Face à un "net affaiblissement" de son économie, la Chine veut continuer à "s'ouvrir au monde"

Entre les confinements, notamment à Shanghai, le chômage en hausse et les perturbations sur les chaînes d'approvisionnement, l'économie chinoise est perturbée. La Chine a dévoilé ses pires performances économiques en deux ans, qui mettent d'ailleurs en péril son objectif de croissance de 5,5% pour 2022. Le gouvernement plaide donc en faveur de mesures d'urgence pour soutenir son économie, assurant qu'elle resterait tout de même « ouverte sur le monde ». Pékin ne semble néanmoins pas vouloir assouplir sa politique zéro Covid.

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Alors que Shanghai, la capitale économique du pays, est paralysée depuis début avril, le pouvoir multiplie les gestes pour tenter de soutenir la conjoncture.
Alors que Shanghai, la capitale économique du pays, est paralysée depuis début avril, le pouvoir multiplie les gestes pour tenter de soutenir la conjoncture. (Crédits : Thomas Peter)

La Chine n'arrive pas à se défaire du regain épidémique de Covid-19 qu'elle affronte depuis plusieurs mois. Les confinements déclenchés dans plusieurs villes pour y faire face pèsent en plus lourdement sur la production, la consommation et les chaînes d'approvisionnement.

Face à cette situation, le Premier ministre chinois Li Keqiang a déclaré que « tous les services de toutes les localités doivent renforcer leur sentiment d'urgence ». « Toute mesure appropriée doit être mise en œuvre là où c'est possible », a-t-il indiqué mercredi 18 mai selon la télévision publique CCTV.

Il a ajouté que ces mesures de soutien devaient permettre un « retour rapide à la normale » pour une économie montrant des signes de « net affaiblissement » depuis mars, et surtout en avril.

Alors que Shanghai, la capitale économique du pays, est paralysée depuis début avril, le pouvoir multiplie les gestes pour tenter de soutenir la conjoncture. La stratégie zéro Covid est de plus en plus contestée par les milieux d'affaires, qui s'alarment des menaces que font peser les confinements sur l'activité des entreprises et les chaînes d'approvisionnement.

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L'objectif de 5,5% de croissance en péril

La Chine a dévoilé lundi ses pires performances économiques depuis deux ans, avec un taux de chômage qui a bondi en avril à 6,1% - proche du record absolu.

Ce ralentissement de l'économie met en péril l'objectif de croissance de 5,5% fixé par Pékin. Nombre d'économistes doutent que le géant asiatique parvienne à son objectif, qui marquerait en Chine la plus faible croissance depuis 1990 hormis 2020, année initiale de la pandémie. « La stabilité de l'économie n'est pas seulement une question économique, mais aussi de stabilité sociale », a averti le Premier ministre chinois Li Keqiang, dans un discours samedi 14 mai.

Voilà pourquoi le pouvoir va devoir « accélérer les mesures de relance », prévient le cabinet Gavekal Dragonomics. Pour soutenir la croissance, Pékin a ainsi abaissé dimanche le taux d'intérêt hypothécaire pour les acheteurs d'un premier logement. L'immobilier et la construction, qui pèsent plus du quart du PIB de la Chine, avaient joué un rôle essentiel pour la reprise en 2020, après la première vague épidémique. Mais ces secteurs sont aujourd'hui grippés : en avril, les ventes de logement ont accusé une baisse de 39% sur un an, selon le BNS.

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Changement de politique envers les entreprises du numérique

Dans son allocution de ce mercredi, Li Keqiang a également appelé à soutenir les entreprises du secteur technologique et numérique qui souhaitent s'introduire en Bourse, en Chine mais aussi à l'étranger. Ce qui s'apparente à un revirement de la politique en vigueur.

Sous pression de Pékin, le champion du VTC Didi Chuxing, équivalent en Chine d'Uber, s'était précipitamment retiré de la Bourse de New York en décembre, après cinq mois de cotation. Son entrée en Bourse aux États-Unis avait provoqué le mécontentement des autorités chinoises, qui craignaient un transfert de données sensibles.

