25 ans de commerce mondial : la grande rupture

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La Tribune publie chaque jour des extraits issus des analyses diffusées sur Xerfi Canal. Aujourd'hui, 25 ans de commerce mondial

Nous vivons actuellement une rupture du commerce mondial qui préfigure l'entrée dans une nouvelle ère de la mondialisation. L'évolution du ratio exportations sur PIB mondial sur longue période permet d'en prendre la mesure.  Ce dernier permet d'apprécier le rôle moteur des échanges internationaux sur la croissance.

Après un difficile démarrage au début des années 90, le commerce mondial monte en puissance à partir de 1994. Son envolée durant les 3 années qui suivent résulte pour partie de la synchronisation des différentes régions du monde, qui se placent peu à peu dans le sillage de la reprise américaine, mais elle relève aussi de causes structurelles plus profondes, qui agissent sur plus longue période : la baisse des coûts de transports, de communication et, le vaste mouvement de libéralisation des échanges. C'est à ce moment aussi que prend racine le mouvement de délocalisations vers les émergents, mais surtout que monte en puissance une gigantesque vague de méga-fusions-acquisitions transatlantiques menées par les multinationales occidentales. La part des exports dans le PIB mondial franchit alors le seuil des 17% et se rapproche de son record de 1980.

En 1998, la crise des émergents provoque une première cassure. La sortie massive des capitaux les fait plonger dans une récession brutale. Ce bref épisode, va alors les pousser ; notamment la Chine, à adopter des stratégies délibérément mercantilistes et à accumuler des devises pour être en mesure d'amortir les prochains chocs.

Survient ensuite la triple rupture des années 2000, avec la crise de la bulle internet, l'entrée de la Chine dans l'OMC fin 2001 et l'introduction des pièces et des billets en euros en 2002, qui va accélérer les échanges intra-européens. En quête de profitabilité et désireux de partir à la conquête des nouvelles classes moyennes émergentes, les multinationales occidentales, vont accélérer leur déploiement vers les BRIC. Les chaînes de valeurs s'allongent et se complexifient toujours plus. La flambée des matières premières participe également à l'envolée de 150% des exportations en valeur sur la période 2000-2008.

Bilan, le poids des exportations mondiales sur le PIB monde se hisse au niveau record de 25,2%. Un chiffre néanmoins un peu trompeur car comptablement, les composants d'un même produit passent plusieurs fois les frontières et dopent les chiffres. On ne le sait pas encore mais c'est le pic de la série, un pic jamais égalé depuis. La crise de 2008-2009 rebat les cartes. Le monde perd sa locomotive émergente. La production se recentre ainsi par grandes zones continentales, les chaînes de valeur raccourcissent. Un retour de balancier par rapport à la version la plus extrême du fabless, de l'allongement à outrance des chaînes de valeur. Surtout, l'apparition d'une nouvelle classe moyenne au pouvoir d'achat étendu, capable de supplanter celle des pays avancés dans les débouchés des firmes multinationale, a vécu.

Plus qu'une dé-mondialisation c'est un mouvement de régionalisation qui s'engage autour de trois blocs. Avec d'un côté, un pôle américain emmené par les Etats-Unis, un pôle européen centré autour de l'Allemagne et un pôle Asie sur fond de rivalité entre la Chine et le Japon. A cela s'ajoute maintenant le retour des politiques protectionnistes. Tout cela participe à une « désintrication » au moins partielle des échanges croisés de marchandises, avec ses conséquences en cascade sur l'évolution des exportations mondiales.

La reprise mondiale s'accompagne bien d'une légère embellie du commerce international.  Les cycles demeurent, mais la tendance au repli s'ancre aussi, marquant le basculement vers une nouvelle phase de la mondialisation.

 >> Plus de vidéos sur le site Xerfi Canal, le médiateur du monde économique

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Commentaires
a écrit le 07/05/2018 à 9:14 :
d'après les publications mensuelles d'Eurostat sur la balance commerciale de la zone Euro, on voit qu'il y a eu un décalage entre exportations et importations (développement des excédents) à partir de début 2012. nos partenaires ont étouffé leur demande (austérité budgétaire et salariale) et ont profité de la dépense/de l'endettement des autres (notamment de la France). des passagers clandestins.
Suède/Danemark ont un % de consommation des ménages faible dans le PIB et un pourcentage d'export élevé (Banque Mondiale). dû notamment au fait que les ménages sont matraqués fiscalement alors que les entreprises sont épargnées ?

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