Bangladesh : le nouveau gouvernement fixe comme priorité la protection de l'industrie textile
latribune.fr
Muhammad Yunus, le nouvel homme fort du Bangladesh, ne tolérera « aucune tentative visant à perturber la chaîne mondiale d'approvisionnement en vêtements ».
Soutenir les réfugiés rohingyas et défendre le secteur-clé du textile : dix jours après son entrée en fonctions à la tête du gouvernement par intérim du Bangladesh avec le titre de « conseiller en chef », Muhammad Yunus a fixé dimanche deux grandes priorités dans son premier discours majeur.
C'était une intervention très suivie par la communauté internationale après sa nomination il y a dix jours à la tête du gouvernement à la suite du départ de la Première ministre Sheikh Hasina. Muhammad Yunus a fixé dimanche deux grandes priorités dans son premier discours majeur prononcé devant une assemblée de diplomates et de représentants de l'ONU : défendre le secteur-clé du textile et soutenir les réfugiés rohingyas.
«Nous ne tolérerons aucune tentative visant à perturber la chaîne mondiale d'approvisionnement en vêtements, dans laquelle nous sommes un acteur-clé», a déclaré le chef gouvernement.
Le pays aux 171 millions d'habitants a bâti une grande partie de sa richesse sur le développement de l'industrie manufacturière de textile, au point de peser dans près de 10% des échanges mondiaux du secteur. Avec ses 3.500 usines, ce secteur crucial pèse 85% des exportations bangladaises, qui s'élèvent au total à 55 milliards de dollars par an.
L'Inde, le Laos, la Chine ou le Vietnam espèrent pouvoir tirer profit de la crise
Si l'impact définitif de la crise politique sur le marché du textile n'est pas encore connu, certains pays concurrents du Bangladesh tentent d'ores et déjà d'en tirer profit. En Inde, on ne compte plus les articles de journaux et de blogs qui évoquent la crise comme une opportunité, certains experts indiens du secteur n'hésitant pas à chiffrer à plusieurs milliards de dollars les dommages pour le secteur bangladais. Selon le groupe d'analystes financiers indien CareEdge, les troubles au Bangladesh pourraient « créer des opportunités d'exportation d'une valeur de 200 à 250 millions de dollars par mois » pour l'Inde. Mais avec leur main-d'œuvre moins onéreuse, le Laos et le Vietnam devraient être davantage plébiscités par les clients occidentaux.
Selon un expert interrogé par La Tribune, la crise au Bangladesh pourrait aussi bénéficier à Pékin, en raison de la stabilité du pouvoir chinois. À plus long terme, cependant, le créneau bas de gamme, choisi par le Bangladesh pour développer son industrie, pourrait lui permettre de dépasser la Chine en milliards de dollars d'exportation. En moyenne, un kilo de vêtement importé du Bangladesh dans l'Union européenne ne coûte que 15,85 euros. Et pour cause, il bénéficie d'un avantage comparatif de taille : sa main-d'œuvre peu onéreuse.
Le prix Nobel de la Paix 2006 veut «soutenir le million de Rohingyas qui sont réfugiés au Bangladesh»
Autre élément clé de son discours : Muhammad Yunus a affirmé vouloir « soutenir le million de Rohingyas qui sont réfugiés au Bangladesh ». La plupart d'entre eux ont fui la Birmanie voisine en 2017 pour échapper aux persécutions de l'armée birmane, qui font aujourd'hui l'objet d'une enquête pour génocide menée par les Nations unies.
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«Nous avons besoin des efforts soutenus de la communauté internationale pour les opérations humanitaires en faveur des Rohingyas et pour leur éventuel retour dans leur pays, la Birmanie, dans la sécurité, la dignité et la pleine garantie de leurs droits», a assuré le chef du gouvernement.
«Le pire massacre de civils depuis l'indépendance du pays»
Sa prédécesseure, Sheikh Hasina, 76 ans, s'est enfuie en hélicoptère vers l'Inde le 5 août alors que les rues de Dacca, la capitale, étaient envahies par les manifestants réclamant son départ au bout de plusieurs semaines de manifestations. « Des centaines de milliers de nos vaillants étudiants et citoyens se sont soulevés contre la dictature brutale de Sheikh Hasina », a lancé le nouvel homme fort du Bangladesh lors de cette prise de parole, laissant transparaître son émotion à plusieurs reprises.
«Elle a fui le pays, mais seulement après que les forces de sécurité et la branche étudiante de son parti ont commis le pire massacre de civils depuis l'indépendance du pays», a-t-il ajouté. « Des centaines de personnes ont été tuées, des milliers ont été blessées».
Les manifestations, qui ont lieu de juillet à début août, et leur répression ont fait plus de 450 morts, dont 42 policiers, selon un décompte de l'AFP effectué d'après des sources hospitalières et policières. Une équipe de l'ONU est attendue au Bangladesh la semaine prochaine pour enquêter sur les exactions commises pendant la révolution étudiante. « Nous voulons une enquête impartiale et internationalement crédible sur le massacre », a demandé dimanche Muhammad Yunus se disant prêt à fournir « tout le soutien dont les enquêteurs de l'ONU ont besoin ».
Celui qui a pris le titre de « conseiller en chef » dans le gouvernement intérimaire, composé de civils à l'exception d'un général de brigade à la retraite, a réitéré sa volonté d'organiser des élections « dès que nous aurons mené à bien les réformes indispensables au niveau de la commission électorale, de la justice, de l'administration de la police, et des médias ». « La dictature de Sheikh Hasina a détruit toutes les institutions du pays », a-t-il estimé en assurant que son administration fera « des efforts sincères pour promouvoir la réconciliation nationale ».