Exploitation des ouvriers et mafia, les plaies de l'agriculture italienne

 |   |  719  mots
(Crédits : Reuters)
Des ouvriers exploités, payés une misère et travaillant dans des conditions déplorables: c'est le visage obscur de l'agriculture italienne, sur laquelle pèse également l'ombre de la mafia.

Chaque été, des milliers d'ouvriers agricoles africains, mais aussi Bulgares ou Roumains, viennent ramasser dans la péninsule tomates ou pastèques sous un soleil de plomb. Selon une étude du syndicat Cgil-Flai, quelque 400.000 travailleurs agricoles sont ainsi exposés en Italie à un risque de travail irrégulier et d'exploitation, dont plus de 100.000 se trouvent dans une situation de "grave vulnérabilité". S'ils sont en majorité étrangers, des Italiens sont aussi concernés.

"Ces gens sont réduits en esclavage", via le "caporalato", dénonce auprès de l'AFP Jean-René Bilongo, responsable de la question des politiques migratoires et des inégalités au Cgil-Flai.

Le "caporal" est un intermédiaire entre l'agriculteur et les ouvriers.

"C'est lui qui négocie les rétributions en empochant une marge: par exemple, sur cinq euros négociés pour un énorme cageot de tomates, il ne versera que trois euros aux ouvriers", note M. Bilongo.

Alors que la convention collective de l'agriculture prévoit une durée de travail journalière de 6h40 avec une rémunération de 50 euros par jour, ces ouvriers travaillent plus de huit ou dix heures par jour, voire 14 heures. Le tout en étant payés donc à la quantité (3 à 4 euros pour 350 kilos), ce qui leur permet d'arriver péniblement à 20-30 euros par jour.

"Inhumain"

Mais de ce chiffre déjà bas, ils doivent soustraire des frais: "les caporaux leur demandent cinq euros pour les transporter jusqu'aux champs et les ramener, et font payer l'eau et les sandwiches 3,5 euros, une extorsion", dénonce auprès de l'AFP Angelo Cleopazzo, vice-président de l'association Diritti a Sud ("Droits au Sud"), basée à Nardo' (Pouilles).

Beaucoup vivent dans des bidonvilles en rase campagne, les "ghettos".

"C'est inhumain", souligne M. Bilongo, en faisant état également de violences et même d'agressions sexuelles contre des femmes.

Leur extrême vulnérabilité les empêche souvent de dénoncer cette exploitation. Néanmoins, en août 2018, des centaines d'entre eux avaient manifesté à Foggia (Pouilles), laissant exploser leur colère après la mort de 16 ouvriers dans un accident de la route. Les étés précédents avaient été aussi marqués par la mort de plusieurs ouvriers dans les champs, en pleine canicule.

Selon M. Bilongo, les interventions des forces de l'ordre, de même que les enquêtes de la magistrature, sont nombreuses, alors que depuis 2016, une loi s'attaque de manière assez offensive au "caporalato". Mais, regrette-t-il, une partie de cette législation "n'est pas mise en oeuvre, à savoir les mesures de prévention pour lutter contre ce phénomène".

La loi prévoit en effet "un réseau de travail agricole de qualité", avec des engagements des exploitants et des contrôles: s'il existe au niveau national, il n'est que très peu déployé localement. Ces réseaux devraient par exemple organiser le transport, pour que les ouvriers ne dépendent plus des caporaux. "Mais il y a beaucoup de résistance", note M. Bilongo.

"Agro-mafia"

La Cgil-Flai comme la Coldiretti, le principal syndicat agricole, et les militants sur le terrain pointent par ailleurs du doigt la grande distribution.

"Elle a de grandes responsabilités en imposant des prix très bas", note M. Cleopazzo, en déplorant également l'infiltration de la mafia et le peu d'action de la justice à ce sujet.

D'après la Coldiretti, le chiffre d'affaires de l'"agro-mafia" - présente de la production à la distribution, en passant par le transport - a encore augmenté de 12,4% en 2018, atteignant 24,5 milliards d'euros.

Localement, des initiatives se développent pour promouvoir un autre modèle. Goel, un groupement de coopératives en Calabre, aide depuis 2003 les agriculteurs à vivre mieux de leurs productions et à résister à la mafia.

