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Etats-Unis : face à la menace d'interdiction, TikTok en appelle aux utilisateurs

latribune.fr

Publié le 14 mars 2024 à 06:44 - Mis à jour le 14 mars 2024 à 14:03

Shou Zi Chew, patron de TikTok, qui se trouve à Washington, où il tente d'obtenir des soutiens pour bloquer le projet de loi, a appelé les utilisateurs aux Etats-Unis à réagir massivement.

Shou Zi Chew, patron de TikTok, qui se trouve à Washington, où il tente d'obtenir des soutiens pour bloquer le projet de loi, a appelé les utilisateurs aux Etats-Unis à réagir massivement.

EVELYN HOCKSTEIN

Le Quotidien Numérique

05 juin 2026

Photo d'illustration de l'article
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La Chambre américaine des représentants a adopté mercredi une proposition de loi qui prévoit l'interdiction de TikTok aux Etats-Unis si le réseau social ne coupe pas les liens avec sa maison mère, ByteDance, et plus largement avec la Chine. Son patron, Shou Zi Chew, présent aux Etats-Unis, demande aux utilisateurs de protester contre ce vote avant que le texte ne soit examiné au Sénat. La Chine dénonce « des méthodes de voyou ».

[Article publié le jeudi 14 mars 2024 à 07h44 et mis à jour à 15h02] Les 170 millions d'utilisateurs américains de TikTok vont-ils devoir bientôt se résigner à se passer de leur réseau social préféré ? La menace se précise alors que la Chambre américaine des représentants a adopté mercredi une proposition de loi qui prévoit son interdiction aux Etats-Unis.

Face à cette épée de Damoclès, le PDG de TikTok, Shou Zi Chew, qui se trouve à Washington, où il tente d'obtenir des soutiens pour bloquer le projet de loi, a appelé les utilisateurs aux Etats-Unis à réagir massivement. « Faites-vous entendre », a-t-il lancé sur TikTok et sur X (ex-Twitter) après le vote, à moins de huit mois de l'élection présidentielle de novembre.

Appel entendu : « Il y a une vraie possibilité que ce soit interdit, c'est dingue », a réagi, auprès de l'AFP, Nathan Espinoza (@beowulftiktok), qui compte plus de 300.000 abonnés sur la plateforme. « Dans les commentaires de mes vidéos, les gens disent : "c'est censé être le pays des libertés". Et c'est vrai que le fait de voir le gouvernement américain faire quelque chose comme ça paraît très anormal. »

Pour prévenir le risque d'une disparition, de nombreux créateurs ont donc progressivement élargi leur présence à d'autres réseaux sociaux, en particulier YouTube, qui a opportunément lancé YouTube Shorts, son format de courtes vidéos directement inspiré de TikTok. Mais pour Steven King, (@btypep), créateur venu d'Arizona et qui compte 6,8 millions d'abonnés, « aucune autre plateforme n'apporte cette sensation de communauté. C'est l'algorithme qui la crée », fait-il valoir, devant la Maison Blanche. « Je n'ai jamais eu de succès avec Instagram ou YouTube », explique Ariella Elm, militante politique de gauche.« Donc je me dis que TikTok fonctionne mieux. »

7 millions de petites entreprises et 170 millions de personnes utilisent la plateforme aux Etats-Unis

« Si TikTok s'arrête, des dizaines de milliers de petites entreprises vont devoir mettre la clef sous la porte et la carrière de nombreux créateurs va être compromise », prévient Nathan Espinoza. « Ils disent que TikTok est contrôlé par une nation étrangère, mais ils n'en apportent aucune preuve », se désole-t-il Nathan Espinoza. « Tout est très vague. »

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Pour beaucoup, cette proposition de loi illustre le décalage entre les élus du Congrès et les utilisateurs de TikTok, en grande majorité jeunes. Les parlementaires « affirment que (le réseau social) est plein de propagande chinoise, alors que, pour moi, c'est justement la plateforme la plus équilibrée politiquement », souligne Nathan Espinoza, estimant que ce n'est pas le cas pour Instagram, Facebook ou YouTube. Selon lui, une interdiction pourrait avoir « un effet énorme » sur la participation des jeunes au scrutin présidentiel de novembre.

Lire aussiTikTok : la Chambre des représentants adopte le texte qui menace le réseau social d'interdiction

Selon TikTok, 7 millions de petites entreprises et 170 millions de personnes utilisent la plateforme aux Etats-Unis.  Par ailleurs, pour l'élu démocrate à la Chambre Ro Khanna « c'est un texte trop général, qui ne va pas résister à l'examen du premier amendement » à la Constitution américaine qui garantit la liberté d'expression. « L'autre problème est que beaucoup de gens gagnent leur vie avec cette plateforme » aux Etats-Unis, a ajouté Ro Khanna devant des journalistes.

Le réseau est depuis plusieurs mois dans le collimateur des autorités américaines, de nombreux responsables estimant que la plateforme de vidéos courtes et divertissantes permet à Pékin d'espionner et de manipuler les citoyens. La société a nié, à plusieurs reprises, avoir transmis des informations aux autorités chinoises et assuré qu'elle refuserait toute requête éventuelle en ce sens.

Le texte de loi, adopté à une large majorité de 352 voix sur 432 élus, «n'interdit pas TikTok», a fait valoir le chef de file des démocrates à la Chambre des représentants, Hakeem Jeffries, qui a voté en faveur de la proposition. «Il vise à solutionner des questions légitimes de sécurité nationale et de protection des données liées aux rapports du Parti communiste chinois avec un réseau social», a-t-il expliqué dans un communiqué.

