Une réforme des retraites... mais pour financer quoi au juste ?

Prévu initialement le 22 juin, le rapport du Conseil d'orientation des retraites est repoussé à la rentrée. Le gouvernement n'a pas remis ses prévisions économiques, du fait de la période des élections. De quoi encore jeter le trouble sur la nécessité de faire une réforme pour équilibrer les comptes du système. Emmanuel Macron assure quant à lui que la réforme entrera en vigueur "dès l'été 2023".
(Crédits : CHARLES PLATIAU)

La réforme est jugée "indispensable", selon les mots d'Olivia Grégoire, porte-parole du gouvernement, ce mercredi 1er juin, après le conseil des ministres. "Indispensable" pour équilibrer un régime en déficit ? Pour répondre à cette question, on attendait le rapport du Conseil d'orientation des retraites, le COR qui fait traditionnellement office de référence, et qui devait être publié le 22 juin prochain.

Mais, cette année, il faudra être bien plus patient. A cause des élections mais aussi du contexte international - le conflit en Ukraine- , le gouvernement n'a pas transmis ses prévisions macro-économiques. Des prévisions - de croissance, de chômage, d'inflation etc- que l'exécutif transmet d'habitude avant le 15 avril à Bruxelles mais aussi à l'institution. Le COR dispose en général de deux mois pour agréger ces données, faire ses projections et rédiger son rapport.

Un rapport du COR reporté à la rentrée

Cette année il faudra attendre la rentrée, sans qu'aucune date n'ait été communiquée.

"De quoi laisser aussi le temps de mener une concertation avec les partenaires sociaux avant la réforme promise par Emmanuel Macron ", plaide un membre du gouvernement, qui cherche à temporiser, face à un dossier explosif socialement. Les discussions avec les partenaires sociaux doivent se tenir dès la fin août.

Mais les syndicats sont dubitatifs. "Une concertation sans rapport du COR, c'est une discussion sans cadrage, sans base de travail ", s'agace un membre de la CGT. Et d'ajouter : "A moins que le gouvernement ait déjà l'idée de ce que cela va donner, peu importe la situation des régimes".

Un déficit de 10 milliards par an à combler

De quoi encore alimenter le flou autour de ce dossier. Les syndicats, opposés à la réforme d'Emmanuel Macron, estiment qu'étant donné les besoins de financement du régime, il n'y a aucune raison de se précipiter.

Ils se réfèrent d'ailleurs aux dernières conclusions du COR, de 2021, qui assure : "malgré le vieillissement progressif de la population, la part des dépenses de retraite dans le PIB reste sur une trajectoire maîtrisée, à l'issue de la projection... ( c'est à dire les années 2070)", et les experts d'ajouter :  "C'était un résultat qui prévalait avant la crise sanitaire et il demeure valable aujourd'hui".

La situation financière est surtout tendue jusqu'en 2035, - car les enfants du pic démographique des années 2000 ne sont pas totalement insérés  .... et les baby-boomers ne se sont pas encore éteints-. Ensuite, les comptes ont plutôt tendance à se stabiliser... .

Du côté du gouvernement, le déficit, qui se situe autour de 10 milliards d'euros par an, doit être comblé rapidement. Aucune raison de reporter.

Financer d'autres chantiers sociaux

Car, au-delà du seul régime des retraites, le gouvernement ne cache pas son intention de retrouver des marges de manœuvre plus globales : "pour financer le progrès social et un meilleur accompagnement de nos concitoyens" justifie Olivia Grégoire, la porte-parole. Au-delà du seul équilibre comptable, il s'agit donc de financer d'autres chantiers sociaux.

"Repousser l'âge légal de départ, c'est le seul moyen de faire rentrer rapidement de l'argent dans les caisses, pour pouvoir financer notre modèle social, payer des services publics, rétablir nos finances publiques, baisser la dette ", plaide encore Bruno Le Maire, le ministre de l'Economie et des Finances. Et une autre membre du gouvernement d'ajouter : " Et puis, il faut financer la dépendance et l'autonomie. Nous allons avoir plus de 100.000 centenaires d'ici 20 ans".

Vers la fin d'un système contributif ?

Autant d'arguments que ne comprennent pas les syndicats et qui viennent encore alimenter leur opposition. " C'est comme si cette réforme des retraites venait tout résoudre, plaide un membre de la CFTC. Or, ce n'est pas son rôle.... On ne peut pas tout faire reposer sur les seuls actifs".

