Après les annonces de Trump, l'OMC appelle à une plus grande coopération

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Les dernières décisions du président américain inquiètent le secrétariat général de l'Organisation mondiale du commerce.
Les dernières décisions du président américain inquiètent le secrétariat général de l'Organisation mondiale du commerce. (Crédits : Leah Millis)
Dans son rapport annuel, l'Organisation mondiale du commerce (OMC) exhorte les membres de l'institution à soutenir le multilatéralisme dans les échanges de biens et services à l'échelle de la planète.

L'Organisation mondiale du commerce (OMC) s'inquiète des tensions commerciales. A l'occasion de la publication du rapport annuel de l'institution en fin de semaine dernière, le directeur général Roberto Azevêdo a rappelé que le multilatéralisme était nécessaire pour faciliter les échanges commerciaux et a mis en garde les pays membres de l'OMC contre la politique commerciale actuellement menée par les États-Unis.

"La croissance du commerce en 2017 a été la plus forte depuis 2011. Avec des prévisions de croissance robuste pour cette année et l'année prochaine, nous sommes en train de voir que le commerce joue un rôle important dans la reprise économique mondiale, en soutenant la croissance économique, le développement et les créations d'emploi à travers le monde [...] Si nous voulons éviter que ces performances soient compromises par une future escalade des tensions, nous devons chercher à renforcer la coopération globale."

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Roberto Azevedo, Direceteur général de l'OMC.

[Le directeur général de l'OMC Roberto Azevêdo. Crédits : Reuters.]

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Lire aussi : "Avec Trump, le mercantilisme devient la règle au détriment du multilatéralisme"

Pour Bruno Cavalier, économiste en chef chez Oddo BHF, l'un des risques qui pèse sur la conjoncture mondiale est "la menace croissante que les États-Unis, par la voix de son président et de ses conseillers, font peser sur la fluidité des échanges commerciaux [...] Les effets macro sont négligeables à ce stade. Il en irait tout autrement si le protectionnisme devait se généraliser." Il ajoute que "ce n'est pas l'hypothèse centrale de notre scénario macro, mais là encore, c'est une incertitude inédite qui peut peser sur le climat des affaires."

Baisse des mesures restrictives

Entre octobre 2016 et octobre 2017, le nombre de mesures restrictives a diminué par rapport à la période précédente. Les membres de l'OMC ont appliqué 108 nouvelles mesures durant ces 12 mois, ce qui correspond à une moyenne mensuelle de 9. Entre octobre 2015 et octobre 2016, environ 15 mesures étaient mises en place chaque mois.

En parallèle, les États ont réduit la mise en oeuvre de mesures cherchant à faciliter le commerce. Selon les chiffres communiqués dans le rapport, 128 dispositifs ont été appliqués, ce qui fait une moyenne de 11 par mois. Sur la période précédente, plus de 18 mesures étaient mises en place chaque mois.

Lire aussi : Le commerce mondial accélère malgré le protectionnisme (OMC)

Une hausse des conflits

L'une des missions de l'OMC est d'assurer le règlement des litiges commerciaux. Le site officiel rappelle à ce propos que les pays soumettent leurs différends à l'OMC "lorsqu'ils estiment qu'il porte atteinte aux droits que leur confèrent les accords". Dans le bilan mis en avant par l'organisme international, les auteurs soulignent que l'année 2017 a été marquée par une hausse des règlements de différends. "Le nombre de litiges a augmenté significativement par rapport à 2016, dans le prolongement des années précédentes." Cette hausse est estimée à 20% par rapport à l'année précédente. Chaque mois, l'organisme a recensé 38 procédures en moyenne contre 32 en 2016. Dans une perspective à plus long terme, c'est même un record depuis 1995. Le pays le plus impliqué dans ces démarches sont les États-Unis.

L'intégration des pays en développement

L'intégration des pays en développement dans les flux du commerce mondial constitue un objectif de premier ordre pour l'OMC. "Renforcer l'intégration des pays en développement dans un système commercial multilatéral est une priorité institutionnelle." Selon le secrétariat de l'organisation, les exportations de biens et services des pays émergents ont baissé de 3,9% en 2016, après avoir déjà diminué de 24% en 2015. La part de ces pays dans les exportations mondiales a décliné de 0,91% et leur déficit commercial s'est élevé à 92,9 milliards de dollars à 87 milliards de dollars en 2015.

Pour réduire ce déficit et faciliter l'accès aux marchés pour ces États, l'organisation mondiale basée à Genève veut renforcer son assistance technique et proposer plus de programmes de formation afin d'améliorer la compréhension des règles de l'OMC. L'un des objectifs est de faciliter l'adhésion des pays demandeurs à l'organisation. Actuellement, 164 pays sont membres de l'OMC et 22 ont demandé à rejoindre l'institution.

