Un gouvernement pour "casser" la droite aux législatives

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En confiant le ministère de l'Economie et des Finances à Bruno Le Maire et Gérald Darmanin, tous les deux membres du parti Les Républicains, Emmanuel Macron et Édouard Philippe veulent embarrasser la droite avant les élections législatives.
En confiant le ministère de l'Economie et des Finances à Bruno Le Maire et Gérald Darmanin, tous les deux membres du parti "Les Républicains", Emmanuel Macron et Édouard Philippe veulent embarrasser la droite avant les élections législatives. (Crédits : © Charles Platiau / Reuters)
Le premier gouvernement du quinquennat Macron respecte plusieurs engagements du président en mêlant personnalités politiques et de la société civile. Mais, il s'agit surtout d'un gouvernement destiné à gêner la droite pour les élections législatives. Le fait que deux membres du parti "Les Républicains" tiennent l'économie et les finances en est la plus belle preuve.

Dix-huit ministres et quatre secrétaires d'Etat. Le premier gouvernement du quinquennat d'Emmanuel Macron a donc été dévoilé ce 17 mai et il est en apparence parfaitement à l'image... d'Emmanuel Macron. Il est en effet le fruit d'un savant dosage, mariant des acteurs de la société civile - provenant notamment du monde socio-économique -  avec de vieux briscards politiques, des très proches du nouveau président qui l'ont accompagné depuis un an. En outre, l'équipe est parfaitement paritaire avec autant d'hommes que de femmes, tant chez les ministres de plein exercice que chez les secrétaires d'Etat. Du Macron "pur sucre" donc, fidèle en apparence à sa devise "et droite et gauche".

"Les Républicains" monopolisent Bercy

Certes mais à y regarder de plus près, on constate que les ministères clés pour les questions économiques et sociales sont soit occupés par des "apolitiques", soit par des personnalités classées à droite et au centre... Même si, certes, certains ministères régaliens prestigieux sont attribués à des personnalités de l'aile droite du PS.  Ainsi, le "nerf de la guerre", c'est-à-dire la forteresse Bercy, celle qui tient les cordons de la bourse, est entièrement aux mains des ministres venus du parti "Les Républicains", en l'occurrence Bruno Le Maire, député de l'Eure et ancien ministre de François Fillon, et Gérald Darmanin, maire de Tourcoing et jeune espoir de la droite. tactiquement, c'est bien joué. Deux représentants du parti "Les Républicains" se retrouvent ainsi aux commandes des finances du pays. De quoi bien embarrasser le parti LR pour les élections législatives.  C'est aussi un signe sur l'orientation économique que compte donner Édouard Philippe et Emmanuel Macron à leur politique. On sait que les deux hommes sont très sensibles au rétablissements des comptes public, à la maîtrise des déficits et aux rétablissement de la compétitivité. C'est eux qui vont gérer la hausse de la CSG pour une partie de la population (un grand nombre de retraités notamment) et la "vraie-fausse" suppression de ISF...

Des personnalités "civiles" dans des ministères clés

Par ailleurs, fidèle à ses engagements de campagne, Emmanuel Macron a très fortement fait entrer dans les ministères des représentants de la société civile. La "star" est bien entendu Nicolas Hulot pour l'Ecologie. Le nouveau président réussit ce que François Hollande et Nicolas Sarkozy n'ont pas réussi à faire: recruter l'ex-animateur vedette...très populaire. Mais derrière cette belle prise, d'autres professionnels reconnus sont également de la partie. Ainsi, Muriel Penicaud hérite du très délicat portefeuille du Travail. On sait que la réforme du droit du travail va être l'un des premiers dossiers sur la table du gouvernement et qu'Emmanuel Macron veut aller vite. Avec Muriel Penicaud, il aura à ses côtés une très bonne praticienne des questions des relations sociales et une très bonne connaisseuse de l'entreprise. Cette sur-diplômée a en effet travaillé  autant dans le public que le privé. Elle fût conseillère au cabinet de Martine Aubry au ministère du Travail mais aussi DRH de Danone et de Dassault System. Et elle était jusqu'à sa nomination au gouvernement directrice générale de Business France. Une expérience multiple donc pour cette grande spécialiste de la formation professionnelle... Son côté "apolitique" permettra peut-être de calmer les esprits des syndicats très remontés contre les projets d'Emmanuel Macron. C'est un peu la même chose avec l'Education nationale dont va hériter Jean-Michel Blanquer. Ce grand universitaire, a lui aussi l'expérience du terrain - il a été recteur - et connaît bien le ministère pour avoir été directeur des affaires scolaires. Voilà deux ministères sensibles qui ne seront donc pas dirigés par des "politiques", ce qui évitera peut-être des états d'âme au moment d'arbitrages compliqués... Un avantage pour le président qui n'aura pas à faire face à des ministres "politiques".