Aussi, pour eux, cette réforme des retraites telle qu'elle est présentée signe un violent coup de canif dans un contrat vieux de plus de 70 ans. Un changement complet de logique qu'ils entendent bien ne pas laisser passer.

"La retraite, c'est un système contributif ... il faut arrêter de tout mélanger", s'agace Yves Veyrier chez FO. Ainsi, le financement de la dépendance ne doit-il pas relever de la solidarité nationale ? Les centrales posent la question, surtout, qu'à l'origine, il devait d'ailleurs être assuré par le prolongement de la CRDS, au-delà de 2024.

Dans ce contexte, leur opposition à un décalage de l'âge légal de 62 ans  à 64 ou 65 ans s'ancre encore un peu plus. Pour Philippe Martinez de la CGT " il faut surtout donner du travail à tout le monde et le problème sera résolu".

Augmenter le taux d'emploi des seniors, la solution ?

L'étude menée par les équipes de l'économistes Jean-Hervé Lorenzi et publiée ce 2 juin va dans ce sens : "une hausse de dix points du taux d'emploi des 55-64 ans permettrait d'équilibrer les comptes du système des retraites, sans toucher à l'âge légal, ni à la durée de cotisation". Si le taux d'emploi des seniors a progressé dans notre pays,  ces dernières années, il reste encore très en deçà de nos voisins européens. Passer de 56 à 66 % est donc un défi de taille.

"Mais, il ne faut pas oublier, qu'un des éléments qui fait le plus vite progresser le taux d'emploi des seniors est le décalage, justement, de l'âge légal ! ", répond un conseiller de l'Elysée, "car du coup, les entreprises les gardent plus longtemps en poste, les accompagnent dans des cursus de formation etc".

Chacun affûte ses arguments. La bataille autour de la réforme des retraites ne fait que commencer....Elle devrait battre son plein à l'automne prochain. De son côté, Emmanuel Macron assure que la réforme entrera en vigueur "dès l'été 2023".

Sujets les + lus

|

Sujets les + commentés

Commentaires 21
à écrit le 04/06/2022 à 18:57
Signaler
Et si ont envoyait la racaille du stade de France au boulot plutot que d emm.... nos anciens??

à écrit le 04/06/2022 à 14:17
Signaler
C’est dingue ce refus de ne pas comprendre qu’on devra travailler plus longtemps si on veut maintenir le niveau des retraites, il faut aussi dire que chaque français devra avoir une retraite par capitalisation. Évidemment c’est un peu moins de loisir...

à écrit le 04/06/2022 à 14:11
Signaler
pour financer quoi au juste ? la réponse est dans la photo de l'article : pour financer le train de vie des glandeurs qui se prélassent dans le jardin du Luxembourg.

à écrit le 04/06/2022 à 14:01
Signaler
Et comment l'Etat va pouvoir subventionner ORPEA si les travailleurs veulent pas travailler plus longtemps ? En tant qu'actionnaire de cette vénérable institution, je m'interroge sur l'avenir de mes profits ? Et pourrons-nous encore payer les petite...

à écrit le 04/06/2022 à 11:50
Signaler
Comme l a dit Macron la réforme des retraites c’ est pour financer la dépendance - 5 eme risque secu- et non les retraites en soi .. discutable sur la forme mais légitime sur le fond… sinon on aura selon le niveau financier de chacun le 4 et 5eme âg...

à écrit le 04/06/2022 à 11:29
Signaler
Il parait que certains de nos députés vont prendre leur retraite; j'en déduis que la députation est une profession; je n'ai jamais entendu parler d'un régime de retraite pour les délégués du personnel, dans les entreprises. Décidément, la République ...

à écrit le 04/06/2022 à 10:30
Signaler
Une partie (petite) des sommes collectées par les amendes d'excès de vitesse servent à réduire la dette du pays, fiscalement tout est possible. Il faudrait que j'accélère pour participer. :-) Le jour travaillé gratis pour les personnes âgées dépenda...

à écrit le 04/06/2022 à 9:43
Signaler
La politique redistributive reflète la richesse d'un pays. Hors nul besoin d’un doctorat pour s’apercevoir que nous sommes mal avec nos quelque 3000 milliards de dettes publiques, la réforme des retraites qui vient pourrait se résumer à l’expression:...

