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ÉconomieInternational

Biélorussie, une dictature ordinaire aux portes de l'Europe

latribune.fr

Publié le 14 août 2020 à 08:18 - Mis à jour le 14 août 2020 à 14:52

Le pouvoir bielorusse libère des manifestants, l'UE envisage des sanctions...

Le pouvoir bielorusse libère des manifestants, l'UE envisage des sanctions...

ANDREI STASEVICH/BELTA

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REPLAY. Le président sortant de Biélorussie, Alexandre Loukachenko, a été reconduit pour un sixième mandat, a annoncé lundi la commission électorale au lendemain d'un scrutin dénoncé comme frauduleux par l'opposition lors de manifestations réprimées par les forces de l'ordre. Surnommée la "dernière dictature d'Europe", la Biélorussie se déchire entre soumission à un pouvoir autocratique et résistance périlleuse. Y aura-t-il un "printemps biélorusse" ?

Le temps semble figé en Biélorussie, pays oublié où règne sans partage Alexandre Loukachenko, ancien chef de kolkhoze à la tête de l'État depuis 1994. Là-bas, le KGB s'appelle toujours KGB, les rues portent les noms de Marx et Engels, et la statue de Lénine domine la place centrale de Minsk, comme si l'homme imprimait toujours sa marque au destin du pays.

Parades patriotiques et militaires rythment les saisons biélorusses, orchestrées par le président omnipotent, intarissable défenseur de la fibre nationale et dénonçant sans fin l'idée d'un complot occidental pour conserver son pouvoir. Disparitions, assassinats politiques et vagues de répression s'abattent sur ceux qui osent douter, résister, contredire la voix du maître. Car le pays est déchiré entre deux visions : l'une, attachée à Moscou et effrayée par la porosité de la crise ukrainienne frontalière, qui accepte la domination d'un pouvoir autoritaire, et l'autre résistante, qui s'emploie à aider les victimes de la répression et lutte pour la mémoire de ceux que le régime a fait disparaître.

Y aura-t-il un "printemps biélorusse" ? La documentariste Manon Loizeau promène sa caméra dans un pays clivé, encombrant voisin de l'Europe qui sait tirer son parti des guerres d'influences entre Bruxelles et Moscou.

Réalisation : Manon Loizeau - 2015

Un "printemps biélorusse" ?

Le président sortant de Biélorussie, Alexandre Loukachenko, a été reconduit pour un sixième mandat, a annoncé lundi la commission électorale au lendemain d'un scrutin dénoncé comme frauduleux par l'opposition lors de manifestations réprimées par les forces de l'ordre.

La Commission électorale centrale a annoncé lundi que, selon des résultats préliminaires, le président sortant avait recueilli 80% des suffrages lors de la présidentielle de dimanche, contre 9,9% des voix pour sa principale opposante, Svetlana Tikhanouskaïa. Cette dernière, une ex-professeure d'anglais sortie de l'ombre après l'arrestation au mois de mai de son mari, le blogueur Sergueï Tikhanouski, qui briguait la présidence, a annoncé lundi qu'elle ne reconnaissait pas ces résultats officiels.

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Elle a déclaré à la presse à Minsk qu'elle considérait avoir remporté elle-même cette élection, à ses yeux entachée de fraudes massives, et son équipe a demandé un nouveau décompte des bulletins dans les bureaux de vote où des problèmes ont été identifiés.

Son équipe a également indiqué que l'opposition souhaitait discuter avec les autorités de l'organisation d'une transition politique pacifique.

Un retour au calme

De son côté, Alexandre Loukachenko a déclaré lundi qu'il ne permettrait pas que "le pays soit déchiré" par l'instabilité, selon des propos rapportés par l'agence de presse Belta. Aucun scrutin organisé en Biélorussie depuis 1995 n'a été considéré comme libre et équitable par des observateurs étrangers. La commission électorale interdit à l'opposition de procéder à son propre décompte des voix et la dernière campagne présidentielle a été marquée par l'ouverture d'enquêtes criminelles à l'encontre de plusieurs candidats d'opposition, dont certains ont été incarcérés.

Alexandre Loukachenko, âgé de 65 ans, mène le pays d'une main de fer depuis 1994 mais s'est trouvé confronté ces derniers mois à une vague de contestation de sa gestion de l'épidémie de COVID-19, des atteintes régulières aux droits de l'homme de la part des autorités et de la situation économique dégradée du pays.

Après un regain de mobilisation dans le sillage de la publication de sondages réalisés à la sortie des urnes lui président une victoire écrasante, le calme était revenu lundi matin dans les rues de Minsk et d'autres grandes villes.

