Quatre signaux faibles pour la France d'après Covid-19

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(Crédits : AZemiti La Tribune)
LE MONDE D'APRES. Tandis que tous les secteurs économiques sont ébranlés par la pandémie du coronavirus qui a stoppé net l'activité, des tendances s'affirment, d'autres voient le jour. La Tribune résume ces propositions de nouveaux modèles de société, d'organisation, financiers, industriels, environnementaux, ou de pensée dans une revue de presse. Troisième volet de cette série, en France et dans le monde.

Le Drian et Houellebecq s'accordent pour dire que le monde d'après sera... pire que celui d'avant

Dans un entretien accordé au Monde, le ministre des Affaires étrangères, Jean-Yves le Drian, exprime sa « crainte » que « le monde d'après ressemble furieusement au monde d'avant, mais en pire ». Selon le chef de la diplomatie française, « nous assistons à une amplification des fractures qui minent l'ordre international depuis des années ». Cette crise n'est, en réalité, que la « continuation, par d'autres moyens, de la lutte entre puissances ». À propos du multilatéralisme par exemple, dont la « remise en cause [est] déjà ancienne »« des acteurs majeurs se désengagent, comme l'illustre la décision américaine de suspendre sa contribution à l'Organisation mondiale de la santé (OMS) », pointe le ministre. Cette lutte marque également la « systématisation des rapports de force qu'on voyait monter bien avant », comme en témoigne la rivalité sino-américaine, relancée notamment par les accusations de Donald Trump envers la Chine, coupable selon le président américain d'avoir propagé le virus à partir d'un laboratoire de Wuhan, le berceau de l'épidémie. « [Cette lutte] est enfin, note Jean-Yves le Drian, l'extension de la compétition internationale, voire de l'affrontement, à tous les secteurs. »

Une vision pessimiste partagée par l'écrivain Michel Houellebecq et développée dans une lettre lue par le journaliste-animateur Augustin Trapenard sur France Inter. « [...] Je ne crois pas une demi-seconde aux déclarations du genre 'rien ne sera plus jamais comme avant'. Au contraire, tout restera exactement pareil », prédit le romancier qui voit dans le coronavirus une accélération de « certaines mutations en cours », comme la diminution des contacts humains. « Nous ne nous réveillerons pas, après le confinement, dans un nouveau monde ; ce sera le même, en un peu pire », conclut l'auteur des Particules élémentaires.

Lire aussi : Covid-19: quatre signaux faibles du monde d'après

Pour relancer l'économie, faudra-t-il recourir à l'épargne des ménages ?

Selon une étude publiée par l'Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE), les Français auront accumulé, au terme des huit semaines de confinement, une « épargne forcée » de 55 milliards d'euros, avec toutefois des disparités importantes selon la typologie des ménages. « On parle d'épargne forcée car c'est la contrainte du confinement qui crée cette situation », précise Mathieu Plane, directeur adjoint du département analyse et prévision de l'OFCE, dans un entretien accordé à Sud Ouest. Selon l'économiste, il faudra « que cette réserve soit utilisée » en sortie de confinement, « si on veut soutenir, par exemple, l'activité des commerces ». En effet, le déconfinement, plutôt que de relancer la consommation, pourrait inciter les ménages à continuer d'épargner, afin de se constituer une « épargne de précaution ». Or, pointe Mathieu Plane, cela « pose un problème macroéconomique, car la consommation des uns, c'est le revenu des autres »« Si ces revenus sont épargnés pour des raisons forcées, parce que toutes les activités ne sont pas rouvertes, ou par précaution, on aura un souci », estime-t-il. Alors, pour inciter les Français à puiser dans leur épargne, il faudra, selon l'économiste, « créer des incitations ».

Le Medef suisse craint que les gens s'habituent au « retour à  une vie simple » et à la « fin de la société de consommation »

Dans l'une de ses lettres hebdomadaires, le Centre patronal, l'équivalent du Medef en Suisse, appelle à « éviter que certaines personnes soient tentées de s'habituer à la situation actuelle, voire de se laisser séduire par ses apparences insidieuses ». Et de citer, en guise d'exemples, la réduction de la circulation sur les routes, « un ciel déserté par le trafic aérien », le « retour à une vie simple et à un commerce local », ou encore la « fin de la société de consommation »« Cette perception romantique est trompeuse, car le ralentissement de la vie sociale et économique est en réalité très pénible pour d'innombrables habitants qui n'ont aucune envie de subir plus longtemps cette expérience forcée de décroissance », note encore l'organisation patronale. Une perle repérée par l'élu vert neuchâtelois Fabien Fivaz qui, dans une publication sur Twitter, accompagne son post du commentaire suivant : « Attention, ça pique ».

