Chaque jour, le secteur des énergies fossiles reçoit plus de 1,7 milliard de dollars de subventions

Au moins 1.800 milliards de dollars de fonds publics seraient fléchés au niveau planétaire vers des activités qui participent à la destruction des écosystèmes. Au-delà de l'effet dévastateur immédiat, ces enveloppes de subventions bloquent la transition de certains secteurs vers une économie décarbonée. Les auteurs de l'étude appellent les pouvoirs publics et institutions internationales à réorienter ces fonds ou à les supprimer.

5 mn

(Crédits : Reuters)

La protection des écosystèmes passera-t-elle également par une réorientation des subventions publiques ? Ces derniers mois, les rapports s'accumulent mettant en lumière l'implication des financements publics dans des activités néfastes à la planète. Mi-février, la Cour des comptes européenne exhortait les 27 Etats membres à réduire les subventions aux énergies fossiles, constatant que ces aides ne diminuent pas au fil des années. L'institution regrettait que dans de nombreux pays dont la France, ces subsides se révèlent même plus avantageuses pour les énergies fossiles que pour les renouvelables.

640 milliards de dollars fléchés vers les énergies fossiles

Une nouvelle étude publiée ce 17 février révèle l'ampleur, au niveau mondial, de l'impact des subventions publiques dont l'application est contraire à la sauvegarde de l'environnement. Ce travail estime qu"au moins 1.800 milliards de dollars" de subventions publiques - 2% du PIB mondial - sont à l'origine chaque année de destructions d'écosystèmes et extinctions d'espèces, relèvent les chercheurs Doug Koplow et Ronald Steenblik, dans l'étude "protéger la nature en réformant les subventions préjudiciables à l'environnement : le rôle des entreprises"

"Les secteurs des énergies fossiles, de l'agriculture et de l'eau reçoivent plus de 80% de toutes les subventions néfastes pour l'environnement", est-il indiqué dans un communiqué.

L'étude chiffre à 640 milliards de dollars par an les sommes reçues par le secteur des énergies fossiles qui contribuent notamment à la pollution de l'eau et de l'air ou à des affaissements de terrain. Adoptant une autre méthode de calcul, le chiffre du FMI, publié en novembre 2021, était encore plus impressionnant : le fonds monétaire international estimait à presque 6.000 milliards de dollars de subventions accordées à la production et la combustion de charbon, de pétrole et de gaz en 2020 dans le monde.

A LIRE AUSSI | Les combustibles fossiles reçoivent 11 millions de dollars de subventions par minute, alerte le FMI

Les auteurs de l'étude précisent : "ces chiffres [de l'étude] sont probablement une sous-estimation puisque les données dans de nombreux pays sont pauvres ou manquantes. De nombreuses subventions nuisibles à l'environnement sont aujourd'hui profondément ancrées dans des industries, à tel point que les tentatives pour les définir, les mesurer et les suivre sont difficiles. Cela est dû non seulement au pouvoir des intérêts acquis, mais aussi au fait que les gouvernements et les bénéficiaires ne sont pas conscients de toute l'ampleur des subventions et de leurs impacts."

Selon l'étude du jour, l'agriculture est quant à elle concernée à hauteur de 520 milliards de dollars, et se trouve liée à des problèmes d'érosion des sols, de pollution de l'eau ou de déforestation. 155 milliards par an encouragent des gestions forestières non durables, selon les auteurs, favorisant notamment la déforestation. Concernant le secteur du transport, les auteurs estiment les subventions contraires à la protection de l'environnement à environ 85 milliards de dollars, et 90 milliards pour le secteur de la construction.

Des freins pour la transition vers une économie décarbonée

Parmi les mécanismes néfastes, les auteurs estiment que les subventions gèlent les modèles d'investissement vers une économie décarbonée, favorisent les retours sur investissement à court terme, ralentissent la sortie des marchés des activités commerciales ou des unités de production émettrice de CO2 et bloquent l'entrée de nouvelles solutions moins polluantes.

Mais l'étude montre aussi qu'un meilleur ciblage des subventions pourrait contribuer à mettre un terme et même à inverser ces pertes naturelles d'ici 2030 tout en bénéficiant aux entreprises alors que "plus de la moitié du PIB mondial (...) dépend de la nature" à des degrés divers.

Toutefois, la bascule doit se faire progressivement et en prenant comptes des éléments sociétaux et systémiques. "Toute réforme des subventions doit prendre en compte les impacts sociaux et environnementaux, pour éviter d'affecter les ménages les plus modestes et les communautés les plus vulnérables autour du monde", selon la "B Team" et "Business for Nature", deux organisations qui relaient cette étude.

Les résultats de cette étude sont publiés par la "B Team", une organisation co-fondée par le PDG du groupe Virgin, Richard Branson, et réunissant dirigeants d'entreprises et de fondations internationales ainsi que par "Business for Nature", une coalition mondiale d'entreprises et d'ONG.

Cet appel a lieu à quelques semaines d'un prochain volet de la COP15, la convention de l'ONU sur la biodiversité, qui devait avoir lieu en janvier à Genève mais a été repoussée à cause du variant Omicron et doit se tenir désormais du 13 au 29 mars.

A LIRE AUSSI | "Don't Look Up" sur Netflix : une satire peut-elle conduire à une prise de conscience sur le dérèglement climatique ?

(avec AFP)

5 mn