Relocalisations : l'impossible retour des emplois perdus

 |  | 812 mots
Lecture 4 min.
(Crédits : Sipa)
Relocaliser pour réindustrialiser la France: malgré le volontarisme du gouvernement, ce ne sera possible que dans les secteurs robotisables et ne créera pas d'emplois massivement, selon des économistes. Il s'agira plutôt d'une transformation des emplois avec des compétences techniques plus poussées.

Bridgestone, Zodiac, Airbus,....la pandémie a provoqué de terribles remous sur le front de l'emploi. La récession a plongé un grand nombre de secteurs dans de grandes difficultés. Dans ce contexte, les débats sur la relocalisation des sites industriels ont pris de l'ampleur.  "La France a de vraies capacités d'avoir des relocalisations industrielles", déclarait à la mi-septembre le ministre de l'Économie Bruno le Maire à l'occasion de la tenue d'un Conseil national de l'industrie.

Depuis la crise financière de 2008, la question du "made in France" revient régulièrement sur la table. Car "la France a été le pays européen qui a le plus délocalisé" avec un million d'emplois industriels perdus entre 2000 et 2016, a rappelé le 12 septembre lors des Rencontres économiques d'Aix-en-Provence la ministre déléguée à l'Industrie Agnès Pannier-Runacher.

Une désindustrialisation généralement mise sur le compte d'un coût du travail trop élevé, de la difficulté à licencier, d'une fiscalité trop lourde ou d'une trop grande complexité administrative.

Aussi le gouvernement a-t-il prévu dans son plan de relance des aides à la modernisation et à la localisation, mais celles-ci devront être "soutenables économiquement" pour ne pas financer des projets à perte, affirme la ministre.

"Candidats naturels"

Toutefois, "la réindustrialisation n'est pas une solution à la crise" immédiate, même si elle "peut être une solution à des problèmes plus fondamentaux de l'économie française", tempère Vincent Vicard, spécialiste de la compétitivité française au Centre d'études prospectives et d'informations internationales (Cepii).

Il relève que "dans tous les pays riches, l'industrie est un secteur en diminution en termes d'emplois parce qu'il a des gains de productivité plus élevés que le reste de l'économie, notamment du fait de l'automatisation qui est importante".

Pour El Mouhoub Mouhoud, professeur d'économie à Paris-Dauphine, il n'est pas toujours nécessaire de distribuer des aides publiques.

"Il y a des secteurs qui sont candidats naturels à la relocalisation ou à la non-délocalisation, indépendamment des aides de l'État, et pour lesquels ce n'est pas la peine de gaspiller de l'argent public en direction des entreprises", selon lui.

Il s'agit des secteurs "pour lesquels il n'y a pas d'obstacle technique à la robotisation des chaînes d'assemblage et de montage", par exemple l'automobile, la mécanique, y compris le bois, l'ameublement", détaille l'économiste.

Au contraire, des industries intenses en main d'œuvre et dont les tâches ne sont pas robotisables ne reviendront pas en France. "On va recréer des emplois, mais pas ceux qu'on a perdus en délocalisant", résume M. Mouhoud, auteur d'un livre intitulé "Mondialisation et délocalisation des entreprises" (éd. La Découverte).

Il existe "des secteurs sur lesquels on avait un savoir-faire qu'on a plus du tout parce que les technologies ont évolué" comme celui des écrans pour téléviseurs, relève pour sa part Paul-Adrien Hyppolite, auteur d'un récent fascicule intitulé "Relocaliser la production après la pandémie?"

Dans l'électronique notamment, "les parts de marché ont été gagnées par des géants asiatiques. Faire produire par un producteur français ou européen ne serait pas du tout envisageable", argue-t-il, mais "on pourrait envisager d'attirer en Europe des producteurs asiatiques qui sont en pointe sur ces technologies" comme le font les Américains avec une usine du géant taïwanais de la sous-traitance Foxconn dans le Wisconsin.

Cibler les aides

Pour M. Mouhoud, ce qui fait sens en matière d'aides publiques, c'est "la politique d'investissement dans l'innovation, d'aide à la recherche, parce que ça aide aussi ces entreprises à devenir plus efficaces si on diffuse les aides vers les territoires et les travailleurs qualifiés pour les former davantage".

Dans l'industrie, les coûts du travail ne sont pas déterminants et "ne permettent absolument pas d'expliquer la différence entre la France et l'Allemagne" même si on intègre le poids de la fiscalité, estime pour sa part M. Vicard, pour lequel entrent davantage en considération des questions d'organisation comme le choix de nombreux grands groupes français de produire à l'étranger plutôt qu'en France.

Des études outre-Rhin montrent que le fait que la moitié des membres des conseils de surveillance sont des représentants du personnel dans les grands groupes allemands "a tendance à réduire l'externalisation, à réduire les délocalisations", selon cet économiste.

