Au G20 Finances, le protectionnisme et la fiscalité des GAFA divisent

Protectionnisme, acier, fiscalité des géants du numérique : les sujets de discorde sont nombreux au sommet du G20 Finances. Cette rencontre internationale réunit les ministres des Finances des grandes puissances à Buenos Aires jusqu'à mardi soir.
Grégoire Normand

5 mn

Le sommet du G20 Finances promet de vifs échanges entre les représentants de la Chine et ceux des États-Unis.
Le sommet du G20 Finances promet de vifs échanges entre les représentants de la Chine et ceux des États-Unis. (Crédits : Reuters/Marcos Brindicci)

Les tensions sont palpables au sommet du G20 Finances en Argentine. Au programme de cet événement figurent l'acier, la fiscalité des géants du numérique, le financement des infrastructures, l'avenir du travail et les cryptomonnaies. Il devrait réunir notamment 22 ministres des Finances et 17 gouverneurs de banque centrale à Buenos Aires.

Cette rencontre intervient dans un contexte économique favorable. Selon les dernières prévisions de l'OCDE publiées le 14 mars dernier, l'économie mondiale devrait connaître une croissance de 3,9% en 2018 et 2019. Mais des risques relatifs aux secteurs financiers et à la montée du protectionnisme subsistent rappelle l'organisation internationale.

Lire aussi : Cryptomonnaies : "pas de risque financier"... pour le moment !

Le commerce au centre des débats

La décision du président américain Donald Trump de mettre en place des tarifs douaniers de 25% sur les importations d'acier et de 10% sur celles d'aluminium ont ravivé les débats sur la scène du commerce mondial. L'entrée en vigueur de ces droits de douane est prévue le 23 mars pour l'ensemble des pays, à l'exception du Canada et du Mexique, mais des exemptions pourraient avoir lieu dans les semaines à venir. Dans le viseur des Américains figure particulièrement la Chine qui est le principal producteur mondial d'acier avec plus de 831 millions de tonnes en 2017, devant l'Inde et le Japon avec plus de 100 millions de tonnes.

Lire aussi : Pour comprendre la crise des importations américaines d'acier et d'aluminium

L'Europe et la Chine n'ont pas attendu des mois pour mettre en garde la puissance américaine sur une possible riposte. Du côté de l'Union européenne, le commissaire à l'Économie et aux finances Pierre Moscovici a signalé qu'il voulait éviter une escalade, mais a tenu à rappeler que l'Union européenne était pourvue de tout un arsenal juridique.

"Toute guerre est mauvaise et une guerre commerciale est une guerre qui ne fait que des perdants", a dit M.Moscovici. "Donc, nous voulons encore éviter l'escalade. Mais qui veut préparer la paix prépare la guerre et en tout cas des ripostes."

Si les mesures américaines créent des excès d'importations d'acier en Europe, l'UE appliquera des mesures de sauvegarde pour les limiter, a poursuivi Pierre Moscovici.

"Troisièmement, nous nous réservons le droit d'aller porter des différends éventuels devant l'OMC (l'Organisation mondiale du commerce)", a-t-il ajouté.

De son côté, la Chine a également annoncé qu'elle allait prendre aussi des mesures nécessaires en cas de guerre commerciale avec Washington, a indiqué le ministre des Affaires étrangères Wang yi.

La Chine inquiète outre-Atlantique

Lors d'une allocution à l'institut de la finance le week-end dernier, le secrétaire-adjoint au Trésor américain David Malpass a indiqué qu'un contrôle accru de l'État sur l'économie chinoise associée à la présidence à vie de Xi Jinping représentait une "inquiétude pour le monde".

Le Parlement chinois a aboli il y a quelques jours la disposition constitutionnelle qui limitait la fonction présidentielle à deux mandats de cinq ans, ce qui permet, en théorie, au président Xi Jinping de rester chef de l'État à vie. "Voir une telle puissance s'éloigner de l'économie de marché n'a été bon ni pour nous, ni pour le monde et cela continuera à poser problème", a ajouté David Malpass.

--

david malpass

Le secrétaire adjoint au Trésor américain David Malpass. Crédits : Agustin Marcarian/Reuters.

--

Pas de consensus sur la fiscalité des GAFA

La fiscalité des géants du numérique apparaît également comme l'autre sujet de discorde de cette réunion internationale. Dans un rapport intermédiaire publié le 16 mars dernier à l'occasion du G20 Finances, l'OCDE indique qu'il n'existe pas de consensus ni sur les mesures à long terme ni sur celles à plus court terme sur la fiscalité des GAFA (Google, Amazon, Facebook, Amazon). Les divisions sont particulièrement marquées sur ce sujet entre les États-Unis et l'Union européenne.

