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Retraites : « Je ne peux pas laisser dire que cette réforme pénaliserait les personnes modestes » (Elisabeth Borne)

latribune.fr

Publié le 14 janvier 2023 à 11:33 - Mis à jour le 14 janvier 2023 à 17:42

La premiere ministre elisabeth borne lors d'une conference de presse a lisbonne, au portugal

Pour Elisabeth Borne les dizaines de milliers d'amendements de LFI ne vont pas faciliter le débat parlementaire.

PEDRO NUNES

Le Quotidien Numérique

05 juin 2026

Photo d'illustration de l'article
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Les Français les plus modestes seront les « moins concernés » par le report de l'âge de départ à la retraite à 64 ans prévu par la réforme du gouvernement, a fait valoir samedi la Première ministre Elisabeth Borne sur France Inter. Selon plusieurs économistes, la réforme des retraites peut difficilement être perçue comme équitable car elle demande plus d'efforts aux classes moyennes qu'aux cadres

Alors que les syndicats se mettent en ordre de marche pour tenter de mobiliser les Français contre la réforme des retraites, le gouvernement défend bec et ongles son projet. Ce samedi matin sur France Inter, la Première ministre, Elisabeth Borne, a assuré que le dialogue avec les organisations syndicales n'était « pas rompu » et que le texte pourrait « bouger » lors du débat parlementaire. Une évolution potentielle qu'elle avait déjà indiqué mardi lors de la présentation du projet de réforme, « grâce à un débat parlementaire loyal et constructif ». La cheffe du gouvernement reconnaît néanmoins aujourd'hui que le débat ne sera pas facilité par les dizaines de milliers d'amendements promis par la France insoumise. Pour autant, la réforme est bien partie pour avoir une majorité parlementaire. Elisabeth Borne a en effet « noté » que les déclarations des chefs de LR « semblaient aller dans (le) sens » d'un vote de leur part en faveur de la réforme.

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Alors que plusieurs voix s'élèvent pour dénoncer une réforme touchant les plus modestes, Elisabeth Borne est montée au créneau pour rejeter cette affirmation.

« Je ne peux pas laisser dire que cette réforme pénaliserait les personnes modestes. C'est exactement le contraire », a-t-elle déclaré. « Ces personnes modestes, ce sont celles auxquelles on demande le moins de décaler leur âge de départ », a-t-elle ajouté. Elles seront aussi « les plus concernées » par la revalorisation des petites retraites à 1.200 euros.

« Ceux dont la durée de travail s'allongera le moins, ce sont les deux premiers déciles (de revenus les plus modestes, ndlr), et un peu le troisième décile », a détaillé la Première ministre.

« Les 20% de Français les plus modestes sont ceux auxquels on demande le moins de travailler plus longtemps ».  « Les 50% de Français les plus aisés auront le plus à décaler l'âge de départ », a-t-elle encore ajouté.

L'Insee a l'habitude de classer les niveaux de vie des ménages entre 10 groupes, les « déciles ». Ainsi, en 2019, le niveau de vie des 10% des personnes les plus modestes (premier décile) était inférieur à 11.660 euros annuels tandis que le niveau de vie des 10% les plus aisés (9e décile) était supérieur à 39.930 euros annuels.

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Selon plusieurs économistes interrogés par l'AFP, la réforme des retraites peut difficilement être perçue comme équitable car elle demande plus d'efforts aux classes moyennes qu'aux cadres. Pour Eric Heyer, directeur du département Analyse et prévision de l'OFCE, le report de l'âge légal de 62 à 64 ans, «  va rester comme une marque de dureté », particulièrement pour « des salariés peu qualifiés qui ont commencé à travailler entre 19 et 21 ans, (et qui) vont avoir l'effort le plus important à faire, tandis que les cadres et ceux qui ont commencé à 23 ans auront très peu à contribuer ». Son confrère Antoine Bozio, directeur de l'Institut des politiques publiques, constate que la méthode choisie pour remettre les comptes d'aplomb « va peser plus fortement sur les classes moyennes et une partie des classes populaires ». Tout en épargnant « ceux qui sont dans les 10% de salaires les plus élevés », mais aussi « les plus modestes ».

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En effet, « on ne touche pas au départ à 62 ans pour invalidité » qui concerne « beaucoup de personnes qui ont des métiers difficiles », ni à l'annulation de la décote à 67 ans pour « tous ceux qui ont une carrière incomplète », dont "beaucoup de femmes avec des temps partiels subis », relève Nathalie Chusseau, professeure d'économie à l'université de Lille. Reste qu'entre les deux extrémités de l'échelle sociale, « ce sont probablement les personnes moyennement qualifiées qui vont être pénalisées », surtout celles « qui sont entrées sur le marché du travail relativement jeunes » et devront « cotiser 44 ans » pour une retraite à taux plein, alors que la durée de référence sera de 43 ans. « C'est un problème », d'autant plus que ces « carrières longues » ont « souvent des métiers pénibles et une espérance de vie plus faible », souligne l'enseignante, qui se dit en outre « pas du tout convaincue par les pseudo-avancées en matière de pénibilité », car la prévention et la reconversion des salariés « supposent un effort des employeurs ».

