Israël : le sang de Soukkott

Le Hamas fait revivre à l’État hébreu le traumatisme de la guerre du Kippour en 1973.
Le 7 octobre. Dans le sud d’Israël, la ville d’Ashkelon a été touchée par une salve de roquettes palestiniennes.
Le 7 octobre. Dans le sud d’Israël, la ville d’Ashkelon a été touchée par une salve de roquettes palestiniennes. (Crédits : latribune.fr)

Ce samedi matin devait être un jour de joie en Israël, à l'issue des fêtes juives de Soukkot (la fête des cabanes), dont le point d'orgue est la célébration de Sim'hat Torah. Mais les épisodes de liesse n'ont pas eu lieu. À 6 h 30, les Israéliens ont été réveillés au son de sirènes retentissant dans tout le pays. Ils se sont précipités dans les abris, face au déluge de roquettes (2 200 à la mi-journée) tirées par le mouvement armé palestinien Hamas depuis Gaza. Une attaque surprise sans précédent, perpétrée depuis les airs, la terre et la mer à une date symbolique : près de cinquante ans jour pour jour après le déclenchement de la guerre du Kippour visant à détruire l'État hébreu, le samedi 6 octobre 1973.

Alors que quelques lève-tôt de Tel-Aviv se sont risqués à poster sur les réseaux sociaux des messages humoristiques faisant état de leur déception face à l'annulation plus que certaine le soir même d'un concert de la pop star américaine Bruno Mars, un sentiment de sidération, de tristesse et d'effarement a rapidement gagné la Toile et tout le pays.

Loin de constituer un nouvel épisode routinier dans le bras de fer sans fin entre Israël et le Hamas, le début de cette « guerre de Soukkot » a placé la population israélienne, pourtant rompue à ces flambées de violence, dans un état de choc et de confusion, à mesure que déferlait le flot de nouvelles en provenance du sud du pays.

Les images de la télévision israélienne montrant un bulldozer franchissant la barrière frontalière entre la bande de Gaza et l'État hébreu ; celles d'hommes du Hamas débarquant en parapente ; celles faisant état, en live, de l'infiltration de dizaines de terroristes masqués et armés jusqu'aux dents dans une zone agricole ou circulant en jeep dans les rues vides de la principale ville frontalière, Sderot ; le récit des participants à une rave party la nuit précédente ayant dû fuir dans la nature pour échapper aux terroristes qui, logés dans une camionnette, « ont commencé à tirer sur [eux] dans toutes les directions avec des missiles RPG » ; les appels au secours des familles des kibboutz frontaliers de Gaza, barricadées dans leurs maisons et suppliant sur WhatsApp qu'on leur apporte de l'aide (le réseau cellulaire ayant dysfonctionné) ; les rumeurs selon lesquelles 35 Israéliens auraient été kidnappés et emmenés à Gaza, dont un soldat que le Hamas a filmé ensanglanté.

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Opération « Glaive de fer »

Autant de scènes de chaos insoutenables qui ont envahi les ondes et les écrans avant que les services du Maguen David Adom (la Croix-Rouge israélienne) n'officialisent à la mi-journée un premier bilan : 22 Israéliens assassinés dont une femme tuée par une roquette dans le centre du pays et plus de 500 blessés, dont 70 dans un état grave. Le décompte s'est alourdi depuis.

Le rappel à grande échelle de réservistes israéliens n'a fait qu'ajouter à la consternation face à cet enchaînement infernal, l'État juif annonçant l'opération « Glaive de fer » en riposte tandis que les Israéliens, accourus en masse vers les hôpitaux pour donner leur sang, retenaient leur souffle dans l'attente des nouvelles de leurs proches - et des annonces de neutralisation des terroristes. Les experts militaires ont défilé sur les plateaux télé pour commenter l'étonnante vulnérabilité de la frontière sud, l'incroyable défaillance des services de renseignement et les implications régionales, à court et à moyen terme, de l'attaque « Déluge d'Al-Aqsa ». Et de nombreuses voix se sont élevées pour exprimer, au-delà de leur stupeur, un mélange de colère et de frustration.

Une chose est sûre : unis dans l'épreuve, les Israéliens réclameront à tout le moins des comptes. Les manifestations hebdomadaires qui mobilisent (et divisent) depuis sept mois, chaque samedi soir, une partie de la population pour tenter de faire capoter la réforme judiciaire soutenue par le gouvernement de Benyamin Netanyahou et ses alliés de la droite radicale ont été immédiatement annulées. Les militaires réservistes « grévistes » qui participent à ces rassemblements ont répondu présent à l'appel de Tsahal sans une once d'hésitation. Mais le traumatisme de la guerre du Kippour reste sévère et la brutalité de ce réveil de Soukkot risque, lui aussi, de s'inscrire dans la durée.

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Commentaire 1
à écrit le 09/10/2023 à 7:10
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Mon point de vue est différent. Je trouve que les palestiniens ont raison de se défendre, ils sont depuis des années cantonnés, humiliés par Israël comme du beteil, et nec plus ultra de l'humiliation et des vexations c'est les colonies dans la Cisjor...

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