En 50 ans, les prix du café n’ont jamais été aussi élevés

Coté à Londres, le robusta, lui, s'échange autour des 5.200 dollars la tonne.
YT Haryono

Coté à Londres, le robusta, lui, s'échange autour des 5.200 dollars la tonne.
YT Haryono
[Article publié le mercredi 27 novembre 2024 à 17h40 et mis à jour à 19h00] Après la flambée des prix du jus d'orange et du cacao, les cours du café atteignent désormais, eux aussi, des sommets. Et la note risque d'être corsée pour les consommateurs. En près de 50 ans, l'arabica n'a jamais été aussi cher : la livre a atteint, ce mercredi à la Bourse de New York, 320,10 cents. Un triste record depuis 1977.
Cette augmentation est liée aux craintes sur les récoltes au Brésil. Ce dernier est le premier pays producteur d'arabica, avec plus de 44 millions de sacs de 60 kg pour 2023-2024, pointe le Département américain de l'agriculture (USDA). Or, il est victime d'une sécheresse historique, attribuée en grande partie au réchauffement climatique et aux répercussions d'El Niño. Un phénomène climatique associé à des épisodes caniculaires dans le monde. A cela s'est ajouté des incendies de grande ampleur cet été, pour certains d'origine criminelle, notamment en Amazonie.
Dans ce contexte, le Brésil avait pourtant profité de pluies en octobre. L'eau avait en effet contribué à la floraison des arbres caféiers dans les régions productrices de l'arabica, la variété la plus aromatique, la plus chère et la plus vendue. Les experts s'inquiètent toutefois. Les fleurs doivent en effet réussir à se fixer sur les branches, afin de se transformer ensuite en cerises. Et pour cause, ce sont ces mêmes fruits qui contiennent les grains de café, dont la récolte intervient au printemps.
Par ailleurs, « certains pays, comme le Brésil, se sont aperçus qu'il faudrait renouveler les caféiers au bout de 15 ans », note Thierry Pouch, économiste, chef du service études et prospectives de Chambres d'Agriculture France. Et ce, pour garantir un certain niveau de production. Un phénomène de renouvellement des espaces cultivés qui ajoute de l'incertitude sur les récoltes.
Cette flambée va se répercuter à terme sur le portefeuille. « Les projections de consommation mondiale augmentent d'année en année, certainement un effet "dosette". Il existe une catégorie de consommateur très accroc au café, et qui fait pression sur l'offre », souligne Thierry Pouch. De ce fait, « on peut s'attendre début 2025 à une répercussion sur les prix à la consommation », ajoute-t-il.
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Selon Bloomberg, Nestlé, propriétaire de Nespresso ou encore Nescafé avait prévenu qu'il augmenterait les prix et réduirait la taille de ses sachets, en raison de l'augmentation des coûts.
L'arabica n'est pas la seule variété à inquiéter les marchés. Le robusta a vu ses cours flamber ces derniers mois. Le Vietnam, deuxième producteur mondial, produit majoritairement cette autre variété. Or, il a enregistré de fortes chaleurs au printemps. De quoi peser sur la production pour 2024-2025, la récolte intervenant d'octobre à avril.
Coté à Londres, le robusta s'échange ainsi autour des 5.200 dollars la tonne. Mi-septembre, la tonne avait atteint un prix record de 5.829 dollars, du jamais-vu depuis l'ouverture du contrat actuel de référence, en 2008. Ce prix serait même inédit depuis 1979, d'après l'agence Bloomberg.
La culture du café génère tout de même plusieurs milliards d'euros. Elle représente, par ailleurs, 11 millions d'hectares cultivés pour 120 millions d'emplois d'après les chiffres du Cirad, le Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement. Face aux difficultés de la filière, les pays du G7 ont acté la création d'un fonds public-privé. Ce projet de l'Organisation internationale du Café, sera d'abord testé dans des pays africains, puis en Amérique centrale et en Asie.
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« Le réchauffement climatique va également avoir un effet sur la géographie du café », pointe Thierry Pouch. Les Etats-Unis ou encore l'Italie pourraient, par exemple, se mettre à produire du café. De quoi ajouter de l'incertitude sur les marchés, confie l'expert.