Etats-Unis : les taux directeurs élevés font craindre une remontée du chômage
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La Réserve fédérale américaine pourrait jouer le statut quo encore quelques mois quant à une éventuelle baisse des taux.
Joshua Roberts
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La Réserve fédérale américaine pourrait jouer le statut quo encore quelques mois quant à une éventuelle baisse des taux.
Joshua Roberts
L'étau se resserre aux Etats-Unis. Alors que depuis juillet 2023, la Réserve fédérale américaine (Fed) maintient ses taux dans la fourchette de 5,25 à 5,50%, au plus haut depuis 2001, afin de juguler l'inflation, les craintes sur les conséquences de cette politique monétaire se font de plus en plus pressantes.
« A ce stade, l'inflation n'est pas le seul risque auquel nous sommes confrontés », a averti la présidente de la Fed de San Francisco, Mary Daly, lors d'un discours au Commonwealth Club World Affairs de Californie, lundi.
Et pour cause, théoriquement, la politique restrictive de la Fed a pour effet de faire ralentir l'activité économique, et donc l'emploi. Néanmoins, si le taux de chômage a légèrement grimpé en mai, à 4%, au plus haut depuis janvier 2022, il y a eu bien plus de créations d'emplois qu'attendu. Début juin, la Fed a d'ailleurs confirmé sa prévision de 2,1% de croissance américaine en 2024 et 2% en 2025. En revanche, concernant le taux de chômage, la prévision de la Fed reste identique pour cette année, à 4%, mais est révisée pour 2025, à 4,2% contre 4,1% lors de la précédente estimation.
« À ce stade, nous avons un bon marché du travail, mais pas un marché effervescent », et un éventuel « ralentissement du marché du travail pourrait se traduire par une hausse du chômage », a mis en garde Mary Daly, qui dispose en 2024 du droit de vote tournant au sein du comité de décision de la Fed, le FOMC. Elle a insisté sur la nécessité de « garder un œil sur les deux aspects de notre mandat : l'inflation et le plein emploi ».
La rigueur de la Fed inquiète aussi le Parti démocrate du président Joe Biden, à moins de cinq mois de l'élection présidentielle qui l'opposera au républicain et ex-locataire de la Maison Blanche, Donald Trump. Deux élus démocrates du Congrès ont ainsi envoyé un courrier au président de la Fed, début juin, l'avertissant qu' « une politique monétaire excessivement restrictive pourrait mettre en péril le marché de l'emploi vigoureux » aux États-Unis.
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Pour rappel, l'institution monétaire est indépendante du pouvoir politique mais, évidemment, ses décisions ont des conséquences importantes sur l'économie américaine.
Mais pour l'instant, les banquiers centraux américains ont les yeux rivés sur la hausse des prix qui ne ralentit que trop peu. Après un rebond cet hiver, l'inflation est repartie à la baisse en avril et mai, à 3,3% sur un an en mai contre 3,4% en avril, selon l'indice CPI, sur lequel sont indexées les retraites tandis que l'indice PCE, mesure que privilégie la Fed, est lui resté stable en avril à 2,7% sur un an. Des chiffres largement supérieurs à l'objectif de 2% de la Fed.
Résultat, la Réserve fédérale américaine pourrait jouer le statu quo encore quelques mois. Lors de la réunion du 13 juin, le président de l'institution monétaire, Jerome Powell, a en effet averti que les taux d'intérêt resteront à ce niveau élevé « aussi longtemps que nécessaire », si « l'économie reste solide et que l'inflation persiste ». Il a prévenu qu'il faudrait observer plusieurs mois de baisse de l'inflation pour que la réduction des taux soit lancée. Et a notamment estimé que la hausse des salaires, qui est une bonne nouvelle pour le porte-monnaie des Américains, reste trop élevée pour permettre un retour de l'inflation à un niveau acceptable.
Les responsables de la Fed ont aussi indiqué lors de la même réunion qu'ils ne pensent abaisser les taux qu'une seule fois en 2024. Dans le détail, quatre d'entre eux n'anticipent aucune baisse, sept en voient une seule, et huit tablent sur deux.
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En maintenant ses taux à ce niveau, la Fed marque en tout cas sa différence avec son homologue européenne, la BCE. Celle-ci a enclenché le desserrement de sa politique monétaire début juin, en abaissant ses taux directeurs pour la première fois depuis 2019. Pour autant, l'institution européenne s'est elle aussi montrée prudente, précisant que cette première baisse ne sera pas obligatoirement suivie d'une autre dès sa prochaine réunion. Car les gardiens de l'euro s'attendent à un parcours « cahoteux » de l'inflation dans les mois qui viennent, et préfèrent aller doucement dans leur politique de desserrement monétaire plutôt que trop vite, et de risquer de ruiner les efforts réalisés ces dernières années.
(Avec AFP)
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