Surveillance électronique : pourquoi les géants du numérique ne sont plus très nets

Que les grandes sociétés américaines du Net aient accepté de trahir leurs utilisateurs et leur éthique affichée pour se prêter à une opération d'espionnage inédite par son ampleur au profit de l'administration Obama marque une évolution dans le capitalisme américain. Désormais, les intérêts des géants du numérique passent par l'administration comme c'était le cas hier pour les majors pétrolières.
Copyright Reuters
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L'administration Obama donnerait-elle réalité au célèbre roman de George Orwell « 1984 », et son slogan « Big Brother is watching you » ? On peut se poser sérieusement la question après les révélations faites cette semaine par le quotidien britannique The Guardian, puis par celles de son homologue américain The Washington Post. Le premier indique que l'opérateur des télécoms américain Verizon communique quotidiennement - à leur insu - le relevé des échanges de ses millions d'abonnés à l'une des agences de renseignements des Etats-Unis, la National Security Agency (NSA), liée à l'armée américaine.

PRISM, une plate forme secrète d'échanges d'informations

Le deuxième lève le voile sur PRISM, une plate forme d'échanges d'informations conçue dans le cadre d'un programme secret entre la NSA et le FBI. Avec cette particularité que les contenus sont fournis par les photos, vidéos, messages, conversations laissés par leurs membres sur les réseaux sociaux. En fait, les géants américain du net auraient accepté de participé à ce programme : Facebook, Yahoo !, Microsoft, Google, Skype, AOL, YouTube, ou encore Apple.

Si la plupart ont dénié y avoir adhéré, l'administration Obama a assuré qu'elles y participaient. Autrement dit, elles se sont soumises à leurs obligations légales - elles n'ont rien à se reprocher - mais on peut toutefois rester dubitatif devant cet argument, qui ressemble au « J'ai obéi aux ordres » invoqué par les seconds couteaux pour éviter de faire face à un dilemme où la morale a également sa place.

Des compagnies qui jouent un rôle de premier plan dans nos vies privées

En effet, même s'il s'agit d'une collaboration passive sous la forme d'une mise à disposition d'informations qui touche, selon l'administration, surtout les étrangers et les Américains hors du sol des Etats-Unis, et ce au nom de la sécurité nationale et la lutte contre l'anti-terrorisme, on pensait que les libertés civiles, qui avaient été remises en cause par certaines décisions de l'administration Bush, seraient mieux protégées avec le président Barak Obama. Il n'en est rien.

En effet, ces compagnies, qui ne relèvent pas du secteur de la défense ou de la sécurité, jouent depuis des années un rôle de plus en plus important dans notre vie quotidienne, à tel point qu'une large part de nos affaires privées leur sont confiées. Et ce, parce qu'elles garantissent notre confidentialité. Des millions de personnes pourraient donc demain considérer avoir été trahies sur ce point, et être tentées de se retirer de ces réseaux.

Une opération d'espionnage industriel à vaste échelle

Mais encore plus important est l'accès par le gouvernement américain à des milliards de données venant du domaine industriel, financier, commercial et politique des pays hors des Etats-Unis. De là à y voir une opération d'espionnage industriel à vaste échelle, il y a un pas que l'on peut légitimement franchir.

Par ailleurs, comme ce sont les étrangers qui sont principalement visés, que valent les législations nationales et européennes en la matière, si elles sont constamment bafouées ? Pour le moment, la Commission européenne a indiqué que cette affaire était d'abord... américaine, prouvant l'embarras de Bruxelles.

Visiblement, les gouvernements savent eux-mêmes à quoi s'en tenir puisque on a vu naître des initiatives de « cloud » européen pour éviter de passer par le « cloud » américain qui « collabore » avec les services de renseignements des Etats-Unis.

La réponse, un "cloud" français pour l'Europe

Dans cette optique, on comprend mieux le projet conçu entre les sociétés Cloudwatt (dans laquelle l'Etat français a investi 75 millions d'euros, mais aussi des sociétés françaises comme Orange et Thalès) et OpenStack pour développer un cloud public français à dimension européenne et éviter de devoir passer par les solutions en la matière qui sont majoritairement américaines.

Cette perte de monopole n'est pas improbable. Car tous les utilisateurs hors des Etats-Unis des services des géants du net pourraient rapidement se transférer vers d'autres compagnies non américaines qui offriraient des prestations équivalentes. Si les firmes américaines bénéficient d'une large avance, il n'en reste pas moins que leur réputation ternie créerait un désenchantement important. Comment faire confiance à des sociétés qui passent leur temps à vous dire qu'elles protègent vos données, assurent une niveau de confidentialité irréprochable, tout en faisant en réalité le contraire.

