Davos retrouve le sourire : et si 2023 se passait bien pour la croissance ?

Les participants au forum économique mondial de Davos, arrivés un peu déprimés, ont retrouvé le sourire : et si finalement la récession annoncée n'avait pas lieu en 2023. Entre réouverture de la Chine et propos rassurants de la présidente de la BCE sur l'état de la conjoncture en Europe, Davos 2023 s'achève sur un vent d'optimisme.
Philippe Mabille
Christine Lagarde, la présidente de la BCE est déterminée à ramener le taux d'inflation à 2%.
Christine Lagarde, la présidente de la BCE est déterminée à ramener le taux d'inflation à 2%. (Crédits : Reuters)

Pour cette 53e édition du forum économique mondial de Davos, la première session d'hiver depuis la crise du Covid de 2020, le contraste est saisissant entre le pessimisme collectif des dirigeants sur la croissance et le relatif optimisme affiché par ceux que l'on rencontre individuellement, surtout après trois jours de conférences.

« Le forum de Davos est un très bon observateur des tendances passées et présentes, mais un très mauvais prévisionniste, surtout en ce qui concerne le futur. En général, l'année qui suit se passe bien mieux lorsque les participants sont inquiets et inversement, surtout les années impaires », souligne un membre actif du World Economic Forum.

Mondialisation fragmentée

Le thème de l'année met en avant la nécessité de mieux « coopérer dans un monde fragmenté », et illustre bien le sentiment que l'économie mondiale est dans une transition délicate. La succession des crises, de la crise sanitaire au choc sur les prix de l'énergie, met les nerfs à l'épreuve et engendre un niveau de stress et d'incertitudes que l'on n'avait pas atteint depuis au moins la crise financière de 2008. Face aux réactions protectionnistes des États, à l'image de l'Inflation Reduction Act (IRA) de Joe Biden, les organisateurs de Davos, son fondateur Klaus Schwab en tête, plaident pour ne pas perdre de vue que la mondialisation et le libre-échange demeurent le moyen le plus efficace de générer une croissance non inflationniste.

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Parmi les 2.700 personnes qui ont fait le déplacement dans la célèbre station des Grisons suisses, 40 chefs d'État et de gouvernement, mais un seul membre du G7, Olaf Scholz. En l'absence d'Emmanuel Macron, la délégation française s'est faite discrète avec la présence de quelques habitués, comme Patrick Pouyanné (TotalEnergies), Benoît Potier (Air Liquide), Jean-Pascal Tricoire (Schneider Electric), Sabrina Soussan (Suez), soit une majorité de patrons des secteurs de l'énergie et de ce que l'on appelle ici les « clean techs », les champions de la transition énergétique. Quelques ministres français sont passés, comme Jean-Noël Barrot, en charge du Numérique, qui a participé à un panel sur l'intelligence artificielle, nouvelle coqueluche mondiale depuis la sortie de ChatGPT, et Bruno Le Maire, qui, après avoir accompagné le chef de l'État au sommet franco-espagnol, doit participer au panel final sur les perspectives économiques mondiales ce vendredi en duo avec Christine Lagarde.

Malgré le nombre de participants, néanmoins inférieur à celui de la dernière édition de janvier 2020, en raison de la faible présence chinoise et de la disparition des délégations russe, iranienne et turque, remplacées par l'Ukraine et les pays du Golfe, incontournables en cette période de course au gaz et au pétrole, Davos 2023 apparaît un peu groggy, en panne de solutions tant le monde d'après le Covid et la guerre lancée par la Russie ne ressemble plus en rien au mythe de la mondialisation heureuse que le World Economic Forum a incarné jusqu'à la caricature au cours de la dernière décennie.

Récession ou pas, dé-globalisation ou re-globalisation sous la forme d'un « Near-Shoring » ou d'un « Friend Shoring », résilience et aides d'État, les mots de cette 53e édition montrent une toute image que celle à laquelle on était habitué.

