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ÉconomieInternational

Quelles conséquences pour l’Europe si la Fed baisse ses taux après la BCE ?

Photo de Maxime Heuze

Maxime Heuze

Publié le 21 mars 2024 à 06:59 - Mis à jour le 31 mai 2024 à 11:51

Photo du president de la reserve federale (fed) jerome powell

Photo du president de la reserve federale (fed) jerome powell

EVELYN HOCKSTEIN

Le Quotidien Numérique

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La Réserve fédérale américaine a annoncé ses perspectives de baisses de taux pour 2024 et 2025. Face à un discours prudent de son président Jerome Powell et une inflation toujours forte aux Etats-Unis, de nombreux analystes anticipent une baisse des taux plus rapide en Europe qu’outre-Atlantique. Une désynchronisation des politiques monétaires qui pourrait impacter la valeur de l’euro face au dollar et peut-être bénéficier aux entreprises du Vieux continent. Explications.

Les banques centrales américaine et européenne vont-elles se désynchroniser ? Alors que le président de la Réserve fédérale américaine (Fed), Jerome Powell, s'est exprimé mercredi soir sur la baisse des taux directeurs à venir aux Etats-Unis, les observateurs commencent à entrevoir le scénario d'un décalage entre l'assouplissement monétaire américain et celui de la Banque centrale européenne, le premier pouvant intervenir après le second.

Dans leur dernière réunion, qui s'est tenu ce mercredi, les membres du comité de la Fed (FOMC) ont annoncé tabler sur 3 baisses des taux de 0,25 point de pourcentage en 2024 et ont même dégradé leurs perspectives de baisses pour 2025 avec trois baisses supplémentaires, de 0,25 point, contre quatre prévues lors de leur réunion de décembre. Ces derniers ont aussi jeté le trouble sur la date de la première baisse affirmant « ne pas s'attendre à ce qu'il soit approprié de baisser la cible des taux avant d'être davantage confiant dans la trajectoire durable de l'inflation vers l'objectif de 2% ».

Et pour cause, l'inflation reste encore trop « élevée » aux Etats-Unis selon Jerome Powell. Cette dernière a notamment rebondi à 3,2% (CPI) en février -loin de son objectif- tandis que la croissance devrait se maintenir à 2,1% en 2024 selon la Fed, contre 1,4% prévu précédemment.

« Le ralentissement de la hausse des salaires commence à se voir mais il progresse encore un peu trop et soutient l'inflation. Il faut que l'emploi se détende encore pour enlever la pression sur les salaires et donc que la Fed maintienne une politique restrictive pour ralentir l'activité des entreprises », analyse pour La Tribune Florence Pisani, directrice de la recherche économique chez le gestionnaire d'actifs Candriam.

La BCE plus claire sur sa politique que la Fed

Une problématique que ne rencontre d'ailleurs pas l'Europe qui a surtout souffert d'une hausse des prix de l'énergie, aujourd'hui largement résorbée. Ainsi l'inflation en zone euro est tombée à 2,6% en février tandis que le Vieux continent se retrouve au bord de la récession avec une croissance de seulement 0,8% attendue en 2024.

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Lire aussiInflation en zone euro : les trois points chauds que la BCE va surveiller en 2024

Cette différence de typologie d'inflation pourrait maintenant avoir des conséquences concrètes sur les politiques monétaires des deux banques centrales. Ainsi, « lors de la dernière réunion de la Banque centrale européenne, tout le monde a compris qu'on allait sur un premier assouplissement en juin » estime Bruno Cavalier, chef économiste chez Oddo BHF. Mercredi, la présidente de l'institution, Christine Lagarde, a d'ailleurs reconnu que « nous ne pouvons pas attendre de disposer de toutes les informations pertinentes », avant d'ajouter que « en agissant ainsi, nous risquerions d'ajuster notre politique trop tardivement », et d'emmener la zone euro vers une récession. Un discours bien différent de celui de son homologue américain.

Fort de ces propos, le consensus des analystes parie donc à 75% sur une première baisse en juin pour la BCE, un scénario aussi jugé « très probable », par le gouverneur de la Banque de France, François Villeroy de Galhau. Du côté américain, à l'inverse, seul un analyste sur deux anticipe une baisse dès juin pour la Fed qui pourrait retarder cette échéance de quelques mois.

Vers une baisse de l'euro face au dollar?

Quelles seraient les conséquences d'un retard de la Fed sur son homologue européenne?

Logiquement, les taux obligatairesdevraient descendre plus rapidement en Europe qu'aux Etats-Unis ce qui pousserait nombre d'investisseurs à vendre leurs euros pour acheter des bons du Trésor et autres obligations américaines en dollar... faisant perdre de la valeur à la monnaie européenne. Reste que cette érosion de la monnaie unique devrait rester légère car « il ne s'agît pas d'une divergence de politiques monétaires mais juste de quelques mois de différence dans le rythme de baisse », nuance Bruno Cavalier.

Quand bien même l'euro devait dégringoler face au dollar, les conséquences pour l'économie européenne resteraient limitées.

« En pleine flambée des prix du pétrole, que nous achetons en dollars, la baisse de l'euro aurait eu un effet inflationniste puisque cette ressource aurait coûté mécaniquement plus chère à cause du taux de change. Mais aujourd'hui, les prix de l'énergie ne sont plus véritablement un problème donc la BCE n'a plus pour préoccupation de se caler sur la Fed », affirme l'économiste d'Oddo BHF.

Un scénario positif pour les entreprises et les actions européennes

Dans cette période où la problématique des coûts de l'énergie est passée au second plan, les entreprises européennes pourraient bien bénéficier d'un euro faible en voyant notamment leurs exportations augmenter. Un taux de change favorable leur permettrait, en effet, de gagner en compétitivité à l'international. Un facteur positif pour les actions européennes « qui ont sous-performé les marchés américains depuis 1 an », rappelle Alexandre Hezez, stratège chez la Banque Richelieu. Les indices américains tels que le S&P500 ou le Nasdaq ont respectivement augmenté de 30% et 37% depuis un an quand l'indice européen Eurostoxx 500 a affiché 21% de hausse.

A l'origine de cette moindre performance européenne, les perspectives de croissance pourraient aussi s'inverser... ou tout du moins se rééquilibrer entre les deux continents. Aux Etats-Unis, un éventuel retard de baisse des taux n'est « pas un problème pour les investisseurs (aux Etats-Unis) tant que l'inflation continue de ralentir et que l'économie résiste bien... mais si l'économie commence à faiblir et que le ralentissement de l'inflation n'est pas assez rapide, cela peut créer un effet ciseau temporaire pour les marchés actions », prévient Alexandre Baradez, responsable de l'analyse de marchés chez IG France, dans une note. D'autant que, « si la croissance finit par marquer le pas, les marchés vont se dire que Powell va baisser ses taux plus rapidement... mais c'est faux. La Fed a besoin d'une baisse de la croissance pour vraiment battre l'inflation », précise Alexandre Hezez qui prévient que les investisseurs pourraient donc être surpris et réagir violemment sur le marché américain en cas de non-réaction de la Fed.

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A l'inverse, sur le Vieux continent, les investisseurs ont déjà intégré des perspectives de croissance moroses « et ont donc des chances d'être agréablement surpris si la croissance repart grâce à la baisse des taux », conclut le stratège de Richelieu.

Maxime Heuze

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