(Avec AFP)

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Les principaux points de la réforme des retraites

-Âge légal

L'âge légal de départ en retraite sera relevé de 62 à 64 ans, au rythme de 3 mois par an à partir du 1er septembre 2023 jusqu'en 2030. Cette hausse de deux ans « concernera tous les actifs, salariés, indépendants et fonctionnaires », a souligné Elisabeth Borne. Néanmoins, les travailleurs handicapés pourront toujours partir en retraite à partir de 55 ans, et ceux en invalidité à 62 ans.

-Durée de cotisation

Pour obtenir une pension « à taux plein » (sans décote), la durée de cotisation requise passera de 42 ans (168 trimestres) actuellement à 43 ans (172 trimestres) d'ici 2027, au rythme d'un trimestre par an. Cet allongement était prévu par la réforme Touraine de 2014, mais sur un calendrier moins resserré, avec un trimestre supplémentaire tous les trois ans jusqu'en 2035. L'annulation de la décote restera maintenue à 67 ans pour ceux qui n'auront pas tous les trimestres requis.

-Petites pensions

Les pensions des futurs retraités justifiant d'une « carrière complète » (43 ans à terme) ne pourront pas être inférieures à 85% du Smic, soit environ 1.200 euros brut par mois au moment de l'entrée en vigueur de la réforme. Les retraités actuels justifiant des mêmes critères devraient aussi bénéficier de cette revalorisation, a indiqué la Première ministre, précisant que "près de deux millions de petites retraites" seraient ainsi augmentées.

-Emploi des seniors

Un « index seniors » sera créé pour mieux connaître « la place des salariés en fin de carrière », et ainsi « valoriser les bonnes pratiques et dénoncer les mauvaises », a indiqué Elisabeth Borne. Il sera obligatoire « dès cette année » pour les entreprises de plus de 1.000 salariés, un seuil abaissé à 300 salariés en 2024. Les employeurs récalcitrants seront passibles de sanctions, non précisées à ce stade. Les règles du cumul emploi-retraite seront modifiées afin que les retraités reprenant une activité professionnelle améliorent leurs pensions, en prenant en compte les trimestres travaillés supplémentaires. La retraite progressive, qui permet de passer deux ans à temps partiel avant de partir en retraite tout en touchant une partie de sa pension, sera "assouplie" et élargie aux fonctionnaires.

-Carrières longues

Ceux qui ont commencé à travailler tôt pourront toujours partir plus tôt. Actuellement, un début de carrière avant 20 ans peut permettre un départ anticipé de deux ans, et une entrée dans la vie active avant 16 ans peut donner droit à une retraite anticipée de quatre ans. Ce dispositif sera « adapté » avec un nouveau « niveau intermédiaire »: ceux qui ont débuté avant 20 ans pourront partir deux ans plus tôt, soit 62 ans; ceux qui ont commencé avant 18 ans pourront faire valoir leur droit à la retraite quatre ans plus tôt, soit 60 ans; ceux qui ont démarré avant 16 ans pourront terminer leur carrière six ans plus tôt, soit 58 ans. De cette manière, personne ne sera « obligé de travailler plus de 44 ans », selon le gouvernement. Les périodes de congé parental seront à l'avenir prises en compte, ce qui sera « plus juste pour les femmes », selon le gouvernement.

-Pénibilité

Le compte professionnel de prévention prenant déjà en compte le travail de nuit et d'autres critères de pénibilité pourra être utilisé pour financer un congé de reconversion professionnelle. D'autres critères comme le port de charges lourdes, les postures pénibles et les vibrations mécaniques seront eux pris en compte au moyen d'un nouveau « fonds d'investissement dans la prévention de l'usure professionnelle », qui sera doté d'un milliard d'euros « sur le quinquennat ». Un fonds spécifique sera créé pour les personnels des hôpitaux, maisons de retraite et autres établissements médico-sociaux. Chez les fonctionnaires, les « catégories actives » englobant notamment les policiers, pompiers et aides-soignantes conserveront leur droit à un départ anticipé, compte tenu de leur "exposition aux risques".

-Régimes spéciaux

La plupart des régimes spéciaux existants, dont ceux de la RATP, des industries électriques et gazières et de la Banque de France, seront mis en extinction, selon la « clause du grand-père » déjà mise en oeuvre à la SNCF ». « Cette mesure ne s'appliquera qu'aux nouveaux embauchés, qui seront désormais affiliés au régime général de retraite », a confirmé la Première ministre.

(AFP)

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