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Depuis fin 2020, les autorités chinoises ciblent certaines pratiques des géants du numérique, notamment en matière de collecte de données personnelles, jugées abusives, et de concurrence. Pékin a ainsi multiplié les coups contre les puissantes firmes de l'internet, empêchées de lever de l'argent à l'international ou mises à l'amende pour abus de position dominante.

Mais ce mardi, le pouvoir communiste a reçu plusieurs chefs d'entreprise, suscitant l'espoir d'un rabibochage avec ce secteur. Robin Li, le patron du moteur de recherche chinois Baidu, était parmi les invités présents. « Il faut nous adapter aux changements induits par l'économie numérique [...] et soutenir (son) développement sain et durable », avait souligné le vice-Premier ministre Liu He, cité par CCTV.

Fin avril, le gouvernement avait déjà affiché son soutien à l'économie numérique. Mais les difficultés du secteur persistent. Symbole de cette mauvaise passe: le géant de l'internet Tencent (jeux vidéo, application de messagerie WeChat) a annoncé mercredi une croissance trimestrielle de son chiffre d'affaires proche de zéro. C'est le rythme le plus lent depuis l'entrée en Bourse de la compagnie en 2004, selon l'agence Bloomberg.

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Trouver l'équilibre entre l'épidémie et les affaires...

Mercredi, le président Xi a de son côté « insisté sur le fait que la volonté de la Chine de s'ouvrir au monde ne changera pas », selon un texte lu par un ministre étranger. « La porte de la Chine s'ouvrira toujours largement sur le monde », a-t-il ajouté dans un discours diffusé par vidéo lors d'un sommet commercial.

Il a également dit que la Chine « continuerait à entretenir un environnement favorable aux affaires », à la hauteur des besoins internationaux. Une manière pour le président chinois d'appeler à un « équilibre » entre la réponse à l'épidémie de Covid-19 et le développement économique.

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...sans assouplir la politique « zéro covid »

Pour autant, la Chine ne montre aucune volonté d'assouplir sa politique dite du zéro Covid, malgré le coût économique pour les commerces, le tourisme, les ventes de voitures et les conséquences sur le taux de chômage. Et il y a quelques jours encore, les règles limitant les sorties du territoire ont été renouvelées à l'encontre des citoyens chinois. 

Dans une étude publiée récemment, la chambre de commerce allemande a montré que seul un petit nombre d'entreprises avaient pu reprendre leur activité, tandis que les personnels étrangers prévoyaient de plus en plus de quitter le pays pour fuir les restrictions. La plupart des étrangers sont interdits d'entrée en Chine depuis le printemps 2020.

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(Avec AFP)

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Commentaires 6
à écrit le 20/05/2022 à 17:43
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la Chine : s'ouvrir au monde pour exporter, et rester fermée au monde pour importer !

à écrit le 19/05/2022 à 22:12
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"..sans assouplir la politique « zéro covid »" Le Covid est un prétexte ,ils sont en train de faire une guerre larvée en bloquant des milliers de bateaux dans les ports avec du matos qui créait ensuite des pénuries un peu partout dans le monde.Pen...

à écrit le 19/05/2022 à 20:37
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... et bientot , pour nos ( tres nombreux ) amis de l ' est : Asterix en Corse* ..... en langue chinoise !!!!! . Un carton disent deja les expert$ ... . ... AFF ISS pe Corsica* . ...

à écrit le 19/05/2022 à 19:33
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Si la Chine vous intéresse, lisez "Un siècle chinois" de Jean Tuan (C.L.C. Éditions), publié en avril 2022. Préfacé par Marie Holzman, sinologue respectée, ce récit évoque le parcours du père de l'auteur venu en France en 1929 depuis la Chine, leur i...

à écrit le 19/05/2022 à 17:59
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Pour la Chine, s'ouvrir au monde signifie le rendre plus dépendant.

à écrit le 19/05/2022 à 16:58
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Le PCC toujours ouvert aux capitaux étrangers mais pas à la démocratie...

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