Au pays du pétrole roi, le fonds souverain saoudien FIP multiplie les obligations « vertes »... en toute transparence

Le Fonds d'investissement public (FIP) saoudien veut se financer sur les marchés internationaux de la dette pour intensifier ses investissements dans la transition écologique, notamment dans Neom, le projet de mégacité futuriste, cher au prince héritier, Mohammed ben Salmane. L'opération l'oblige à devoir être plus transparent auprès des investisseurs en donnant certaines indications sur la gestion du fonds en matière de rendement et d'investissement.
Robert Jules
Mohammed ben Salmane, prince héritier et depuis mardi Premier ministre de l'Arabie Saoudite. Il préside également le fonds souverain saoudien, le Fonds d'investissement public (FIP).
Mohammed ben Salmane, prince héritier et depuis mardi Premier ministre de l'Arabie Saoudite. Il préside également le fonds souverain saoudien, le Fonds d'investissement public (FIP). (Crédits : Reuters)

Ayant décidé pour la première fois d'émettre des obligations « vertes » sur les marchés obligataires internationaux, le Fonds d'investissement public (FIP) saoudien lève quelque peu le voile sur la gestion de ses plus de 600 milliards de dollars d'actifs, dans le prospectus présenté aux investisseurs internationaux, qu'a pu consulter l'agence Reuters.

On y apprend notamment que le FIP a affiché un rendement moyen annuel de 12% depuis 2017 (25% en 2021). A titre de comparaison, durant ces cinq années-là, l'indice MSCI Tadawul 30, qui réplique la performance des 30 plus importantes capitalisations des plus de 200 entreprises cotées à la Bourse de Riyad, a affiché une performance annuelle de 9,19% tandis que l'indice MSCI S&P 500 avait un rendement annuel de 11,21%. Les actifs gérés par le FIP sont concentrés à 69% dans des entreprises saoudiennes ou du Golfe Persique.

606 milliards de dollars d'actifs

La valeur totale des actifs du fonds s'élevait à la fin juin à 606 milliards de dollars, mais elle n'intégrait pas le récent transfert de 4% du capital de la compagnie pétrolière royale Aramco. Les actions des entreprises publiques représentaient 44% des actifs, celles des entreprises privées 21% et l'investissement dans l'immobilier et les infrastructures représentait 13%. Les autorités saoudiennes ambitionnent d'atteindre 1.000 milliards de dollars d'actifs d'ici 2025.  Le prospectus précise que la dette brute était de 21 milliards de dollars, et que la trésorerie s'affichait à 45 milliards de dollars.

Créé sous forme de holding en 1971, le PIF affichait une performance annuelle de 3% avant d'être transformé en 2017 lorsque Mohammed ben Salame en est devenu président. Le prince héritier, qui a été nommé mardi également Premier ministre du royaume, compte sur un tel outil pour conduire son programme de transformation nationale, en visant notamment à moins dépendre de la rente pétrolière. Au cours des dernières années, le FIP est devenu l'un des premiers investisseurs publics au monde. Son plus important placement, de l'ordre de 45 milliards de dollars, a été fait dans le Vision Fund du japonais SoftBank qui investit essentiellement dans des entreprises technologiques. Le FIP a également pris des participations dans Uber ou encore Lucid Motors, entreprise spécialisée dans la production de véhicules électriques.

2 milliards de dollars investis en juin en Russie

Le fonds est ainsi devenu le plus grand acteur de l'économie saoudienne, revendiquant la création de dizaines de nouvelles entreprises et de quelque 500.000 emplois. Lui-même emploie 1.750 personnes dont 29% de femmes, précise-t-il.

Dans son prospectus, le PIF indique aussi avoir signé des accords avec le fonds souverain russe, le Russian Direct Investment Fund (RDIF), pour investir jusqu'à 10 milliards de dollars dans des projets communs, dont 2 milliards de dollars ont déjà été débloqués en juin pour la réalisation notamment de projets d'infrastructures et de logistique.

Le fonds saoudien précise d'ailleurs que les fonds levés dans le cadre de son émission d'obligations vertes ne seront pas utilisés pour investir dans le fonds souverain russe, en raison des sanctions internationales imposées à la Russie et au RDIF. Le PIF a déjà dû essuyer des pertes sur ses investissements en Russie, en raison de ces sanctions.

Au contraire, ces émissions visent plutôt les investisseurs internationaux. Plusieurs banques occidentales, Citigroup, JP Morgan Chase, BNP Paribas, Deutsche Bank et Goldman Sachs, ont été mandatés pour placer ces obligations « vertes ». Les sommes levées, dont le montant n'a pas été spécifié mais qui devrait se chiffrer en milliards de dollars, seront investies dans le développement des énergies renouvelables et d'autres projets s'inscrivant dans le cadre de la transition écologique.

Le FIP veut en effet financer des projets respectueux de l'environnement. Il compte consacrer plus de 10 milliards de dollars d'ici 2026 dans des projets développant les énergies renouvelables, le transport décarboné et une gestion durable de la fourniture d'eau. Quelque 4,4 milliards de dollars seront par ailleurs consacrés à Neom, le projet pharaonique et écologique lancé par Mohammed ben Salmane de mégacité futuriste qui doit sortir des sables saoudiens, d'ici 2045. Cette mégaville pourra accueillir plus de 9 millions de personnes, notamment dans un gratte-ciel d'une longueur de 120 km et d'une hauteur de près de 500 mètres. En juillet, le prince héritier précisait que le coût de la première phase de développement de ce projet s'élèverait à 320 milliards de dollars et qu'il envisageait de l'introduire en Bourse en 2024.

Un PIB en croissance de 7,5% en 2022

Ces projets de Mohammed ben Salmane bénéficient aussi de la bonne conjoncture économique du royaume, grâce notamment aux revenus du pétrole. Dans une note d'analyse publiée à la mi-septembre, S&P Global Ratings indiquait : « Nous nous attendons à ce que le PIB progresse de 7,5 % cette année et que le gouvernement enregistre un excédent budgétaire de 6,3 %. Les réformes macroéconomiques en cours devraient contribuer à stimuler la capacité de production de l'économie et soutenir la croissance à long terme ainsi que la trajectoire budgétaire ».

Avec cette dynamique économique et en faisant preuve de transparence dans la gestion du FIP, le prince héritier compte ainsi revenir sur le devant de la scène internationale, après les années de mise en quarantaine que lui avait valu l'assassinat du journaliste Jamal Khashoggi en 2018, au moins auprès... des investisseurs.

Robert Jules

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