Des milliers de personnes étaient descendues dans les rues de la capitale dimanche soir pour afficher leur solidarité avec l'opposition et dénoncer un scrutin sans légitimité.

Certains manifestants ont érigé des barricades et la police a utilisé des canons à eau, des gaz lacrymogènes et des grenades assourdissantes pour les disperser.

Selon l'association de défense des droits de l'homme Spring 96, au moins une personne est morte après avoir été percutée par un fourgon de police lors des heurts de dimanche soir à Minsk, dans un accident qui a également fait une dizaine de blessés.

L'UE condamne les violences sur l'opposition

Les autorités biélorusses ont précisé que les affrontements de la soirée n'avaient fait aucun mort et fait état de dix policiers blessés.

Une répression musclée des manifestations pourrait nuire aux tentatives d'Alexandre Loukachenko d'améliorer ses relations avec l'Occident alors qu'une rupture est survenue avec la Russie, traditionnelle alliée de la Biélorussie, qui a tenté de la pousser à renforcer leur union économique et politique.

De fait, l'Union européenne a condamné lundi les violences de la soirée.

L'élection présidentielle de dimanche a été entachée "d'une violence d'Etat disproportionnée et inacceptable contre des manifestants pacifiques", ont déploré le Haut représentant de l'Union pour les affaires étrangères, Josep Borrell, et le Commissaire à l'Elargissement, Oliver Varhelyi, dans un communiqué commun en appelant à la libération de toutes les personnes interpellées dans la nuit.

Les meetings de campagne de Svetlana Tikhanouskaïa ont rassemblé des foules sans précédent depuis la chute de l'Union soviétique en 1991.

D'après des associations de défense des droits de l'homme, quelque 1.300 personnes ont été arrêtées avant l'élection sur fond de durcissement de l'attitude des autorités, parmi lesquelles des observateurs électoraux indépendants et des membres de l'équipe de campagne de Tikhanouskaïa.

Au moins neuf des 27 pays de l'Union européenne et la Commission ont appelé à l'adoption de sanctions contre la Biélorussie après l'élection présidentielle contestée du 9 août et la répression des manifestations des derniers jours, avant une réunion des ministres des Affaires étrangères de l'UE vendredi.

Toute décision sur l'instauration de sanctions nécessite l'unanimité. La réunion de vendredi après-midi sera l'occasion de débattre de cette possibilité mais il faudra attendre plusieurs jours avant d'éventuelles décisions.

La Pologne, la République tchèque, l'Estonie, la Lettonie, la Lituanie et le Danemark ont appelé dans une lettre commune à l'adoption de "mesures restrictives contre les dirigeants" responsables de la tenue du scrutin présidentiel biélorusse et de la répression des manifestations.

"Nous devons aboutir à un équilibre prudent entre la pression contre et l'engagement avec le président biélorusse Loukachenko. Nous croyons que l'UE doit assumer dès que possible un rôle de médiateur", ajoute la lettre ouverte.

L'Allemagne, l'Autriche et la Suède s'étaient déjà prononcées en faveur de sanctions. Le ministre autrichien des Affaires étrangères, Alexander Schallenberg, a toutefois prévenu qu'il était peu probable que des sanctions soient décidées dès ce vendredi.

De sources diplomatiques, on explique que la Hongrie est l'Etat membre le plus sceptique. Budapest avait déjà appelé l'UE à lever des sanctions contre Minsk.

La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a réclamé pour sa part des sanctions, expliquant sur Twitter que "nous avons besoin de mesures supplémentaires contre ceux qui ont violé les valeurs démocratiques ou commis des abus contre les droits de l'homme en Biélorussie".

"Je suis persuadée que la discussion d'aujourd'hui entre les ministres des Affaires étrangères de l'UE démontrera un soutien fort pour les droits du peuple de Biélorussie, les libertés fondamentales et la démocratie", a-t-elle ajouté.

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Les premières sanctions de l'UE contre la Biélorussie remontent à 2004. Elles ont été renforcées en 2011, une décision que l'Union avait justifiée par des violations des droits humains et des règles démocratiques, parmi lesquelles la fraude électorale. Une part importante de ces sanctions ont été levées en 2016 après la libération de prisonniers politiques par le régime Loukachenko. Restent en vigueur, entre autres, un embargo sur les armes et des sanctions visant quatre personnes liées à la disparition de deux responsables d'opposition, d'un homme d'affaires et d'un journaliste.

Alexandre Loukachenko, qui nie tout fraude électorale, a ordonné la libération vendredi des manifestants arrêtés ces derniers jours. Jeudi, son gouvernement a présenté des excuses publiques.

latribune.fr

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