En France, les aides pour réduire le coût du travail ont jusqu'ici été inefficaces. Une étude que vient de publier France Stratégie, une agence qui conseille le gouvernement, montre que le Crédit d'impôt pour la compétitivité et l'emploi (CICE), a coûté en 2016 quelque 18 milliards pour créer seulement 100.000 emplois, soit 180.000 euros par poste. Et le CICE a eu "un impact sur les exportations et l'investissement nul", toujours selon M. Vicard.

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Commentaires
a écrit le 23/09/2020 à 16:04 :
ma réponse est si difficile a produire?
a écrit le 23/09/2020 à 13:27 :
On veut nous "relocaliser" tout ce qui sera inutile dans un proche avenir! Encore des subventions et désillusions a la clef!
a écrit le 23/09/2020 à 12:09 :
1 - "Impossible" n'est pas français
2 - toujours ce défaitisme de nos pseudo-élites, et ce mépris très petit bourgeois pour l'industrie : le travail manuel, c'est salissant
3 - il n'y a que l'industrie pour fabriquer de la richesse : la France s'est désindustrialisée et elle vit à présent très au dessus de ses moyens grâce à l'endettement de l'Etat : ça ne va pas durer indéfiniment
4 - il y a un révolution industrielle en cours : avec les cobots, qui ne coûtent pas cher, on peut démultiplier la productivité, surtout pour les productions simples. Elles ont compris ça, nos grosses têtes ?
a écrit le 23/09/2020 à 9:14 :
Avec les singeries des politiques autour de la fermeture de bridgestone , c'est vrai que la première envie d'une société est de vouloir ouvrir une usine en France!
a écrit le 23/09/2020 à 4:51 :
La relocalisation incertaine ? Dans le contexte de la mondialisation et de l'ultra-libéralisme, c'est effectivement une mission impossible.
Mais c'est aussi oublier que nous ne sommes plus maître de nos frontières et de nos décisions. Alors ???

Alors si l'on veut relocaliser des industries et des services dans notre pays, il faut en finir avec la mondialisation ; en finir avec le libéralisme et les quatre volontés des ultra-libéraux de Bruxelles ; en finir avec des hommes et des partis qui nous ont mené dans le mur ; en finir avec la puissance de la finance internationale qui ne respecte rien de l'être humain et tout du profit mercantile ; en finir avec ces capitaines d'industrie qui sacrifient les intérêts supérieurs du pays à la rentabilité de la société qu'ils dirigent.

En somme, il faut revenir à une économie de marché basée sur l'équilibre des balances et la réciprocité des échanges en relevant nos barrières douanières et frontalières. C'est ce qu'ont pratiqué les USA pour relever leur économie et leurs emplois.

Rien de plus simple à condition que le politique reprenne la main et le pouvoir...

Dire non au pouvoir de la finance, je suis intimement persuadé que cela finira par arriver... pourvu que ce ne soit pas par une révolution sanglante...
a écrit le 22/09/2020 à 21:15 :
d'une transformation des emplois avec des compétences techniques plus poussées.