L'Europe, une citadelle assiégée

L'Europe en particulier est apparue comme une citadelle assiégée, sur la défensive face à l'IRA américain et aux subventions chinoises à son industrie verte. Cette course aux investissements verts alimente les craintes de protectionnisme. Lors d'un discours d'ouverture musclé, la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen a dénoncé les « tentatives agressives » et les « pratiques déloyales » visant à attirer à coup de subventions les capacités industrielles de l'Europe, notamment celles liées aux énergies propres, vers la Chine et ailleurs. Et de prévenir que l'UE n'hésiterait pas à ouvrir des enquêtes si elle jugeait que des subventions étrangères faussent le marché. Elle a accusé Pékin d'encourager ouvertement les entreprises grandes consommatrices d'énergie « à délocaliser tout ou partie de leur production sur son territoire », et qui parallèlement « subventionne massivement son industrie et restreint l'accès à son marché pour les entreprises de l'UE ».

L'Europe est toutefois un peu schizophrène, car dans le même temps, elle hésite à se fâcher avec ses principaux clients. Tout en s'inquiétant du grand plan d'investissement pour le climat du président américain Joe Biden, le fameux IRA, qui prévoit de larges aides pour les entreprises implantées aux États-Unis dans le secteur des véhicules électriques ou des énergies renouvelables, les Européens tentent actuellement d'obtenir des dérogations du plan américain, afin de diminuer le risque que leurs entreprises ou les productions européennes en pâtissent.

En fin de semaine, toutefois, les participants avaient retrouvé le sourire. Un vent d'optimisme a soufflé sur Davos, notamment après les déclarations de la présidente de la BCE, Christine Lagarde, sur l'économie européenne. L'activité économique en zone euro a ralenti par rapport à 2022, mais sera « bien meilleure » cette année que redouté initialement, malgré l'inflation et la crise énergétique, a déclaré jeudi la présidente de la Banque centrale européenne (BCE) Christine Lagarde. « Les nouvelles sont devenues beaucoup plus positives ces dernières semaines », de sorte que l'année en cours « ne sera pas brillante, mais bien meilleure que ce qu'on craignait », a déclaré la responsable lors du Forum économique de Davos.

Les marchés sont dynamiques

Les marchés du travail, en Europe en particulier, « n'ont jamais été aussi dynamiques » avec un nombre de chômeurs « au plus bas par rapport à ce que nous avons eu au cours des 20 dernières années ». De même, l'Allemagne, première économie d'Europe, devrait échapper à la récession en 2023, malgré la situation toujours tendue face à la crise énergétique, selon les déclarations du chancelier Olaf Scholz lors d'une interview mardi à Bloomberg depuis Davos.

Christine Lagarde a cependant douché les espoirs des marchés haussiers en réaffirmant sa détermination à lutter contre l'inflation qui reste « beaucoup trop élevée » même si les hausses de prix ont ralenti après le pic de plus de 10% en octobre.

« Notre détermination à la Banque centrale est de ramener l'inflation à 2% en temps opportun" en prenant "toutes les mesures pour y parvenir », a-t-elle martelé.

La BCE a relevé ses taux d'intérêt de 0,5 point de pourcentage en décembre. Mais de nombreux banquiers centraux autour de la table voulaient au départ les relever de 0,75 point, seul signal cohérent à leurs yeux avec la dégradation des perspectives d'inflation, selon le document. En cumul, les taux ont été relevés de 2,5 points de pourcentage depuis juillet, une hausse d'une rapidité inédite. La prochaine réunion est prévue début février.

Autre élément de nature à redonner le sourire aux investisseurs, la réouverture de la Chine, réaffirmé à Davos par l'un des vice Premier ministre Liu He qui a donné des signes de détente aussi avec les États-Unis sur la guerre commerciale entre les deux pays lors d'une rencontre à Zurich avec la secrétaire d'État américaine au Trésor Janet Yellen, en marge de Davos. Et si, finalement, 2023 se présentait sous de bien meilleurs jours que le monde économique ne le craignait cet été et cet automne. Il est encore un peu tôt pour en juger, mais pas pour l'espérer.

Philippe Mabille

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Commentaires 2
à écrit le 20/01/2023 à 14:52
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"et si 2023 se passait bien pour la croissance" Et si ,et si, et si ...

à écrit le 20/01/2023 à 11:55
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Les adeptes du Dieu croissance/PIB dans toute leur splendeur ...

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