Pour la première puissance économique mondiale, l'administration "s'oppose fermement à ce que les géants technologiques soient taxés différemment", a affirmé vendredi dernier le secrétaire au Trésor Steven Mnuchin dans un communiqué après la publication du rapport de l'OCDE.

"Les États-Unis sont fermement opposés à ce que les autres pays puissent cibler ces firmes technologiques. La plupart de ces société sont parmi les plus grandes contributrices en termes de créations d'emploi et de croissance aux États-unis. Imposer une nouvelle pression fiscale pourrait freiner la croissance et avoir un impact négatif sur les travailleurs et les consommateurs. "

L'ancien banquier de Goldman Sachs ajoute toutefois qu'il soutient un effort de "coopération internationale pour trouver une solution aux défis fiscaux que suscitent l'économie moderne"De son côté, la Commission européenne devrait proposer cette semaine de taxer les GAFA entre 1% et 5% de leur chiffre d'affaire selon des documents consultés par l'agence de presse Reuters. Face à toutes ces divisions, la directrice générale du Fonds monétaire international Christine Lagarde a appelé dans un récent post de blog les pays participant au sommet "à travailler ensemble".

Grégoire Normand

5 mn

Sujets les + lus

|

Sujets les + commentés

Commentaires 10
à écrit le 20/03/2018 à 20:38
Signaler
Vous avez sans doute remarquer que Trump s'attaque à des industries de la vieille économie américaine, c'est-à-dire dans les secteurs primaire et secondaire (acier, aluminium, charbon, etc.) et ''protège l'emploi'' dans des industries peu concurrenti...

à écrit le 20/03/2018 à 19:30
Signaler
Vous avez sans doute remarquer que Trump s'attaque à des industries de la vieille économie américaine, c'est-à-dire dans les secteurs primaire et secondaire (acier, aluminium, charbon, etc.) et ''protège l'emploi'' dans des industries peu concurrenti...

à écrit le 20/03/2018 à 18:50
Signaler
Qu'ils payent leurs impôts (comme les PME) ou alors qu'ils se cassent...Le reste n'est que magouille et "arrangements"..

à écrit le 20/03/2018 à 10:12
Signaler
GAFA : Google, Apple, Facebook, Amazon

à écrit le 19/03/2018 à 21:17
Signaler
Pour compléter mon commentaire précédent, il se trouve que Trump avait annoncé ses mesures dés le début. L'Europe a tapé en premier en s'attaquant au business des données en pleine croissance avec la future loi sur la protection des données qui cibl...

à écrit le 19/03/2018 à 20:56
Signaler
Moscovici doit faire peur après ce qu' il a fait avec les banques en tant que ministre des finances!!! et lagarde suppot des américains qui dit travailler ensemble... lolll pendant ma pme paie 20% du ca en charge et les gafa 0 .02 % . des comiques ...

le 19/03/2018 à 23:08
Signaler
"ma pme paie 20% du ca en charge et les gafa 0 .02 %" Il y a un an personne n'en parlait, maintenant c'est l'offensive médiatique sur ce sujet, reconnaissez-le. Il faut au moins reconnaitre à Bruno Le Maire le mérite de s'être attaqué au sujet qui e...

le 21/03/2018 à 8:46
Signaler
Je ne sais d'où sortent vos chiffres, mais il ressort des comptes annuels de Google ou de Total que le bénéfice net (après impôt) est de 12% du CA pour le premier et de 9% pour le second. Ce qui représente 90% de charge en moyenne.

à écrit le 19/03/2018 à 19:49
Signaler
Ils sont gentils les américains, il s'attaquent à l'acier allemand, à l'aluminium chinois mais il ne faut surtout pas toucher au GAFA. Sauf que cette fois les américains ont donné un prétexte idéal pour régler le problème GAFA, la prochaine fois Don...

à écrit le 19/03/2018 à 19:05
Signaler
"L'Europe et la Chine n'ont pas attendu des mois pour mettre en garde la puissance américaine sur une possible riposte." LOL "Washington ouvre le processus d'exemptions des taxes acier/aluminium" https://www.latribune.fr/economie/internationa...

Votre email ne sera pas affiché publiquement.
Tous les champs sont obligatoires.

-

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.