La proposition de loi obligerait ByteDance, la société mère de TikTok, à vendre l'application dans un délai de 180 jours, faute de quoi, c'est le carton rouge avec une exclusion des boutiques d'applications d'Apple et de Google aux Etats-Unis. Aucun acquéreur potentiel ne s'est pour l'instant officiellement manifesté. Le Wall Street Journal rapporte que l'ancien patron de l'éditeur de jeux vidéo Activision Blizzard, Bobby Kotick, aurait manifesté son intérêt auprès du cofondateur de ByteDance, Zhang Yiming.

La valeur de TikTok est difficile à estimer, en particulier dans le cas d'une vente contrainte. En 2020, ByteDance avait fixé son prix à 60 milliards de dollars alors que le gouvernement de Donald Trump voulait le forcer à s'en séparer, selon l'agence Bloomberg.

Donald Trump désormais opposé à l'interdiction

L'ancien président américain Donald Trump (2017-2021) a opéré un revirement en affirmant lundi qu'il était opposé à une interdiction, principalement parce qu'elle renforcerait Meta, le propriétaire d'Instagram et de Facebook, qu'il a qualifié « d'ennemi du peuple ». Il a réfuté les accusations selon lesquelles il aurait changé de discours parce qu'un investisseur majeur de TikTok, Jeff Yass, avait menacé de ne plus contribuer au financement de campagnes électorales de républicains.

«Le vote d'aujourd'hui, qui a réuni des élus des deux partis, montre l'opposition du Congrès aux tentatives de la Chine communiste d'espionner et de manipuler les Américains et constitue un signe de notre détermination à dissuader nos ennemis», a déclaré le président républicain de la Chambre, Mike Johnson.

« Ce processus a été mené en secret et le texte présenté en urgence pour une raison: il s'agit d'une interdiction », a réagi un porte-parole de TikTok auprès de l'AFP. « Nous espérons que le Sénat va prendre en compte les faits, écouter ses administrés et réaliser l'impact (qu'une interdiction aurait) sur l'économie ». En amont du vote, la Chine avait fait savoir qu'une interdiction saperait « la confiance des investisseurs internationaux » et reviendrait, pour la première puissance mondiale, à « se tirer une balle dans le pied », selon un porte-parole de la diplomatie chinoise, fustigeant les « intimidations » à l'encontre de TikTok.

Le sort du projet de loi est incertain au Sénat, où des personnalités de premier plan s'opposent à une mesure aussi radicale à l'encontre d'une application extrêmement populaire. Le chef de file des démocrates à la chambre haute, Chuck Schumer, a simplement pris acte du vote, mercredi, sans se prononcer sur le texte. Le président américain Joe Biden a déclaré qu'en cas d'adoption au Sénat, il promulguerait le texte.

Des« méthodes de voyou »pour la Chine

La Chine, de son côté, a dénoncé jeudi des « méthodes de voyou ». « Si un soi-disant prétexte de sécurité nationale peut être utilisé pour écarter arbitrairement des entreprises performantes d'autres pays, alors il n'y a plus d'équité ni de justice », a fustigé Wang Wenbin, un porte-parole du ministère des Affaires étrangères, ajoutant :

«Quand quelqu'un voit une bonne chose d'une autre personne et veut la lui prendre, ce sont tout à fait des méthodes de voyou».

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L'ancien secrétaire au Trésor américain Steven Mnuchin dit vouloir racheter TikTok

L'ancien secrétaire au Trésor américain Steve Mnuchin a déclaré jeudi vouloir réunir un groupe d'investisseurs pour racheter le réseau social TikTok, alors que le Congrès des Etats-Unis pourrait pousser sa maison mère, le chinois ByteDance, à le vendre.

« C'est une belle société. Je vais assembler un groupe pour acheter TikTok », a déclaré l'ancien ministre républicain du gouvernement de Donald Trump (2017-2021), « parce que (la plateforme) devrait être contrôlée par des intérêts américains ». « J'ai parlé à plusieurs personnes » du projet, a affirmé l'ancien dirigeant de la banque d'affaires Goldman Sachs, refusant néanmoins de révéler des noms.

Après avoir quitté le gouvernement américain, Steven Mnuchin a fondé une société de capital-investissement, Liberty Strategic Capital, qui s'intéresse particulièrement au secteur technologique. Il a rapidement levé 2,5 milliards de dollars auprès d'investisseurs, selon le New York Times, dont une partie auprès de fonds souverains du Moyen-Orient. Liberty a récemment élargi son spectre en étant le chef de file d'un groupe d'investisseurs, qui vient de recapitaliser l'établissement de crédit régional américain en difficulté New York Community Bancorp à hauteur de 1,05 milliard de dollars.

Au moment où Steven Mnuchin était entré au gouvernement, en 2017, sa fortune était estimée par plusieurs médias américains à environ 400 millions de dollars.

Aucun acquéreur potentiel ne s'était, jusque-là, officiellement manifesté. Le Wall Street Journal a néanmoins rapporté que l'ancien patron de l'éditeur de jeux vidéos Activision Blizzard, Bobby Kotick, avait manifesté son intérêt auprès du cofondateur de ByteDance, Zhang Yiming.

D'autant que la valeur de TikTok est difficile à estimer, en particulier dans le cas d'une vente contrainte. En 2020, ByteDance avait fixé son prix à 60 milliards de dollars alors que le gouvernement de Donald Trump voulait le forcer à s'en séparer, selon l'agence Bloomberg.

(Avec AFP)

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