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ÉconomieFrance

« Réparer la démocratie », l'autre ambition du modèle participatif

Photo de Giulietta Gamberini

Giulietta Gamberini

Publié le 21 mai 2016 à 06:00

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Opposer le rassemblement à l'individualisme, l'horizontalité à la démocratie représentative : depuis une décennie, la mouvance de la « do it yourself democracy » se propage, des applis dédiées aux places publiques. Au-delà du niveau local, elle peine toutefois à trouver une pérennité.

Quel fil rouge relie Tunis à New York, Madrid à Istanbul, Athènes à Paris ? La mondialisation des marchés et de la finance, ainsi que la bureaucratisation, voire la corruption de la classe politique, relèvent certains. Mais aussi, ces dix dernières années, des tentatives, diverses et pourtant semblables, de dénoncer ces dérives des démocraties capitalistes, en explorant d'autres formes de vivre ensemble.

Selon nombre de commentateurs, c'est un même feu, allumé par la crise économique, alimenté par les scandales financiers et propagé par les réseaux sociaux, qui a animé le Printemps arabe, les Indignados espagnols et Occupy Wall Street (OWS) en 2011, puis les manifestants turcs du parc Gezi, à Taksim, en 2014. Malgré leurs différences de forme et de taille, ces manifestations ont partagé une intention commune : contester le néolibéralisme et « réparer la démocratie », en insufflant dans la politique le vent d'une participation citoyenne accrue. Pendant politique de la philosophie du sharing, cette flamme est encore aujourd'hui celle qui inspire les « Nuitdeboutistes » parisiens, qui occupent depuis plus d'un mois la place de la République pour y tenir des assemblées générales, des « cantines collectives » et des sessions d'« éducation populaire ».

Certes, sur le fond, ces « mouvements des places » ne font que revisiter une question aussi ancienne que la démocratie elle-même : comment assurer une gouvernance efficace tout en garantissant à chaque membre de la collectivité une pleine participation à la prise de décisions ? Ils remettent toutefois en cause la formule adoptée au siècle dernier par nombre d'États nations qui, tout en choisissant comme ingrédient principal de leurs constitutions la démocratie « représentative » - chaque citoyen élit régulièrement ses représentants -, prévoient aussi, dans des proportions variables selon la taille, l'histoire et la culture politique de chaque collectivité, des zestes de démocratie « directe » : pétitions, référendums ou lois d'initiative populaire.

Le besoin d'être ensemble

Dans la forme, ce mode de protestation semble incarner une rupture par rapport aux actions politiques et syndicales jusqu'à présent connues.

«Il ne se déploie pas comme affirmation d'intérêts particuliers ou d'identités spécifiques (...). Il se pense comme un mouvement général : par le rassemblement et l'occupation de l'espace public, les citoyens créent du commun (...) contre les institutions, les pouvoirs, l'oligarchie, etc., opposant à l'individualisme le besoin d'être ensemble »,résumait fin avril le sociologue Geoffroy de Lagasnerie dansLe Monde.

Si les causes initiales de l'indignation diffèrent (inégalités sociales en Afrique du Nord, chômage en Espagne, spéculations financières aux États-Unis, loi Travail en France, etc.), tous ces mouvements ont choisi l'inclusion, le dialogue, la « convergence des luttes » et la recherche d'un nouveau modèle politique à travers l'intelligence collective, conformément aux principes définis dans la sharing economy.

Couronnée de succès dans l'économie, la formule participative peine à trouver une pérennité dans le « chantier démocratique ». Au fil des années, un langage commun, des mécanismes de délibération et des réseaux entre membres des divers mouvements ont vu le jour. Mais, dès que le nombre d'adhérents s'élargit, le refus de toute logique représentative et la recherche permanente du consensus confinent à la paralysie. Face au caractère « changeant » de ses assemblées générales, Nuit debout tente péniblement de définir un processus de vote fiable et efficace, permettant au mouvement d'avancer et de communiquer. Selon de nombreux analystes, l'essoufflement d'OWS et des Indignados est imputable à ces difficultés. D'abord pris de court, le politique a jusqu'à présent pris le dessus, décevant - avec Podemos en Espagne et Syriza en Grèce, sans parler des Frères musulmans en Égypte - de nombreux adeptes de la « do it yourself democracy ».

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Les institutions cherchent pour leur part à s'approprier la mouvance ou du moins ses outils. Dans le sillage des pionnières Rennes et Paris, de nombreuses collectivités locales françaises, ainsi que le gouvernement, jouent le jeu de l'open data. À l'automne 2014, la mairie de Paris a lancé son premier « budget participatif », proposant aux Parisiens de décider de l'utilisation de 5 % du budget municipal d'investissement entre 2014 et 2020 (500 millions d'euros), par la présentation de projets ou le vote. Au niveau de l'État, le projet de loi numérique a fait, en 2015, l'objet d'une consultation des citoyens sur Internet. Le projet de loi Égalité et Citoyenneté vient d'être soumis au même processus. Les propositions ont vocation à nourrir le débat parlementaire, mais les représentants de la nation resteront toutefois maîtres de la décision finale, loin des ambitions des Indignados et des Nuitdeboutistes.

Giulietta Gamberini

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