En clair :
Uniquement du télétravail , vidéoconférence, IA , l’avenir à distance et sans contact et sans humains pour enrichir les 1% de privilégiés mondiaux.
a écrit le 22/09/2020 à 19:46 :
Bayrou ? un littéraire, Macron ? un entremetteur en affaires...
Que comprennent ils à l'industrie et aux nouvelles technologies ? La plupart inventées, conçues, élaborées hors de France en plus...
a écrit le 22/09/2020 à 19:21 :
Concernant le CICE, il faudrait peut-être rajouter les emplois maintenus menacés de disparition dt on a évité la délocalisation, en plus des emplois créés.
Relocaliser l'industrie ne sera véritablement profitable collectivement que si la production visée présente une certain niveau de valeur intrinsèque (par ex les matériaux entrant ds la composition du produit) et d'externalites positives ( comme par ex, la baisse de l'impact environnemental par la simplification de la chaîne logistique avec le rapprochement des lieux de transformation et de consommation), en plus de la valeur ajoutée produite localement par des unités fortement automatisées à faible intensité de MO.
Ainsi, l'industrie du bois, composante hautement déficitaire du commerce international en France illustre parfaitement cette problématique de délocalisation navrante et aberrante qui perdure depuis des décennies accumulant tte une série de handicaps techniques, numériques, commerciaux, sociaux et environnementaux, sachant que l'impact en valeur de la matière 1ere brute exportée des riches et gdes forêts françaises représente svt plus de 50% de la valeur du produit fini importé en retour...
On peut ainsi citer le négoce à l'exportation de grumes d'essences de qualité issus de nos forêts, comme le Chêne, le hêtre, le Charme, le merisier, le châtaignier, le mélèze... orchestrée par l'administration ( ONF) et qui nous reviennent en meubles, parquets, éléments decoratifs ou en produits semi finis ( sciages, moulures et bardeaux, placages...) de nos plus proches voisins comme l'Italie, l'Espagne, l'Allemagne ou même la lointaine Chine. On peut inclure également l'importation à gd frais de sciages industriels rigoureusement calibrés en sapin du N des pays d'Europe du N ou de l'E, privant de débouchés nos forêts de résineux des Vosges, du Jura ou des Landes qui ne cessent de s'accroître, pour des productions banales et invisibles rentrant ds l'ossature des bâtiments ( charpentes, ossature bois, coffrages...).
Tt cela, faute d'avoir maintenu ou développé une offre suffisante de transformation hautement mécanisée, attractive et attrayante, à l'instar par ex des choix faits par les fabricants Italiens ou scandinaves de meuble (développement du marketing et du design de mobilier de gde consommation).
Par ailleurs, sans poursuivre la chimère de la relocalisation à gd renfort de robotique, de biens de consommation de faible valeur, délocalisés depuis des lustres à l'Usine du Monde ou ailleurs, il est par contre urgent de s'atteler à relocaliser des biens dits stratégiques pour gagner en souveraineté non seulement ds la santé ( dt tt le monde parle), mais surtout ds la ss traitance aéronautique, spatiale, et militaire (vital pour maintenir le leadership de ces industries, s'affranchir des diktats de puissances concurrentes comme les US et créer et maintenir des emplois très qualifiés et rémunérateurs en France, même s'ils st peu nbreux).
Et là, la stimulation par l'État et les gds donneurs d'ordre ds l'aide à la transformation numérique et robotique des PME est capitale.
En outre, pour répondre au défi du monde à venir de la révolution climatique et environnementale il est tt aussi capital de détenir ts les outils de demain de cette transformation ds la chaîne de valeur de la mobilité électrique terrestre, aérienne et maritime, de l'énergie decarbonee renouvelable et nucléaire incluant le vecteur H2 ou similaire.
Et ds ce cas, on ne parle pas forcément de relocalisation, mais de création de chaîne de valeur ex nihilo à partir d'innovations en cours ou à venir. Un chantier immense.
Réponse de le 23/09/2020 à 14:57 :
Aucune des études réalisées sur l'impacts sur le CICE sont valables, les équations ne sont pas assez fournies ni assez nombreuses.
Le CICE a été utilisé différemment selon les entreprises et selon les années.
Il a notamment été utilisé pour rehausser la moyenne des salaires, qui a grimpé bien plus fortement que la croissance qui était au ras des pâquerettes, ceci durant deux années.
Il ne faut pas oublier qu'avant le CICE, des entreprises étaient très endettées, que les exportations de progressaient plus, que l'industrie ne se modernisait pas, que la France avait un énorme retard dans le numérique et la sécurité associée, et dans la robotisation, que les défaillances augmentaient, que les créations d'entreprises chutaient et que nous perdions encore des emplois.
Tout ceci c'est inversé après le démarrage du CICE et d'autres mesures, lancée quasiment en parallèle, comme le suramortissement.
Il est donc très difficile quantifier les bienfaits du CICE, qui ne se cantonnent seulement à la création d'emplois.
Il faudrait déjà définir combien d'emplois et d'entreprises ont été sauvé par le CICE, ou encore connaître l'impact des salaires augmentés (la marge supplémentaire) sur la consommation > croissance >création d'emploi, etc. Donc de multiples variables et croissances finales à étudier.
Le discours du CICE qui n'aurait pas eu d'effet, c'est digne des politiciens de la CGT et de LFI, qui de toute façon ne veulent rien capter, parce pas créateur de richesse, c'est à dire d'adhésions.
a écrit le 22/09/2020 à 17:57 :
Le fait que nous importions de la main d'oeuvre sous-qualifiée pose aussi un grave problème. Comment allons-nous pouvoir les intégrer ? La formation au poste n'est pas envisageable à court terme car le personnel pour les former est déjà en tension. L'importation d'infirmières a été un exemple d'échec cuisant...
a écrit le 22/09/2020 à 17:07 :
le COVID A BON DOS !!!!!!!! POUR relocaliser il faut baisser les charges donc baisser le train de vie de l'etat qui fait tout le contraire ; ex les 15 millions pour acheter BAYROU et ces 100 collaborateurs ,la hausse sur salaires de 70 % dans les ministeres voir rapport DOSIERE, augmentation de 5 conseillers par ministere,900 000 euros pour renover 1 piece à l'elysee, creation de laa convention citoyen ??? etc etc le !!!!!! tout cela au bon vouloir du Prince le Parlement ne contrôle plus rien
a écrit le 22/09/2020 à 14:58 :
France Stratégie : des très hauts fonctionnaires technocrates et financiers pour gérer des conseils principalement orientés pour satisfaire le social, donc tempérer la gauche !
Des doutes sur leurs compétences à comprendre les industries, la recherche, ou les évolutions dans les fabrications électroniques et plasturgiques, de plus en plus automatisées et personnalisées : petites séries robotisées et réactives avec peu de mains d'œuvre; nécessitant principalement des techniciens, chercheurs et programmeur autrement qualifiés.
Donc la relocalisation ne permettra pas de créer des millions d'emplois, mais permettra surtout de ne plus en perdre, de limiter les importations, donc de résorber les déficits commerciaux et de déduire l'empreinte carbone, très utile si l'UE taxe le carbone. Au final, le plus intéressant c'est que la France pourra encore plus vite monter en gammes et en hautes technologies, et se faire plus de place dans des marchés niches à l'export. Le résultat sera un PIB/ habitant plus important, ou tout du moins meilleur que si le pays reste laxiste et continue à baisser les bras face à la concurrence internationale et n'augmente pas son niveau dans la recherche, l'enseignement et les brevets.
Personnels plus qualifiés et montées en gammes = meilleurs salaires > PIB/H meilleurs > plus de moyens pour l'Etat pour réinvestir et redistribuer.
a écrit le 22/09/2020 à 14:49 :
Ayant fait un plan social sur des produits d'avenir, si les "décideurs" avaient tant de compréhension que cela, nous n'en serions pas la !

