Brésil : le président Temer va-t-il être traduit en justice ?

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Le président brésilien, au cœur d'un scandale politique a été inculpé pour corruption par la plus haute juridiction du pays. Cette décision doit toutefois encore être votée par les deux tiers des députés pour être appliquée, ce qui semble difficile.
Le président brésilien, au cœur d'un scandale politique a été inculpé pour corruption par la plus haute juridiction du pays. Cette décision doit toutefois encore être votée par les deux tiers des députés pour être appliquée, ce qui semble difficile. (Crédits : Reuters Ueslei Marcelino)
Le procureur général du Brésil a annoncé ce lundi qu'il souhaitait mettre en examen Michel Temer, le président du pays. Cette demande motivée par des accusations de corruption et de nouvelles preuves révélées récemment doit toutefois être validée par le Parlement.

Moins d'un an après la destitution de de Dilma Rousseff à laquelle il a succédé, Michel Temer est à son tour au cœur d'une procédure judiciaire. Pour la première fois, un chef d'Etat brésilien en fonction a été dénoncé pour un crime de droit commun, à savoir de la corruption passive.

La classe politique brésilienne est une nouvelle fois secouée par le scandale après que l'actuel président du pays, Michel Temer a été mis en accusation devant la Cour suprême pour plusieurs chefs d'inculpation. Le procureur général Rodrigo Janot a expliqué poursuivre le chef de l'Etat pour "corruption passive", "obstruction à la justice" et "participation à une organisation criminelle", des accusations qui avaient poussé à l'ouverture d'une enquête en mai dernier.

Selon le document présenté à la Cour suprême basé sur plusieurs témoignages, le président aurait reçu environ 4 millions d'euros de pots-de-vin pour résoudre discrètement certains litiges fiscaux du groupe alimentaire JBS. Les accusations vont plus loin puisque des cadres de l'entreprise affirment que Michel Temer a organisé la réception de plusieurs millions d'euros via certains de ses proches sur une période de neuf mois.

Une procédure pas certaine d'aboutir

Si le procureur Rodrigo Janot a annoncé ce lundi qu'il avait en sa possession suffisamment de preuves pour mettre en accusation Michel Temer, cela ne signifie pas que le président va forcément être amené devant la justice. En effet, cette procédure doit être présentée devant la Chambre des députés qui se prononcera en faveur de la poursuite ou non de l'affaire devant la plus haute juridiction du pays.

Pour permettre la mise en examen de l'actuel président, il faut que deux tiers des 513 députés qui composent la Chambre se prononcent en faveur de la poursuite de la procédure. Selon le site d'informations Congresso em Foco spécialisé dans l'actualité parlementaire repris par Le Monde, Michel Temer possède à ce jour une base de fidèles solide au sein de la chambre basse. Entre 240 et 250 députés seraient prêts à bloquer la demande formulée par le procureur et donc la procédure qui vise Michel Temer, soit beaucoup plus que les 172 voix nécessaires.

Toutefois, les récentes révélations viennent mettre à mal l'assise que Michel Temer possède dans le paysage politique brésilien. Nombreux sont les députés qui commencent à expliquer que leur soutien au président est de plus en plus difficile à justifier tout en soutenant qu'ils voteront contre la mise en examen.

Des politiques qui inspirent la défiance

Ces doutes qui émergent parmi les fidèles de Michel Temer sont présents depuis très longtemps dans la population brésilienne. Selon un sondage publié samedi par Datafolha, seulement 7% de la population approuve le président et son gouvernement alors que 76% des brésiliens aimeraient voir leur président démissionner.

Il faut dire que cet épisode n'est qu'un nouveau rebondissement dans la longue liste des scandales qui viennent émailler la vie politique brésilienne ces derniers mois. La destitution de Dilma Rousseff et les différentes inculpations auxquelles l'ancien président Lula da Silva doit répondre ont également participé à ce climat de défiance.

Après le début d'une grande opération anti-corruption il y'a trois ans appelée "Lava Jato" (lavage express), nombreux sont les membres du système politique et du milieu des affaires à être poursuivi par la justice. Aujourd'hui, comme le rapporte Reuters, plus d'un tiers des membres du gouvernement de Michel Temer ainsi que plusieurs dizaines de députés font l'objet d'une enquête ou sont poursuivis en justice.

(Avec Reuters)

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Commentaires
a écrit le 28/06/2017 à 9:29 :
Quand même... les politiciens qui hurlaient à la corruption étaient eux aussi tout autant corrompus, espérons que Termer dégage du pouvoir d'une façon ou d'une autre pour l'instant il ressemble surtout à un petit dictateur et dans la région ils en ont soupé des dictateurs à la noix.

En tout cas cette réalité permet de nous faire apprécier particulièrement cet article du diplo qui semble tomber de plus en plus juste, c'est l'avantage d'articles objectifs, en général la vérité fini par arriver vers eux: "Mouvement anticorruption ou coup d’Etat déguisé ?: Printemps trompeur au Brésil" http://www.monde-diplomatique.fr/2016/05/DELCOURT/55435 (article gratuit)

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