La minorité arabe d’Israël condamne les attaques terroristes et les opérations de Tsahal mais préfère souvent garder le silence par peur des représailles.AMIR BADRAN NE DÉCOLÈRE PAS.
Escorté cette semaine par une vingtaine de volontaires pour coller des affiches appelant à l'arrêt de la violence et du racisme, sur la rue principale de Jaffa, cet avocat a dû renoncer à devenir le premier candidat arabe à briguer la mairie de Tel-Aviv. Initialement prévues à la fin du mois, les élections municipales ont été reportées à fin janvier. Dans ce quartier du sud de Tel-Aviv peuplé à 26 % de résidents arabes, Amir Badran enrage de ne pouvoir exprimer sa douleur. Au lendemain du 7 octobre, l'homme a pourtant lancé une initiative de « garde civile » pour éviter un soulèvement ou des affrontements de sa communauté avec leurs concitoyens juifs, comme ceux de mai 2021, lors du dernier conflit militaire entre l'État hébreu et le Hamas.
« Si des Arabes d'Israël, ou des Palestiniens d'Israël, comme on s'appelle aussi, manifestaient contre l'opération menée par le gouvernement israélien à Gaza, confie Amir Badran, ils se feraient arrêter. » L'avocat condamne « sans ambiguïté » le massacre des civils en Israël, mais aussi « la politique de vengeance » menée par le gouvernement israélien à Gaza. « Près de 200 000 Gazaouis sont originaires de Jaffa. La situation est difficile à vivre pour nous qui nous retrouvons des deux côtés du conflit. Les Arabes israéliens craignent de s'exprimer de peur d'être désignés comme traîtres ou fauteurs de troubles. »
Amir Badran n'est pas le seul à évoquer le malaise vécu par la minorité arabe. Pour la plupart musulmans, les Arabes d'Israël descendent des Palestiniens expulsés ou qui ont dû fuir leur maison à la création de l'État d'Israël en 1948. Par souci de sécurité et d'éthique, ils sont exemptés du service militaire obligatoire, à l'exception des Druzes. Aujourd'hui, beaucoup se retranchent dans le silence. Même si selon l'un des rares sondages, effectué par le chercheur Nimrod Nir de l'université hébraïque de Jérusalem les 11 et 12 octobre, 80 % des Arabes d'Israël disent réprouver l'assaut surprise du Hamas et 85 % l'enlèvement de civils. 66 % estiment aussi que l'État d'Israël a le droit de se défendre.
Nathalie Hamou, à Tel-Aviv