Des intérêts stratégiques convergents avec ceux de l'Etat américain

Finalement, pourquoi n'ont-elles pas résisté - quitte à le faire ensemble - à l'administration américaine, en dénonçant ce qui est par nature contraire à leurs principes ? Leur poids financier et leur popularité le leur permettaient, et elles auraient reçu l'appui de leurs millions d'utilisateurs... Si les entreprises ne sont pas en tant que telles des personnes, il n'en reste pas moins qu'elles sont dirigées par des leaders emblématiques et leurs équipes qui peuvent avoir aussi des convictions. Visiblement, les Larry Page, Mark Zuckerberg et autres Tim Cook n'y ont vu aucun cas de conscience...

Elles sont devenues des sociétés tellement importantes que leurs intérêts stratégiques sont désormais convergents avec ceux de l'Etat américain pour assurer à la fois la sécurité - que l'on pense au cyber-attaques chinoises - mais aussi la suprématie du pays face au bloc européen et surtout à la Chine, comme hier c'était le cas pour les majors pétrolières, ou les autres  multinationales.

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Commentaires 17
à écrit le 11/06/2013 à 11:46
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[...] la lutte contre l'anti-terrorisme [...] MAIS BIEN SUR ! Hum il va falloir penser à relire les articles correctement car c'est loin d'être la première coquille de l'artcile!

à écrit le 10/06/2013 à 23:49
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Si nous n'avez rien à vous reprocher, vous n'avez rien à cacher!

le 11/06/2013 à 10:24
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@big brother Excellent frère Number One:) Tes paroles, me semble ne vont que pour des dictacteurs, "Si nous n'avez rien à vous reprocher, vous n'avez rien à cacher!" Argument imparable qui aliene et inocule la raison. C'est cette phrase qui tue la li...

le 11/06/2013 à 10:38
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Sauf que moi, je déteste qu'on lise par dessus mon épaule.

le 11/06/2013 à 10:59
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Au fond je ne pense pas que ça change grand chose pour le quidam qui ferait à peu près la même chose s'il y avait une close FBI-NSA dans les ROE de ces sites. Mais faudrait il que ce soit dûment explicité. Après j'ai du mal à pleurer pour "l'atteinte...

à écrit le 10/06/2013 à 15:13
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" l'accès par le gouvernement américain à des milliards de données venant du domaine industriel, financier, commercial et politique des pays hors des Etats-Unis." Je vous rappelle aimablement que les ricains ont déjà la possession de 82% de TOUTES le...

le 11/06/2013 à 10:48
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Mouais SWIFT ça concerne les virements internationaux hors zone SEPA (soit l'UE + quelques pays tiers comme la Suisse) et encore pas tous donc franchement en Europe nous sommes fort peu concernés.

à écrit le 10/06/2013 à 14:52
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Ne vous inquiétez pas. L'Etat Francais met en place un système similaire qui sera opérationnel cet été. Surveillance généralisé de tous les appels, géolocalisation sans aucune autorisation nécessaire, tout cela avec la complicité des opérateurs. On e...

à écrit le 10/06/2013 à 14:06
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"Que les grandes sociétés américaines du Net aient accepté de trahir leurs utilisateurs et leur éthique affichée.." éthique?? L'éthique de l'argent .;. c'est une petite éthique car elle se nourrit du pouvoir donc du plus 'fort'( dans le sens du dico ...

à écrit le 10/06/2013 à 13:04
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La solution proposée par l'article : plutôt que de nous faire espionner par les américains, faisons nous espionner par l'état français, grâce au cloud bien de chez nous...où est le droit à la vie privée? Suite à cet avis publié sur LaTribune, j'ai b...

le 10/06/2013 à 14:45
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Partez du principe que tout ce qui est Nouvelle Technologie de l'Information et de la Communication est public. Ce sera plus simple. Internet, "Smart"phone, tout peut être intercepté automatiquement donc rien de privé.

le 10/06/2013 à 16:44
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En effet, je préfère que mes informations restent dans mon pays plutôt qu'aux USA. Quand à vous, rien ne vous oblige à utiliser le cloud si vous avez peur pour votre vie privée.

à écrit le 10/06/2013 à 12:11
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N'importe quoi! Les "géants" du net se sont affranchis depuis longtemps de toute confidentialité en utilisant comme bon leur semble ce qui transite par leurs tuyaux et leurs machines. Tous les constructeurs d'ordinateurs et éditeurs de logiciels ont ...

le 10/06/2013 à 14:46
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C'est surtout la vision de personnes qui se sont insuffisamment renseignées sur le sujet ou qui veulent nous vendre cette alternative.

à écrit le 10/06/2013 à 12:08
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Attention aux fautes: - auraient accepté de participé --> participer - Si la plupart ont dénié y avoir adhéré --> Si la plupart ont nié y avoir adhéré

à écrit le 10/06/2013 à 11:40
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Y A PAS QUE LES GEANTS DU NUMERIQUE ? Mme Hollande v a t on elle la placer en garde á vue ? art 885-A du CGI et 515-1 du code civil !

le 10/06/2013 à 16:45
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Pourriez-vous recommencer en français s'il vous plaît ?

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