à écrit le 04/06/2022 à 0:00
Signaler
Pourquoi l'état doit-il récupérer de l'argent sur nos retraites ? ... pour pouvoir mettre en chantier le 2ème porte-avion ... qui va nous coûter au minimum 15 milliards si l'on compte tout ... le bateau, les avions, les pilotes, le personnel, l'armad...

à écrit le 03/06/2022 à 19:11
Signaler
La retraite de la Sécu, c'est pour bouffer quand on ne peut plus travailler. C’est une invention géniale, mais le système a été complètement dévoyé et pillé par les baby boomers, les cadres sup héros des 30 glorieuses, qui sont partis bien jeunes av...

le 03/06/2022 à 22:11
Signaler
D'abord, mettez pas tous les boomers dans le même panier. Ensuite, c'est vrai que c'est une génération qui a été globalement gâtée par la conjoncture économique internationale mais c'est vrai aussi qu'ils étaient plus solidaires, qu'ils faisaient grè...

le 04/06/2022 à 10:01
Signaler
Les baby boomers ( nés en 1945 voir 1942 pour certains historiens à 1955) ont surtout cotisés pour les générations d'ouvriers des années 20 ou 30 qui étaient nombreuses mais avec des petits salaires et qui n'avaient pas la durée de vie des baby boome...

à écrit le 03/06/2022 à 18:29
Signaler
70% des personnes en age de travaialler sont contre le report de l age a la retraite. Et pourtant une forte proportion ont le sentiment que c'est ineluctable. A tort. Le COR avait montré dans son dernier rapport dans son scénario 'pessimiste' que le ...

le 03/06/2022 à 21:13
Signaler
Vous avez tout à fait raison. Mais comment finance-t-on la prise en charge de la dépendance des personnes âgées ? La population acceptera-t-elle une cotisation supplémentaire ou une taxe pour la 5ème branche de la sécurité sociale ? Et puis le systè...

à écrit le 03/06/2022 à 18:25
Signaler
Les seniors, sous la pression des décotes en tout genre, sont déjà obligés de retarder leur départ au-delà de 62 ans (pour ceux qui ont un emploi et peuvent le garder). La brillante idée de reporter encore plus l'âge de la retraite va faire reve...

à écrit le 03/06/2022 à 17:55
Signaler
Ça n'est pas fait pour utiliser les excès de trésorerie des caisses pour la dépendance ? De façon indolore et ne pas créer un prélèvement ou une cotisation nouvelle. NSarko en avait parlé, d'un "pilier" Sécu supplémentaire mais ça s'est évanoui. Les ...

le 04/06/2022 à 11:52
Signaler
C est pour financer le 5 eme risque «  dépendance grand âge »… auquel 1, 2 milliards par an sera trop insuffisant puisqu on évoque 19-15 milliards par an … pour ce risque

à écrit le 03/06/2022 à 17:53
Signaler
Le covid à fait ( et fait ) disparaître combien de retraités ? Puisque c'est la population cible majoritaire de ce virus. Combien d'ailleurs l'état double gagnant a t'il perçu en droit de succession ? La moyenne d'âge en France comme dans beaucoup de...

à écrit le 03/06/2022 à 17:34
Signaler
La seule "réforme" qui vaille, c'est une cotisation proportionnelle au salaire, pour la modération salariale, pour une pension forfaitaire à partir de 60 ans, sans interdire de continuer a travailler au delà! Sachant que les plus "prévoyants" auront ...

le 04/06/2022 à 11:47
Signaler
Plutôt d accord c est le modèle scandinave dans sa généralité qui plafonna la retraite publique aussi à 3500€ net mensuel quelque soit le salaire … laissant le choix a ceux- celles au dessus de ce montant de cotiser au privé ….mais ça les cadre sup ...

le 04/06/2022 à 11:47
Signaler
Plutôt d accord c est le modèle scandinave dans sa généralité qui plafonne la retraite publique aussi à 3500€ net mensuel quelque soit le salaire … laissant le choix a ceux- celles au dessus de ce montant de cotiser au privé ….mais ça les cadre sup ...

Votre email ne sera pas affiché publiquement.
Tous les champs sont obligatoires.

-

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.