Lancé en 2015 par les associations Diritti a Sud et Solidaria, basée à Bari, SfruttaZero (Zéro exploitation) produit de son côté de la sauce tomate sans produit chimique, en offrant des contrats réguliers à une vingtaine d'ouvriers, qu'elle paie à l'heure et à qui elle fournit gratuitement transport, sandwiches et eau.

SfruttaZero vend, via ses propres circuits, ses bocaux de trois à quatre euros, contre un prix de 90 centimes en général dans la grande distribution. Et n'a aucun mal à les écouler, les consommateurs étant de plus en plus sensibles aux questions d'éthique et d'environnement, souligne M. Cleopazzo.

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Commentaires
a écrit le 19/09/2019 à 15:49 :
c'est une honte pour toute l'Europe, car en Allemagne, en France, en Roumanie, en Angleterre ( pour le peu qu'il reste en Agriculture) en Espagne, ce n'est guère mieux. Avec nos satellites, nos nouvelles technologies, et tous les contrôles faciales, le flicage etc les gouvernements s'ils voulaient changer quoi que ce soit ce serait déjà fait... Nos politiciens sont devenus aussi hypocrites que les mafieux, et c'est toujours chacun pour soi. Et la grande distribution, les intermédiaires, et les multinationales ont tout à y gagner, donc ça ne s'arrangera pas sauf si tous se mettaient en grêve en même temps. Il faudrait des gilets jaunes dans toute l'Europe......Nos gouvernants sont les pires menteurs, et tant que leurs amis profitent ils ne changeront rien... Que de belles paroles ou promesses, et c'est tout. Je ne plains aucun agriculteur en Europe, sauf ceux qui font du bio, c'est à dire sans empoisonner en plus le consommateur. Quand vous avez des agriculteurs qui interdisent à leurs familles de manger leurs propres récoltes cela veut tout dire.
a écrit le 13/09/2019 à 21:07 :
Pourquoi ne pas faire un reportage sur l'agriculture français, c'est exactement la même chose?
a écrit le 13/09/2019 à 20:06 :
Bonjour Monsieur, Je suis honoré et heureux de travailler avec vous dans l'entreprise merci. J'ai un diplôme technique en agriculture
a écrit le 13/09/2019 à 17:32 :
Tant qu'on aura des prix de vente ridicules par rapport à un cout de production théorique nettement supérieur on aura ces problèmes.
a écrit le 13/09/2019 à 15:58 :
Cette situation montre la faiblesse du pouvoir central italien incapable de lutter efficacement contre le rakett mafieu ou d'organiser des assises et débats publics sur l'alimentation pour éveiller les consciences des consommateurs.
a écrit le 13/09/2019 à 13:08 :
Exploitation des ouvriers et mafia, les plaies de l'agriculture italienne

c'est aussi en France la mafia est omniprésente, protégée encouragée par le nouveau monde LaRem Modem planifie organise la misère, l'exploitation des étudiants et des chômeurs pour des petits boulots précaires, payés une misère, sans assurance risques professionnels, sans droits ... sans retraite future ...

qui d'autre qu'une mafia au pouvoir peut engendrer 2 suicides d'agriculteurs par jour en France ?
Réponse de le 13/09/2019 à 15:33 :
qui d'autre : la FNSEA et non le gouvernement. Pour cela il faut connaitre le monde agricole. Ce gouvernement n'est là que depuis 2 ans. Les ravages dans le monde agricole existe depuis 30 ans et les plus en difficulté sont les agriculteurs qui appliquent les recommandations de la FNSEA.
Réponse de le 13/09/2019 à 19:04 :
@ gepitau le 13/09/2019 à 15:33 :

vous avez raison pour la FNSEA ...

s'agissant du gouvernement Philippe, les Français se souviennent que les Députés LaREM et les membres de ce gouvernement viennent du LR ex UMP ex RPR / UDF et du Modem Bayrou DeSarnese Goulard etc... qui ont gouverné avec Chirac Sarkozy Fillon Raffarin

Macron a été le principal conseillé de Hollande et ministre de Valls

bref ceux qui ont massacré l'agriculture française et aussi l'industrie française

maintenant ils ajoutent le massacre sociétal de la France.

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :