Le président argentin Javier Milei entend poursuivre son programme « zéro déficit ». Et de s'attaquer désormais à l'agence fédérale chargée du recouvrement des impôts des citoyens, de la sécurité sociale et du contrôle du commerce extérieur.
Déficit, inflation, bureaucratie, montée de la pauvreté... Les défis auxquels fait face l'Argentine sont similaires à ceux d'autres pays en crise. Mais dans la troisième économie d'Amérique latine, le président Javier Milei ne fait pas dans la dentelle pour remettre à flot l'équilibre budgétaire de ce pays de 47 millions d'habitants. Le leader qui se définit comme un « anarcho-capitaliste » a annoncé lundi le remplacement de l'Administration fédérale des recettes publiques par une future Agence de recouvrement et de contrôle douanier, un changement entraînant la suppression de plus de 3 100 postes.
En outre, après avoir réduit de moitié le nombre de ses ministères (à 8 contre 18 auparavant), coupé dans la dépense publique et supprimé 300 normes, le président Milei continue de dérouler son plan drastique d'allègement du poids de l'État dans l'économie. Cette agence fédérale n'est ni plus ni moins celle qui collecte et administre « les ressources fiscales, douanières et de sécurité sociale ». Elle est supervisée par le ministère de l'Économie argentin.
Le gouvernement « va procéder à la dissolution de l'Administration fédérale des recettes publiques » et « sera créée (à sa place) l'Agence de recouvrement et de contrôle douanier », a expliqué sur X la présidence argentine, précisant se séparer de « 3 155 agents entrés de manière irrégulière à (l'Administration fédérale des recettes publiques) sous le gouvernement précédent ».
Les salaires des dirigeants de la fonction publique
L'opération représente une réduction de « 15% de la dotation actuelle" accordée à l'organisme, selon l'exécutif, qui y voit une "étape essentielle dans le démantèlement de la bureaucratie inutile qui fait obstacle à la liberté économique et commerciale des Argentins ».
En plus de ce remplacement, les salaires des hauts responsables de la nouvelle agence seront moins élevés que sous l'ancienne administration, la présidence souhaitant « la destruction des circuits de corruption ».
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La politique d'austérité de M. Milei a entraîné une décélération marquée de l'inflation, ramenée autour de 4 % mensuels (contre 17 % en moyenne par mois en 2023) et des équilibres budgétaires mensuels successifs, sans précédent depuis 15 ans.
« Nous ne pouvons pas dépenser ce que nous n'avons pas », a lancé lors d'un débat sur le budget la députée Juliana Santillan du parti présidentiel, répétant un des slogans favoris du chef de l'État: "No hay plata !" (« Il n'y a pas d'argent ! »).
Accélération de la pauvreté
Cependant, elle a aussi conduit à une forte récession (-3,5 % prévus à fin 2024), à une baisse d'activité et à des milliers de pertes d'emploi.
Selon des chiffres publiés fin septembre, la pauvreté en Argentine, en hausse continue depuis deux ans, a atteint 52,9 % de la population au premier semestre 2024, soit un bond de plus de 11 points sur six mois.
Mais pour l'heure le plan Milei obtient la confiance des organisations internationales. La Banque interaméricaine de développement (BID) prévoit ainsi d'accorder 3,8 milliards de dollars de crédits à l'Argentine.
« En seulement sept mois, (l'Argentine) a fait des progrès notables dans le rétablissement de l'équilibre budgétaire si nécessaire, en convertissant un déficit primaire de 2,9% du PIB fin 2023 en un excédent de 1,5% du PIB à fin août de cette année », a déclaré Ilan Goldfajn, président de la BID.