Edouard Philippe (LR) nommé Premier ministre

Le député-maire du Havre a été nommé Premier ministre à 46 ans. Le choix d'un des plus fidèles soutiens d'Alain Juppé vise manifestement à fracturer le parti "Les Républicains" à quelques semaines des élections législatives.
Jean-Christophe Chanut

5 mn

En appelant Edouard Philippe à Matignon, juppéiste convaincu, Emmanuel Macron espère diviser le parti Les Républicains dans la perspectives des élections législatives. Déjà, une vingtaine d'élus de la droite et du centre appellent à un rapprochement avec le nouveau président.
En appelant Edouard Philippe à Matignon, juppéiste convaincu, Emmanuel Macron espère diviser le parti "Les Républicains" dans la perspectives des élections législatives. Déjà, une vingtaine d'élus de la droite et du centre appellent à un rapprochement avec le nouveau président. (Crédits : Reuters)

C'est fait. Edouard Philippe, le député maire « Les Républicains » (LR) du Havre, a été nommé Premier ministre, la composition de son gouvernement sera connue mardi 16 mai en fin d'après-midi.

Son nom circulait depuis plusieurs jours pour occuper cette fonction. Peu connu pour l'instant du grand public, Edouard Philippe, 46 ans, possède plusieurs qualités aux yeux d'Emmanuel Macron pour rejoindre l'Hôtel Matignon. D'abord, il incarne une sorte de renouvellement. De fait, ce juppéiste du premier cercle  s'est certes beaucoup impliqué dans la campagne du maire de Bordeaux pour la primaire de la droite et du centre mais il est loin d'être un pilier du parti LR.

Un "coup" politique pour fracturer "Les Républicains"

Ensuite, la nomination d'Edouard Philippe est un « bon coup » politique qui vise à diviser le parti LR à quelques semaines des élections législatives. En effet, François Baroin, le chef de file LR pour ce scrutin, espérait bien imposer d'entrée de jeu une cohabitation au nouveau président en obtenant la majorité absolue. Or, l'arrivée d'Edouard Philippe à Matignon a clairement pour objet de fracturer LR et de parvenir à rallier à Emmanuel Macron les juppéistes et d'autres éléments de la droite modérée, avant même le scrutin législatif. Benoist Apparu (Chalons en Champagne), Bruno Le Maire (Eure) - qui a d'ailleurs immédiatement félicité le nouveau premier ministre.... -, Franck Riester (Seine-et-Marne) sont dans le collimateur du président de la République mais, au total, du côté de « La République en marche », on espère entre vingt et trente ralliements.

Pour tenter de clarifier les choses, "LR", s'est immédiatement fendu d'un communiqué pour expliquer qu'avec la nomination d'Édouard Philippe "il ne s'agit en aucun cas d'une coalition gouvernementale mais bien d'une décision individuelle. Nous la regrettons".

Il n'empêche que le "piège" posé avec la nomination d'Edouard Philippe va peut être fonctionner car une vingtaine d'élus de droite et du centre (Jean-Luc Moudenc, maire de Toulouse, Christian Estrosi, maire de Nice, gérald Damarin, maire de Tourcoing...) appellent "à répondre à la main tendue par le président de la République."..

De son côté, pour lever toute ambiguïté à ce stade, si Alain Juppé  veut voir en Edouard Philippe "un homme de grand talent", il a cependant immédiatement précisé qu'il continuait à soutenir les candidats "LR/UDI" pour les législatives.

Par ailleurs, Edouard Philippe est tout-à-fait « macron compatible ». Il possède plusieurs points communs avec Emmanuel Macron. Diplômé de Sciences-Po et de l'ENA, Edouard Philippe a en effet milité un temps au sein du PS, en soutien de Michel Rocard. Il a ainsi gardé de bonnes relations avec plusieurs leaders du PS dont il rendu sa carte pour migrer vers la droite. Il se rapproche ainsi d'Antoine Rufenacht, maire du Havre de 1995 à 2010. Il fait alors la connaissance d'Alain Juppé dont il devient un fidèle, participant à ses côtés à la naissance de l'UMP en 2002. Il deviendra même directeur général des services de l'UMP cette année-là. Après un passage dans le privé dans un cabinet d'avocats (Il est spécialiste du droit des marchés publics), il revient au service d'Alain Juppé quand celui-ci devient l'éphémère ministre de l'Ecologie au début du quinquennat de Nicolas Sarkozy.  Il est élu maire du Havre en 2010, après la démission d'Antoine Rufenacht. Puis il est élu en 2012 député de la 7ème circonscription de la Seine-Maritime.

Un "vrai" centriste

Il a bien entendu soutenu Alain Juppé lors de la campagne de la primaire de la droite et du centre. Puis il s'est fait discret après la défaite de son champion face à François Fillon.

Considéré comme un « bosseur » et « un vrai centriste » - ce qui colle bien avec le « et de droite et de gauche » cher à Emmanuel Macron -, il est apprécié au Havre. Ainsi une Havraise qui le connaît bien explique:

« Doudou [c'est son surnom, NDLR], très intelligent, brillant, fort sympathique... et ambitieux. Il a poursuivi la politique de Rufenacht en y insérant une touche culturelle. Mais, à mon avis, il a mal défendu La Havre lors de la fusion entre les deux Normandie. Résultat, il n'a pas su attirer des entreprises vers la ville qui souffre toujours d'un fort taux de chômage [12,3%] ».

Seule petite ombre au tableau, selon le site Mediapart, Edouard Philippe aurait écopé d'un blâme de la Haute autorité pour la transparence de la vie politique pour avoir rechigné et mis une mauvaise volonté évidente pour remplir la déclaration complète de son patrimoine en 2014. Sur la valeur de son patrimoine immobilier, le député-maire du Havre avait répondu: « aucune idée ».

Pour l'anecdote, fait inédit, il est amusant de constater qu' Edouard Philippe, normand député-maire d'une ville portuaire, succède donc dans la fonction de premier ministre à Bernard Cazeneuve... normand et ex-député-maire d'une ville portuaire, Cherbourg. D'ailleurs, les deux hommes se sont plu a souligner cette particularité dans leurs discours, lors de la passation des pouvoirs...

Jean-Christophe Chanut

5 mn