Pas de réelle ouverture vers le PS... mais une volonté de "casser" la droite

Bien entendu, la garde rapprochée d'Emmanuel Macron n'est pas oubliée avec la nomination de Richard Ferrand au ministère de "la Cohésion des territoires" et de Mounir Mahjoubi au poste de secrétaire d'Etat au numérique, lui qui avait été le "Monsieur numérique" du mouvement "En Marche!".  Mais d'autres proches de la première heure ne sont pas entrés... faute de place. Pour autant, d'autres soutiens extérieurs à " En Marche!" sont là. François Bayrou du MoDem, bien sûr, mais surtout Gérard Collomb, sénateur maire de Lyon, toujours encarté au PS dont il était l'un des plus imminents représentants de l'aile "droitière". Un autre socialiste est là aussi, mais "hollandais" historique, lui: Jean Yves Le Drian qui hérite du Quai d'Orsay.

En revanche, mis à part ces anciens soutiens du président, le parti Socialiste est tout de même ouvertement ignoré. Emmanuel Macron pratique l'ouverture à droite pour "casser" le parti "Les Républicains" avant les législatives mais il n'a pas besoin de faire de même envers un PS totalement dans les choux. Le Parti radical de gauche (PRG), en revanche, a droit à son représentant avec la présence d'Annick Girardin, qui passe de la Fonction publique sous François Hollande à l'Outre-mer sous Emmanuel Macron.

Manifestement ce premier gouvernement n'est donc pas appelé à rester figé après les élections législatives si Emmanuel Macron trouve une majorité. Des ajustements seront faits en fonction du rapport de force. En attendant, l'équipe actuelle est faite pour séduire les Français, avec la présence de personnalités appréciées comme Nicolas Hulot, mais aussi pour mettre le parti "Les Républicains" dans l'embarras

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Commentaires
a écrit le 18/05/2017 à 17:06 :
Rectificatif : le PRG a deux ministres, vous oubliez Jacques MEZARD à l'agriculture, jusqu'àlors président du groupe RDSE au Sénat
a écrit le 18/05/2017 à 14:20 :
Un gouvernement plus destiné au racolage qu'à l'action.
a écrit le 18/05/2017 à 12:31 :
C'est assez super ce qu'il se passe chez les francais. Leur nouveau president inconnu il y a quelques annees, est en train de transformer, certes a petits pas ce royaume gerontocrate politique. Pourvu qu'il reussisse. C'est l'assurance de sortir de la depression dans laquelle les citoyens baignent depuis des lustres.
Longue vie a not' maitre.
a écrit le 18/05/2017 à 9:19 :
Des médias en recherche de nouvelles sensations ?
C'est vrai que ces élections furent particulières, surtout en raison de la montée des extrêmes. Après ce Ouf de soulagement, beaucoup ont déjà oublié le climat populiste conflictuel et clivant et parfois haineux, qui régnait il y a à peine quelques semaines.

Avec ce gouvernement d'ouverture et de compromissions, orienté projets, on avait l'impression de revenir à la normale. Que l’enjeu était devenu le redressement du pays, les reformes et le dialogue, au delà des clivages.