Demain, toutes et tous à 2 mètres de vos collègues ?

La distanciation sociale, préconisée par les experts pour enrayer la circulation du nouveau coronavirus, pourrait s'installer durablement dans notre environnement de travail. C'est ce que suggère le site Get Planet qui évoque une expérimentation actuellement menée par le constructeur automobile américain Ford. Dans une usine à Plymouth, dans le Michigan, une douzaine de salariés testent un bracelet en forme de montre qui se met à biper dès qu'un collègue se trouve à moins de 6 pieds, soit une distance de 1,8 mètre environ. Une façon de respecter les gestes barrières. Le dispositif, indique Bloomberg, « pourrait faire partie d'un éventail plus large de nouveaux protocoles sécuritaires déployés dans le cadre d'un redémarrage de la production ».

Plus proche, en Belgique, le port d'Anvers, l'un des plus grands à l'échelle européenne, s'est associé avec l'éditeur Rombit afin de tester en grandeur nature un nouveau bracelet électronique qui permet, lui aussi, de prévenir le travailleur dès lors qu'il se situe à moins d'1,5 mètre d'une autre personne.

Une tendance amenée à se confirmer dans l'après-crise ? Spécialisée dans l'immobilier d'entreprise, la société Cushman & Wakefield estime en effet que « la règle des six pieds ne va pas disparaître de sitôt ». « [...] nous comprenons combien il est crucial de normaliser cette ligne de conduite dans la vie de tous les jours, explique-t-elle dans un texte publié sur son site, également cité par Get Planet. Nous finirons tous par revenir au travail mais nous ne devons pas oublier cette règle d'or ».

Lire aussi : Covid-19 : quatre signaux faibles à questionner pour le monde d'après

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Commentaires
a écrit le 11/05/2020 à 16:23 :
Je ne vois pas ce qui peut changer après le covid. Nous devrons toujours travailler pour vivre. Il y aura sans doute quelques infléchissements comportementaux pour s'adapter le temps d'un vaccin, mais rien ne changera fondamentalement, car l'homme occidental ne voit pas plus loin que le bout de son nez, c.à.d un temps infiniment court ou au loin le bilan de fin d'année. Sa stratégie s'arrête là. C'est ce qui fait la différence avec les Chinois et les asiatiques en général qui pensent plus loin et qui savent que pour qu'un arbre donne des fruits, il lui faut du temps.
Réponse de le 16/05/2020 à 10:49 :
que de poncifs ! qui a deja vu le changement se faire quelque part en un ou deux mois? dans les pays asiatiques ou est le changement?aucun, c'est exactement la meme société avant et après; d'ailleurs ils portaient deja des masques avants c'est dans leur culture. Quel est le gros malin qui a déja réussi à changer quelquechose dans sa propre vie et ses propres habitudes en un mois avant de donner des leçons aux autres ? ces tergiversations et generalisations grotesques sur l homme occidental qui a inventé la modernité dans tous les domaines en quelques années sont totalement infondées et stupides, quand on sait que la plupart des gens n'arrive pas à arrêter de fumer ou à changer de coté du lit pour dormir qu'il soit occidental ou pas. D'ailleurs j'aimerais bien connaitre les fameux changement déja opérés dans la vie de ceux qui réagissent ....D'autre part, les histoires de models de pensée sont purement théorique et relèvent du blabla d'intellos de bistrot, car ce ne sont pas eux qui font le changement mais la modification des besoins
a écrit le 11/05/2020 à 15:11 :
Le modèle de "pensée" étant toujours le même, effectivement, je ne vois pas comment les choses pourraient s'améliorer et changer. Le pire, d'un point de vue néo-libéral est à venir. Ça, c'est sûr... et modifier les perspectives de l'évolution humaine, reste encore un concept bien flou.
a écrit le 11/05/2020 à 10:15 :
La Chine montre dans cette crise sa volonté de domination mondiale, avec des pays occidentaux excessivement dépendants vis à vis de ce pays (à qui avons nous passé commande pour les masques ?). Cela va jusqu'à faire des beaux gestes vers certains pays tels que l'Italie (pour en faire sa base avancée en Europe) ou en Afrique (dont les terres et ressources lui seront utiles à l'avenir).