Le multilatéralisme en difficulté

La montée des nationalismes et des régionalismes tendent à affaiblir la libéralisation du commerce international. S'il est encore difficile de mesurer les conséquences des décisions de Donald Trump sur le commerce mondial, cela pourrait entraîner une réorganisation des flux commerciaux à l'échelle de la planète. Les mesures de riposte annoncées par l'Union européenne pourrait ainsi réduire les échanges commerciaux avec les entreprises américaines. Ce qui n'est pas une bonne nouvelle pour le commerce mondial alors que l'OMC vient justement de réduire des prévisions.

Lire aussi : L'OMC prévoit un essoufflement du commerce mondial

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Commentaires
a écrit le 23/06/2018 à 15:28 :
Est ce que avant toutes ces ententes commerciales au niveau international l Europe, l Amérique du Nord et le continent Asiatique vivaient dans la misère. Ces ententes ont rapporte quoi de concret au simple citoyen a revenue limite? Quels sont tous les avantages que l'OMC a obtenus pour chacun des membres? Qui s est enrichi et qui s est appauvri? Comme laissé sous entendu, est ce que la misère a été totalement éradiquée? Je vis aux USA depuis 1965 et jusqu’ à présent la misère existe beaucoup surtout pour les familles vivant du salaire maximum de $ 8.00 de l heure. Peut-on blâmer Donald Trump de vouloir revenir à " Chacun pour soi...et Dieu pour tous...? Les pays en voie de développement voient leurs ressources naturelles exploitées en masse, au profit d une minorité du Big Business des occidentaux. Ceux qui voyagent a travers cette planète ont réellement assisté et vu un progrès dans tous les pays a tous les niveaux ? L’Amérique Centrale et du Sud, l Afrique, l'Europe du Sud... On a vu l exemple du chômage de la Grèce, de l Espagne et du Portugal, de la France et actuellement l’Italie. Toutes ces ententes commerciales internationales ont profité à quels pays..? A quelle partie de la population ? Avec Donald Trump c est bizarre que ce soit le pays le plus riche qui s en plain le plus de ces ententes, et qui demande une reforme a l échelle mondiale.
a écrit le 09/06/2018 à 15:32 :
Je me demande combien ils sont à trainer la savate dans cet organisme hautement efficient ?
Réponse de le 11/06/2018 à 23:29 :
Vous avez raison une usine à faire des pauvres malgré un emploi .
a écrit le 05/06/2018 à 7:14 :
Trump a negocié avec Kim et finalement Trump va payer sa chambre d'Hotel. Heureusement que Kim n'est pas président des USA .
a écrit le 04/06/2018 à 19:39 :
Et l'Union Européenne ne fait toujours rien d'autre que réfléchir ???!!!
a écrit le 04/06/2018 à 18:49 :
En quoi le multilatéralisme améliore t il nos vies? Seul les financiers sont rassuré sur leur placement car, a la hauteur des capitaux, on ne peut pas parler d'investissement!
a écrit le 04/06/2018 à 18:29 :
On pourrait se dire que c'est un détail et que cela sera réglé après quelques discussions entre financiers ou commerçants. Il semblerait que cela soit plus compliqué, puisque nous sommes manifestement face à des décisions en cascade, entrainant de réelles incertitudes. Qui dit incertitude dit baisse de confiance (https://fr.reuters.com/article/frEuroRpt/idFRL5N1T61OH) donc risque de baisse des investissements, etc…

On pourrait aussi bien s'accommoder d'une baisse de la croissance, mais il y aurait destruction d'emplois et cela nécessiterait une baisse des dépenses, ce qui déplait tout autant.
Il parait difficile de "tourner en circuit fermé", puisque les échanges commerciaux remontent à quelques milliers d'années, si l'on se réfère à l'histoire de la "route de la soie" (https://fr.wikipedia.org/wiki/Route_de_la_soie)
Ne pouvant contrarier le président de la plus grande des puissance économique, le réflexe de l’OMC est d’essayer de trouver des substituts, tels que l'intégration des pays en développement. Pourquoi pas.

L’avantage pour l’UE sera dans la prise de conscience de ses faiblesses et dans l’obligation qui lui est faite de devenir adulte.
a écrit le 04/06/2018 à 15:51 :
"Les effets macro sont négligeables à ce stade. Il en irait tout autrement si le protectionnisme devait se généraliser.""

ET bien alors où est le problème ? Nulle part c'est juste que l'OMC, organisation américaine s'il en est prévient les autres pays du monde, c'est comme dans les films américains il y a "Washington, New-York et toutes les autres capitales du monde..." qu'après la correction américaine aucun autre protectionnisme ne sera toléré.

Il fallait vraiment que notre oligarchie soit totalement stupide ou déjà achetée pour penser que l'on pourrait un jour rivaliser avec les américains sur leur propre terrain avec leurs propres règles du jeu.

Contempler l'Amérique régner.

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