Du coup il devient choquant d'entendre et de lire les mots : "casser", "prise de guerre", "menace d'exclusion", "vengeance", "duels" et autres termes barbares.
Pourtant je n'ai pas particulièrement l'impression de lire la presse populiste, ou de prêter attention aux ragots.
a écrit le 18/05/2017 à 8:34 :
ce macron n'est pas possesseur des voix des électeurs, je pense même que le fait d'avoir élu deux républicains fera l'effet inverse, les gens n'apprcieront pas forcément cette traîtrise
a écrit le 18/05/2017 à 2:10 :
A priori, pas mal de personnes viennent de se rendre compte qu'elles s'étaient encore faites rouler par un arriviste. Il faudra tout de même essayer de revoir ce système caduque un de ces quatre... Soit, un VRAI programme détaillé avec de VRAIS engagements qui DEVRONT être respectés. Mais bon, politique et commerce, la franchise...
a écrit le 17/05/2017 à 22:27 :
Macroléon est un stratège de haut vol . Enfin le pays sort de la dépression . Magnifique rétablissement qui nous projette dans un avenir conquérant ou la jeunesse va pouvoir s'illustrer . C'est un grand chamboulement tous azimuts . Bravo !
Réponse de le 18/05/2017 à 9:13 :
@comete: le nivellement par le bas, bac +2 , merci Jospin, est un concept typiquement socialiste ! Si la jeunesse doit s'illustrer sur les décombres et non sur ses propres compétences, l'avenir ne sera ni conquérant, ni brillant :-)
a écrit le 17/05/2017 à 22:22 :
Et il n'y a pas non plus un Président de Chambre de Commerce au gouvernement, pendant qu'on y est ? Parce que, quitte à nommer des experts de la société civile, le MEDEF et la CPME en ont fait élire beaucoup dans les CCI. Et elles sont vraiment apolitiques, elles
a écrit le 17/05/2017 à 20:22 :
Oh mon dieu!!
Je viens de me prendre une "renouvellite aigue" en pleine face, à force de voir TANT de nouveaux visages politiques dans ce gouvernement provisoire...
des hommes neufs... comme Bayrou, Colombs... Le Maire, Le Drian, Sylvie Goulard une Eurodéputé et membre d'organisation USA... Muriel Penicaud, 62 ans, l'âge du renouveau! Annick Girardin Déjà Ministre, Élisabeth Borne, une élue, Marielle de Sarnez bras droit de Bayrou, Gérald Darmanin député, maire, ex soutient résigné de Fillon...
Jacques Mézard président d'une agglo, Jean-Michel Blanquer directeur d'une école supérieur d'économie... Et d'un institut des amériques (ça s'invente pas), Richard Ferrand un ancien du PS et président du mouvement en Marche...

ça fait trop de nouveauté pour moi là, je suis désolé mais je n'arrête pas de rigoler depuis ce matin...
a écrit le 17/05/2017 à 20:14 :
La coalition "en marche" pour cette zone administrative qu'est l'UE de Bruxelles! Une arnaque!
a écrit le 17/05/2017 à 19:40 :
5 ans de gouvernement de droite avec privatisations, augmentation des inégalités, destruction du Code du Travail, etc, etc... le pied. Le fonctionnement des us sans les avantages... Est-ce raisonnable en temps de crise économique mondiale..??
a écrit le 17/05/2017 à 19:33 :
Durée de vie très courte qui se terminera par un fric frac pour ce ce gouvernement fait de bric et de broc avec tous les attributs d'une équipe de bras ...
a écrit le 17/05/2017 à 19:03 :
MACRON est habile mais pas assez en mettant 2 LR ambitieux et carriéristes il ne va pas dissuader les électeurs de droite de voter pour les candidats de droite à la députation
a écrit le 17/05/2017 à 19:00 :
Pour casser la droite, il faudrait appliquer un programme de droite . A savoir , baisser les impôts de 10 % comme le promettent les LR. Ne pas augmenter la CSG mais préférer une hausse d'1 point de la TVA (impôt plus indolore et qui ne taxe pas les salariés; TVA qui a aussi l'avantage de taxer les importations). Il faut aussi plus de volontarisme dans la réduction des dépenses publiques. Le Maire va t-il suivre cette ligne (qui était la sienne)
ou va t-il changer de politique? Il doit répondre clairement avant les législatives pour que les électeurs LR ne soient pas encore une fois les dindons de la farce.
Réponse de le 18/05/2017 à 21:42 :
La TVA qui ne taxe pas les salariés? elle taxe pareillement tout le monde du titulaire du RSA au président d'une boîte du CAC 40. Et puis si les LR ne veulent pas être les dindons de la farce, ils auraient dû se débarrasser de Fillon ou réfléchir à un plan B lors de l'élaboration des primaires: c'est là un manque de vision d'événements dont l'occurrence est prévisible: impossibilité du candidat choisi de se présenter pour X ou Y raisons de la vie.
a écrit le 17/05/2017 à 18:50 :
il est fort possible que la strategie marche, que ca plaise ou non a baroin!
il doit etre tres triste que sa felonie n'ait pas payee, mais s'il est patient ca va peut etre venir...... bayrou en est le meilleur exemple
Réponse de le 17/05/2017 à 19:06 :
Ils sont déjà mort

Les ripoux n ont même pas été capable de régler le problème fillon le pire candidat possible !! Alors les problèmes du pays !!

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