécanique. Au pire, ils n'existent plus, soit parce qu'ils ont mis la clé sous la porte, soit parce qu'ils ont été absorbés par un grand groupe, perdant bien au passage leur identité. Selon le syndicat des machines et technologies de production (Symop), la France n'occupait plus que le huitième rang européen dans ce secteur en 2016, cédant une place par rapport à 2015.

"Nos entreprises n'ont plus l'expérience et le savoir-faire nécessaires pour rivaliser avec leurs concurrentes allemandes, japonaises, sud-coréennes ou chinoises. Il est plus judicieux de concentrer nos efforts dans les secteurs où la France possède actuellement un avantage. C'est notamment le cas dans ceux de la fabrication additive, des matériaux composites ou des réseaux intelligents. Quant au numérique, il faut l'envisager comme une solution transversale capable de moderniser l'ensemble des secteurs de l'économie et en particulier l'industrie", prolonge Philippe Darmayan.

L'investissement repart-il réellement ?

Une modernisation qui passe par une véritable reprise de l'investissement de la part des entreprises. Or, selon les calculs du GFI, l'augmentation de l'investissement observée ces derniers trimestres est une reprise en trompe-l'œil, un quart des dépenses réalisées par les entreprises étant dédiées à la mise en conformité et au respect des normes techniques, sanitaires ou écologiques. Selon l'Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE), l'outil industriel tricolore est vieillissant et le retard d'investissement loin d'être comblé, l'investissement en biens d'équipement étant encore en retrait de 11,5 % au troisième trimestre 2016 par rapport au niveau observé début 2008.

La proposition choc de Benoît Hamon

Tous les candidats délaissent-ils l'industrie ? Benoît Hamon, candidat à la BAP s'est penché sur le sujet au grand dam des industriels.

Dans son programme économique, il propose de taxer les robots, à l'inverse de ce que proposait le rapport Gallois publié en 2012 qui rappelait le retard de la France dans ce domaine. Pour quelles raisons ? Pour éviter que la robotisation ne mène à des destructions d'emplois massives. Selon le rapport Gallois, l'Allemagne comptait plus de 150.000 robots en 2012 et la France, 34.500. Aujourd'hui, l'Allemagne est proche du plein emploi.

Sans surprise, les industriels sont vent debout contre cette proposition qu'ils considèrent dénuée de sens.

"Cette proposition de M. Hamon repose sur une idée reçue trop répandue  : l'intégration des robots dans l'industrie conduirait à la suppression massive d'emplois. C'est en réalité LA solution pour maintenir notre capital et nos emplois industriels !", explique Serge Nadreau, président du groupe robotique du Symop. "Une entreprise française qui investit dans son outil de production maintient ses emplois et accroît sa compétitivité. Nous l'avons prouvé voilà plus de cinq ans avec l'opération ' Robotcaliser-Robotiser' pour ne pas délocaliser : robotiser c'est éviter de délocaliser", souligne Jean Tournoux, délégué général du Symop.

Une position confirmée par une étude récente du Conseil d'Orientation et de l'Emploi. Publiée le 10 janvier, cette étude démontre que le développement de la robotisation dans l'industrie ne menace qu'une faible part des emplois. A l'inverse, près de 50% de ces emplois vont voir leur contenu évoluer avec le développement des technologies de la numérisation et de l'automatisation, assurant aux salariés une montée en compétences et en qualifications.

Fabien Piliu

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Commentaires 7
à écrit le 18/01/2017 à 10:18
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Conformément au néolibéralisme, les remèdes contre le chômage préconisés par M.Fillon, politicien professionnel, se concentrent sur le bien-être de sa clientèle électorale préférée (actifs ou retraités très favorisés) pour protéger des entreprises d...

à écrit le 18/01/2017 à 6:33
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Dans l'usine ou je travaille. Pour travailler dans le dernier îlot équipé d'un robot dernière cri. Il faut avoir un bac+2 pour un salaire au ras des pâquerettes, le même que le mien avec mon bac pro. Être le leader de l'îlot il faut avoir un bac+3 po...

à écrit le 17/01/2017 à 22:47
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L'Europe aussi est absente des débats. C'est tout aussi important et très lié au sujet de l'industrie. Mais en même temps, vu que les journalistes ne leur posent pas les questions....

à écrit le 17/01/2017 à 18:03
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"Présidentielle 2017 : l'industrie est absente des débats" La question des journalistes sur ce sujet pendant le débat aussi.

à écrit le 17/01/2017 à 16:49
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Présidentielle 2017 : l'industrie est absente des débats Durant ces 15 dernières années, RaffarinChirac FillonSarkozy ont initié et organisé le déclin de l'industrie de la France Macron-Valls-Ayrault-Hollande ont amplifié le déclin de l'indu...

à écrit le 17/01/2017 à 16:22
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Ce ne sont pas les robots qu'il faut taxer, mais l'énergie qu'ils consomment pour produire des richesses, en particulier, pour financer les charges sociales.

à écrit le 17/01/2017 à 15:54
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La finance pompe l'argent de l'investissement, je me souviens qu'en cours d'économie on nous avait appris que le cercle vertueux de redistribution des bénéficies d'une entreprise c'était un tiers pour les actionnaires, un tiers pour le salaria et un ...

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