Si le Kremlin a développé une stratégie de contournement, l’économie du pays commence à en pâtir lourdement.
Les sanctions imposées à la Russie par les membres du G7, l'Union européenne et leurs alliés vont-elles faire plier Moscou ? Pour le moment, cet objectif n'a pas été atteint, même si la Russie, avec son statut d'État paria, voit son économie accuser le coup. En avril, la Banque centrale du pays avait prévu une croissance de 4,9 % pour cette année ; elle table désormais sur une fourchette entre 1,5 % et 2,5 %. L'institution monétaire a dû relever ses taux à 15 % pour enrayer une inflation qui a atteint 6,7 % en octobre, alors qu'elle n'était que de 2,1 % en avril, en raison de l'affaiblissement du rouble, qui renchérit le prix des importations.
« Un durcissement des sanctions n'appellerait probablement qu'une plus grande ingéniosité à les contourner, estime Laurence Daziano, maître de conférences en économie à Sciences-Po. Les effets ne se feraient pas sentir dans le temps nécessaire pour avoir une influence sur l'ouverture de négociations. »
L'UE s'inscrit précisément dans ce long terme. « Les sanctions poursuivent trois objectifs, rappelle David O'Sullivan, envoyé spécial pour les sanctions de l'UE : priver la Russie des technologies critiques et réduire sa capacité à mener la guerre de façon technologiquement sophistiquée, compromettre sa capacité à financer la guerre et affaiblir sa base industrielle à court et à moyen terme. »
Ainsi, sur la liste des 7 500 produits soumis à sanctions, la priorité a été donnée aux puces électroniques et aux mémoires flash pour affaiblir le potentiel militaire russe en le privant des technologies critiques nécessaires au matériel militaire de pointe. « Sur le champ de bataille, il s'agit de donner un avantage technologique à l'Ukraine qui bénéficie de l'appui technologique des États-Unis et des pays de l'Union », explique le responsable européen.
Pour contourner l'interdiction, la Russie importe ces composants électroniques utilisés aussi dans des produits de consommation courante, qu'elle détourne grâce à une réorientation des chaînes d'approvisionnement via des pays tiers non signataires de l'accord sur les sanctions comme le Kazakhstan, l'Ouzbékistan, l'Arménie, la Turquie, la Géorgie, la Serbie ou encore les Émirats arabes unis. Ces derniers ont d'ailleurs vu leurs relations commerciales s'intensifier avec la Russie depuis la guerre. L'UE et les États-Unis informent les gouvernements de ces circuits pour les démanteler, agitant le risque réputationnel et l'extraterritorialité du droit américain. En début de mois, le Trésor américain a sanctionné 130 entreprises dont certaines en Turquie, aux Émirats arabes unis et en Chine, pays qui se sont transformés en « nœuds commerciaux d'exportation, de réexportation et de transfert vers la Russie de technologies et équipements étrangers ». Le président ukrainien, Volodymyr Zelensky, a qualifié la mesure de « très forte » et de « nécessaire », estimant que ce nouveau train de sanctions américaines visait des « secteurs critiques pour l'économie » russe.
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