Comme souvent ils sont dépositaires d'actions, le court termisme et le manque de vision fait que l'on en est a croire que relocaliser se ferait en dehors du fait que ceux qui le font étaient les mêmes qui délocalisaient !

La perte des savoir faire, l'incapacité de donner une valeur si ce n'est celle de son imagination. Et plus loin, comme dans une économie stato financière, vous n'avez pas plus aujourd'hui de développeur, prospectivistes, futurologues, disons qu'y compris avec des financements les mêmes qui n'ont rien compris ne comprendrons pas plus après !

Comme l'expérience n'a plus de valeur que le titre scolaire, disons qu'il ne faut pas attendre a ce que cela s'arrange. J'ai pu voir bosser des gens qui préalablement avait délocalisé le futur techno du pays, pour les voir sur des chaines tv avec des postes en développement venir expliciter le dit développement.

A force d'endogamie, même si il y a de l'argent, il n'y a pas de vision, du coup normal que les coûts vont exploser puisque les mêmes hauts fonctionnaires sont a la tête!

Les clones quoi !
a écrit le 22/09/2020 à 14:39 :
En France on aime les choses complexes, jamais les choses simples. Au lieu du CICE, il aurait mieux valu baisser directement les taux d'impôts pour une plus grande lisibilité. On a préféré un mécanisme alambiqué comme sait très bien faire l'administration. Cela crée de l'occupation au nombre pléthorique de fonctionnaires qui passent leur temps à la vérification.
Réponse de le 22/09/2020 à 15:40 :
En France, dès lors qu'on fait confiance aux entreprises, elles ne jouent pas le jeu. Voir la baisse de la TVA dans la restauration, qui s'était engagée à embaucher et baisser les prix. Ils en rigolent encore. Et cela vaut pour tout. Le problème, ce n'est pas le nombre de fonctionnaire chargés de vérifier, un vrai travail et non un passe-temps, car sans eux, chacun ferait ce qu'il veut; le problème vient plutôt de l'impossibilité de pouvoir faire confiance aux sociétés, entrepreneurs, etc. Les allemands font participer les salariés dans les entreprises et délocalisent moins, nous dit l'article. En France les sociétés font ce qu'elles veulent et ne veulent que se remplir un peu plus les poches. C'est malheureux mais ç'est ainsi et ç'est pour cela que nous n'aurons aucune relocalisation.
a écrit le 22/09/2020 à 13:18 :
"le Crédit d'impôt pour la compétitivité et l'emploi (CICE), a coûté en 2016 quelque 18 milliards pour créer seulement 100.000 emplois"

Mais bon sang ils font quoi de tout ce fric ?!
Réponse de le 22/09/2020 à 14:29 :
Ils le versent aux actionnaires, non ?
Les moyens consacrés à la recherche (souvent réduits) sont annulés vu que le CICE va apporter cet argent, gentiment, pourquoi dépenser ?
Réduire des charges en pensant que ça va ruisseler c'est souvent vain, il faut des "besoins" pour développer une activité, un carnet plein de commandes, etc. Les augmenter ça n'arrange rien non plus ('bouletisation' de la production).

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :