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ÉconomieInternational

Erdogan battu à Istanbul : un « signal d'alarme pour l'establishment de l'AKP »

Humeyra Pamuk et Jonathan Spicer, Reuters

Publié le 24 juin 2019 à 13:55 - Mis à jour le 24 juin 2019 à 14:11

Ekrem Imamoglu s'était imposé avec seulement 13.000 voix d'avance le 31 mars, ce que l'AKP avait contesté en faisant état d'irrégularités.

Ekrem Imamoglu s'était imposé avec seulement 13.000 voix d'avance le 31 mars, ce que l'AKP avait contesté en faisant état d'irrégularités.

Reuters

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L'opposition a infligé dimanche 23 juin un sérieux camouflet au président turc Erdogan en remportant une nouvelle fois, mais avec une marge plus grande, la mairie d'Istanbul, détruisant son aura d'invincibilité et portant la voix des électeurs mécontents de sa politique.

L'opposition turque inflige un camouflet à Erdogan à Istanbul. Ekrem Imamoglu, candidat du Parti républicain du peuple (CHP, laïque), a obtenu la victoire avec 54,21% des suffrages, rapporte l'agence de presse officielle Anatolie. Il obtient une avance nettement plus conséquente que lors de la précédente victoire, le 31 mars dernier, qui avait été annulée à la demande du parti AKP (au pouvoir) pour irrégularités présumées. L'ancien Premier ministre Binali Yildirim, candidat du Parti de la Justice et du développement (AKP), mouvement islamo-conservateur d'Erdogan qui tenait la ville depuis 25 ans, a promptement reconnu la victoire de son adversaire, qui l'a emporté avec près de 800.000 voix d'avance.

Des dizaines de milliers de partisans d'Imamoglu ont fêté la victoire d'Imamoglu, ancien homme d'affaires, dimanche soir dans les rues d'Istanbul. « Seize millions de Stambouliotes ont restauré aujourd'hui notre confiance en la démocratie et la justice , s'est félicité Ekrem Imamoglu.

«Merci Istanbul!», a lancé le candidat du CHP à ses partisans.«Nous allons bâtir la démocratie dans notre ville, nous allons édifier la justice. Dans cette ville magnifique, je le promets, nous construirons l'avenir! », a-t-il ajouté.

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Turquie
Turquie Supporters attend a rally of Ekrem Imamoglu, mayoral candidate of the main opposition Republican People's Party (CHP), in Beylikduzu district, in Istanbul, Turkey, June 23, 2019. (Crédits : Reuters)

[Des partisans assistent à un rassemblement d'Ekrem Imamoglu, candidat à la mairie du principal parti d'opposition, le Parti républicain du peuple (CHP), dans le district de Beylikduzu à Istanbul, le 23 juin 2019. Crédits : Reuters]

Le Conseil électoral suprême n'a pas encore annoncé les résultats officiels, mais le président Erdogan a d'ores et déjà félicité Imamoglu pour sa victoire, et Binali Yildirim lui a souhaité bonne chance comme maire moins de deux heures après la clôture des bureaux de vote.

Des fiefs traditionnels des islamo-conservateurs basculent en faveur de l'opposition

Ekrem Imamoglu s'était imposé avec seulement 13.000 voix d'avance le 31 mars, ce que l'AKP avait contesté en faisant état d'irrégularités. A sa demande, la commission électorale avait ordonné la tenue d'un nouveau scrutin, suscitant l'inquiétude des alliés occidentaux de la Turquie et de l'opposition turque.

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La victoire du CHP dimanche est une défaite cinglante pour Erdogan, qui a été lui-même maire d'Istanbul dans les années 1990 et qui a souvent répété cette antienne : « Qui gagne Istanbul gagne la Turquie ». Le camouflet est d'autant plus sérieux qu'Imamoglu, incarnation de l'héritage d'Atatürk et de la laïcité, a réalisé de bons scores dans des quartiers traditionnellement religieux de la ville, qui passaient jusqu'à présent pour des bastions de l'AKP.

« Cette nouvelle élection a mis un coup d'arrêt à la dictature », se réjouissait une femme au foyer de 48 ans, Gulçan Demirkaya, qui vit dans un quartier pro-AKP, Kagithane.«Si Dieu le veut, il (Imamoglu) pourrait bien être président dans cinq ans. Il faut en finir avec le règne d'un seul homme!»

De nombreux observateurs s'attendent à un remaniement ministériel à Ankara ainsi qu'à des ajustements diplomatiques.

La Turquie, qui est membre de l'Otan, s'est rapprochée de la Russie, à laquelle elle a passé commande d'un système de défense antimissiles, ce qui lui a valu des menaces de sanctions de la part des États-Unis.

Vers des législatives anticipées ?

«Cela va véritablement avoir un impact sur la politique turque à l'avenir, étant donné l'ampleur de la victoire. C'est un signal d'alarme pour l'establishment de l'AKP», analyse Sinan Ulgen, ancien diplomate turc et chercheur invité à Carnegie Europe, à Bruxelles.

La déconvenue d'Erdogan, qui s'était beaucoup impliqué dans campagne pour la mairie d'Istanbul, pourrait également entraîner des législatives anticipées. Le scrutin est pour le moment prévu pour 2023. « La Turquie doit reprendre une vie normale, le processus électoral doit prendre fin », a estimé pour sa part le chef du parti nationaliste MHP, Devlet Bahceli. « Parler de législatives anticipées serait la pire des choses que l'on pourrait infliger à notre pays », a-t-il jugé.

La devise turque s'est raffermie

La livre turque avait chuté après l'annulation du scrutin du 31 mars, et a reculé de 8% depuis le début de l'année, en partie du fait des remous électoraux. Après la victoire d'Imamoglu dimanche soir, la devise turque s'est raffermie.

Mardi dernier, le président avait accusé Imamoglu d'entretenir des liens avec Fethullah Gülen, le théologien réfugié aux Etats-Unis et auquel Ankara impute le coup d'Etat manqué de juillet 2015. Pour éviter une nouvelle défaite face au CHP, Recep Tayyip Erdogan s'était fait plus conciliant à l'égard des Kurdes, qui représentent environ 15% de l'électorat à Istanbul.

À lire également

  • Erdogan perd le contrôle d'Ankara et d'Istanbul
  • Istanbul: Erdogan fait annuler la victoire de l'opposition
  • Istanbul : Erdogan se félicite de l'annulation de l'élection mais l'opposition se rassemble

En mars, les électeurs du Parti démocratique des peuples (HDP), mouvement prokurde, avaient plutôt voté pour Imamoglu et les plus conservateurs s'étaient abstenus. Les deux codirigeants du HDP, Pervin Buldan et Sezai Temelli, ont accusé un Erdogan "désespéré" de chercher à semer la discorde entre le parti et Öcalan.

Humeyra Pamuk et Jonathan Spicer, Reuters

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