Coton : les inondations au Pakistan et la sécheresse aux Etats-Unis font monter les cours

Les cours de la fibre naturelle ont progressé de 30% depuis la mi-juillet. La chute de la production de coton aux Etats-Unis à cause de la sécheresse et au Pakistan en raison des inondations constituent un facteur de soutien des prix.
Robert Jules
Un plan de cotonnier endommagé durant la saison de la mousson, à Masu Bhurgri, village proche de Hyderabad, au Pakistan.
Un plan de cotonnier endommagé durant la saison de la mousson, à Masu Bhurgri, village proche de Hyderabad, au Pakistan. (Crédits : Reuters)

Si la production agricole est par définition soumise aux aléas climatiques, le dérèglement en cours en accentue les conséquences pour les cultures. A l'exemple de celle du coton. Au Pakistan, 45% des surfaces cotonnières ont déjà été détruites par les inondations causées par les pluies exceptionnelles durant la mousson. La situation vire à la tragédie.

Le phénomène a non seulement détruit des routes et des infrastructures et ravagé les cultures mais il a déjà causé la mort de plus de 1.000 personnes et plus de 33 millions de personnes, soit près de 15% de la population, se retrouvent sans abri. Les pertes pour l'économie du pays s'élèvent à « plus de 10 milliards de dollars », selon la première estimation fournie cette semaine par le ministre de la Planification. Ahsan Iqbal évalue au moins à cinq ans la durée de reconstruction du pays qui, à brève échéance, est menacé d'une grave pénurie alimentaire.

38% de la main d'œuvre employée dans le textile

Quant au coton, sa culture est vitale pour le pays. Non seulement le Pakistan est le cinquième producteur mondial. Mais aussi le cinquième importateur mondial pour alimenter son importante industrie textile qui emploie à elle seule 38% de la main d'œuvre dans le secteur manufacturier.

Cette amputation de la récolte va peser sur un marché du coton mondial qui digère les conséquences de l'extrême sécheresse - un autre aléa climatique - aux Etats-Unis, premier exportateur mondial de la fibre blanche avec une part de 40% des ventes internationales. Dans la région du sud-ouest du pays, quelque 15 millions d'hectares des surfaces qui avaient été semées, soit 40%, vont être abandonnées, notamment au Texas qui concentre plus de la moitié de la production cotonnière.

« Les exportations de coton des Etats-Unis sur la campagne 2022/2023 sont prévues de chuter de plus de 2,5 millions de balles (1 balle= 217,78 kg) en raison d'une baisse significative de l'offre à l'export. L'estimation de production sur la campagne 2022/2023 est prévue de passer de 12,6 millions de balles à 5 millions », souligne le dernier rapport mensuel sur le coton du département de l'Agriculture américain (USDA).

Le prix a bondi de 13% la semaine dernière

Conséquence, les cours de la fibre blanche sur le Nymex, le marché à terme de New York, sont repartis à la hausse. Sur le contrat de décembre, celui qui génère le plus de volume d'échanges, ils ont progressé de 13% la semaine dernière. Comme d'autres matières premières, le coton a connu des cours très volatils. Entre le début de l'année et son point haut atteint début mai, où il a dépassé 1,5 dollar la livre (453,5 grammes), son prix a progressé de 35%.

Une hausse soutenue par des achats spéculatifs mais aussi par l'augmentation du prix du baril de pétrole. Les difficultés du coton profite, en tant que produit de substitution, à l'envolée des fibres synthétiques fabriquées à base de pétrole comme le polyester et le nylon. C'est d'ailleurs la baisse de l'or noir à partir de juin, qui a fait chuter le coton jusqu'à toucher son point bas de l'année, à la mi-juillet. Depuis, les cours sont repartis à la hausse, progressant de 30%, pour finir jeudi soir à 1,183 dollar la livre.

« Notre marché souffre lui aussi de la situation actuelle : la récession tant annoncée est à notre porte avec son corollaire : une baisse de la consommation quand de son côté le prix du marché ne cesse d'augmenter pour retrouver les cimes. Quand bien même une forte contraction de la demande se matérialise, elle s'accompagne d'une forte diminution de l'offre disponible », commentent les experts de Mambo, spécialisé dans le négoce du coton.

Cette montée des incertitudes devrait être un facteur de soutien des cours. « Globalement, nous nous attendons à une persistance de la volatilité et potentiellement à des prix élevés durant toute la saison 2022/2023 », préviennent de leur côté les experts de l'ICAC (Comité consultatif international du coton) dans leur dernier rapport publié cette semaine.

Baisse des stocks

D'ores et déjà, l'USDA, qui n'intègre pas encore les dégâts causés au Pakistan, a révisé à la baisse de 3,1 millions de balles la production mondiale pour la campagne 2022-2023, en raison du déclin de la récolte aux Etats-Unis. Elle est désormais estimée à 117 millions de balles contre 120 millions sur la campagne 2021/2022.

Parallèlement, la demande mondiale est projetée à 119 millions de balles contre 120 millions de balles sur 2021/2022. L'USDA anticipe déjà une baisse des importations du Bangladesh, de l'Inde, du Pakistan, de la Turquie et du Vietnam. En conséquence, le recours aux stocks mondiaux va faire baisser leur niveau. Ils devraient passer de 84,26 millions de balles (2021/2022) à 82,77 millions de balles (2022/2023).

Robert Jules

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