Reconnaissons au moins à Trump un peu de lucidité sur ce point et quelques attitudes pragmatiques, notamment vis à vis notamment de l'OMS, qui nous a expliqué des semaines durant que nous avions à faire à une petite grippe locale, et non à une pandémie. Les structures inutiles n'ont pas vocation à être maintenues.

Enfin, bonne nouvelle à en croire certains économistes (de ceux qui ne peuvent analyser qu'un seul chiffre à la fois), nous avons épargné des milliards, et sommes donc plus riches. A part peut-être ceux qui mangent quotidiennement au restaurant et prennent l'avion tous les week-end, ce n'est pas l'impression générale.
a écrit le 11/05/2020 à 9:53 :
Avec une TVA a 20, la consommation est plus taxée que les placements financiers. Alors, pour échapper à l'impôt, les gens cessent de consommer. Les libéraux devraient comprendre ça, eux qui rejettent l'impôt sur le revenu et l'impôt sur le patrimoine.
Réponse de le 11/05/2020 à 16:03 :
Je crains que vous ne sachiez pas compter. L'investissement financier du pékin moyen, c'est son épargne c.à.d quelque chose qui lui reste sur son revenu qui a été déjà imposé par de multiples taxes. Quand il le place (hors livret A créé pour ceux qui aiment se faire plumer), son épargne est soumis à des taxes (0,4% pour la bourse) et de la TVA sans compter les frais bancaires. Les bénéfices éventuels de ce placement sont eux mêmes re-soumis à une taxe de 30%. On est loin du taux le plus élevé la TVA.
a écrit le 11/05/2020 à 9:29 :
Il faut que les citoyens lambdas consomment pour assurer des revenus à certains. L' Etat compte aussi sur cette consommation (TVA). L'Etat veut bien que les riches économisent toujours plus mais pas les pauvres.
a écrit le 10/05/2020 à 13:16 :
Étant donner que les patrons s'octroient des augmentation de plus de 10% quand l’entreprise va bien (augmentation de 1.4% max des employés dans le même temps) pourquoi là que ca va pas bien ils baissent as leurs salaires ?
a écrit le 10/05/2020 à 12:46 :
Du jour ou lendemain il n’y aura pas de points positifs si avant ce n’était pas le cas ,
en cas de choc que va t il se passer dans les comportements ?
Des décisions vont être plus radicaux, il y aura beaucoup de mouvements et de décisions radicaux, les autorités financières auront du mal à suivre ces changements du jour au lendemain qui se produiront dans les années à venir
et puis
Il faudra vraiment une cellule d’écoute
«  intense »
Car beaucoup ne trouveront plus de sens à leur vie et il faudra tendre la main , je ne veux pas être pessimiste mais il faudrait vite un traitement contre ce virus
pour s’occuper du côté psychologique des populations.
La confrontation avec la mort fait revoir ses priorités :
Ou veut on terminer notre vie ? Comment ? Avec qui ? Qu’est ce que nous voulons faire ou ne plus faire ? Quand la santé prend le dessus , le reste devient moins important , je gagne des millions mais j’aime pas ce que je fais , je voudrais faire des gâteaux et non travailler à la bourse ( exemple de pensée )
L’avenir sera peut être plus «  authentique «  individuellement ?
a écrit le 10/05/2020 à 1:23 :
On va bientôt ne plus avoir le droit de ne pas consommer ! Déjà depuis Hollande pour avoir droit aux allocations logement et rsa il ne faut pas avoir de pécule à la banque. Là je les sent bien aller encore plus loin dans ce sens.
a écrit le 09/05/2020 à 20:27 :
Les visions pessimistes sont les plus simples parce que la base de notre société est totalement pourrie, faciles à faire et arrosées de mauvaise foi ou d'ignorance en ne parlant pas des causes profondes.

Les intellectuels de notre époque en sont vraiment représentatifs.

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