INFOGRAPHIE. Les États-Unis ont indiqué ce mercredi stopper les livraisons de certaines armes à l’Ukraine. Un arrêt qui allait de toute façon arriver puisque, depuis son retour à la Maison-Blanche, Donald Trump n’a fait que fournir l’aide promise par son prédécesseur et n’a annoncé aucune nouvelle politique de soutien militaire à Kiev.
Surprise générale. L'administration Trump a annoncé ce mardi avoir cessé de livrer certaines armes à Kiev. Notamment des dizaines de missiles de défense aérienne Patriot, essentiels à l'Ukraine pour détruire les missiles balistiques russes, selon plusieurs sources auprès du média NBC News. Mais aussi plus de 100 missiles Hellfire, plus de 250 systèmes de missiles à guidage de précision (GMLRS), des dizaines de missiles sol-air Stinger, de missiles air-air AIM, des lance-grenades et des milliers de munitions pour obusier Howitzer hautement explosives de 155 mm.
Le ministère ukrainien de la Défense a indiqué ne pas avoir été « notifié officiellement » par Washington de cette décision. Il a donc appelé son allié américain à maintenir un soutien « constant » et à « clarifier » au plus vite sa position. Reste que, en réalité, elle n'est pas si surprenante.
Comme l'explique le média Politico, ces armes proviennent, d'une part, de la réduction des stocks américains actuels, le département de la Défense recevant en contrepartie des fonds pour reconstituer ces munitions au plus vite. Et, d'autre part, de l'Initiative d'assistance à la sécurité de l'Ukraine, dans le cadre de laquelle les États-Unis financent l'achat d'armes pour l'Ukraine auprès d'entreprises de défense américaines.
Leur envoi avait été décidé durant l'ère Joe Biden. Or, depuis l'investiture de Donald Trump à la fin janvier, son administration n'a annoncé aucune nouvelle politique de soutien militaire à Kiev. Et les contributions américaines en faveur de l'Ukraine ont même été quasi nulles depuis le début de cette année 2025.
Une position qui tranche avec celle de Joe Biden. Sous sa mandature, les États-Unis se sont affichés comme le premier soutien militaire à l'Ukraine, depuis le début de l'invasion russe en février 2022. Et le deuxième toutes aides confondues, derrière les 27 membres de l'Union européenne et les institutions européennes.
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Vent d'inquiétude
Ces armes, notamment les missiles de défense aérienne Patriot, s'avèrent cruciales pour l'Ukraine. Du côté des forces ukrainiennes, l'annonce américaine a été accueillie avec une certaine appréhension. Face à l'armée russe, mieux équipée et plus nombreuse, « nous aurons du mal sans les munitions américaines », a reconnu une source militaire.
Un avis partagé par Tom Karako, expert en défense antimissile au Centre d'études stratégiques et internationales (CSIS). « La défense aérienne ne vous fera pas gagner une guerre, mais son absence vous en fera perdre une rapidement », estime-t-il auprès de l'AFP.
Il y a, en revanche, un pays qui se réjouit de cette décision américaine : la Russie. Pour le Kremlin, cette situation rapproche Moscou et Kiev de la fin du conflit. « Moins il y a d'armes livrées à l'Ukraine, plus proche est la fin de l'opération militaire spéciale [nom officiel en Russie de l'invasion de l'Ukraine] », a affirmé le porte-parole de Vladimir Poutine, Dmitri Peskov.
Quant à la raison de cette décision, elle a été donnée par la Maison-Blanche. Elle « a été prise pour mettre les intérêts de l'Amérique en premier », s'est justifié la présidence américaine. Elle émane du chef de la politique du Pentagone, Elbridge Colby, après un examen des stocks américains de munitions qui aurait révélé un niveau jugé trop faible. Le départment de la Défene n'a toutefois pas répondu à la demande de commentaire de NBC News.
« Bien qu'il soit courant que les nouvelles administrations suspendent les transferts d'armes pour évaluer les stocks, le moment où cela se produit suscite des inquiétudes », a confié un responsable au média américain. La Russie a en effet intensifié ces derniers jours ses frappes sur l'Ukraine, en l'absence d'avancée diplomatique pour régler le conflit.
Cette décision apparaît en outre illégale, selon Politico. Car les armes destinées à l'Ukraine ont déjà été financées par le Congrès américain. « Si l'administration Trump autorise le gel ou le ralentissement des munitions déjà financées par le Congrès [...], elle risque de violer la loi sur le contrôle des saisies [...] car les désaccords politiques ne constituent pas un motif légal de blocage des fonds alloués », précise-t-il.