L'Allemagne veut bloquer la vente d'une usine de semi-conducteurs à des investisseurs chinois

Le ministère allemand de l'Économie souhaite empêcher l'acquisition d'une usine du fabricant allemand de semi-conducteurs Elmos par une société suédoise mais détenue par la Chine. Cet achat « constituerait une menace pour l'ordre public et (...) la sécurité » selon une source gouvernementale. Une décision qui intervient dans un contexte de relations tendues avec Pékin, depuis que Berlin souhaite réduire sa dépendance économique envers Pékin.
En refusant que l'usine de puces d'Elmos soit rachetée par des investisseurs chinois, Berlin manifeste sa volonté de garder le contrôle de la production de wafers, ces tranches très fines de silicium indispensables à la fabrication des composants microélectroniques.
En refusant que l'usine de puces d'Elmos soit rachetée par des investisseurs chinois, Berlin manifeste sa volonté de garder le contrôle de la production de "wafers", ces tranches très fines de silicium indispensables à la fabrication des composants microélectroniques. (Crédits : Elmos)

La vente d'une usine du fabricant Elmos, basée à Dortmund dans l'ouest de l'Allemagne et qui produit des semi-conducteurs essentiellement destinés à l'industrie automobile, n'est pas une surprise puisque connue depuis fin 2021. L'entreprise avait en effet annoncé céder son usine pour 85 millions d'euros au suédois Silex Microsystems, propriété du groupe chinois Sai MicroElectronics. Sauf que cette reprise devrait être rejetée ce mercredi sur proposition du ministère de l'Économie lors du conseil des ministres allemand, selon une source gouvernementale.

Selon cette source, il s'agit de décider qui garde la main sur la production de "wafers", ces tranches de silicium très fines utilisées pour fabriquer des composants de microélectronique. L'acquisition « constituerait une menace pour l'ordre public et (...) la sécurité », a expliqué la source pour justifier le veto.

Fin octobre, l'Allemagne avait suscité la controverse en autorisant un investissement chinois dans un terminal portuaire de Hambourg (premier port de commerce allemand et troisième européen), même si la part cédée avait été limitée afin d'empêcher toute influence dans les décisions stratégiques de la société. Il y a actuellement 44 projets d'investissements étrangers en Allemagne à l'examen, dont 17 proviennent de Chine, indique-t-on dans l'entourage du ministère de l'Économie.

Lire aussiEn France et en Allemagne, le recul de l'industrie manufacturière est plus fort qu'attendu

L'Allemagne veut réduire sa dépendance à la Chine

La dépendance économique de l'Allemagne à la Chine, son premier partenaire commercial, est remise en question à Berlin, dans le contexte de montée des tensions géopolitiques entre Pékin et les Occidentaux.

Si le chancelier Olaf Schoz n'entend pas tourner le dos au géant asiatique, comme l'a illustré son récent déplacement en Chine, il souhaite « des relations économiques équitables, avec une réciprocité » notamment dans les « investissements », a-t-il dit à Pékin.

La nouvelle stratégie de Berlin consiste à « réduire les dépendances unilatérales, devenir plus indépendant, empêcher la fuite des technologies clés et protéger l'infrastructure et les capacités de production propres », selon la source gouvernementale.

Lire aussiOlaf Scholz en Chine pour préserver le modèle économique allemand

L'Europe face au défi de rester unie

Les relations entre les Occidentaux et la Chine sont tendues depuis la suspension de l'accord de protection des investissements à cause des violations des droits de l'homme en Chine et à Hong Kong. Mais le positionnement des Européens est rendu difficile à cause de ses dépendances en termes de semi-conducteurs, de terres rares et de minerais stratégiques.

Or, dans une période de grande tension sur les marchés de l'énergie et au moment où l'UE doit s'habituer à se priver de gaz russe bon marché, la gestion de la relation avec la Chine sera déterminante pour la sécurité économique et géostratégique de l'UE, avertissent les services de la diplomatie européenne.

Dans ce contexte, certains Européens pourraient être tentés de se jeter dans les bras des États-Unis et de rallier la stratégie d'affrontement contre Pékin en échange de la sécurité militaire et des fournitures d'énergie et de minerais par Washington. Une dangereuse, selon la mise en garde de diplomates européens.

« Il faut sortir des dépendances, pas leur substituer d'autres dépendances », avertissait le mois dernier un responsable européen à Bruxelles.

Reste à savoir si, face à cette nouvelle ère qui s'annonce, les Européens résisteront à la tentation d'avancer en ordre dispersé.

« L'UE et les États membres doivent lutter contre les tentatives de la Chine de mettre en œuvre sa tactique de "diviser pour régner" (...) et se tenir à l'écart d'initiatives isolées et non coordonnées qui affaibliraient notre position commune », préviennent les diplomates européens.

Lire aussiLe cavalier seul du chancelier allemand vis-à-vis de la Chine agace de plus en plus les Européens

(Avec AFP)

Sujets les + lus

|

Sujets les + commentés

Commentaires 4
à écrit le 09/11/2022 à 14:36
Signaler
Il y avait eu aussi la vente aux Chinois du constructeur de robots KuKa, basé a Augsburg, un leader du marché qui avait été mon client dans les années 90. Cette vente n'avait provoqué que des réactions assez molles en Allemagne.

à écrit le 08/11/2022 à 18:40
Signaler
Et notre dépendance à la main d'oeuvre étrangère, on y fait quoi ?

à écrit le 08/11/2022 à 18:38
Signaler
Bonjour, bon ils me semblent importants de réduire les investisseurs de groupe chinois dans l'électronique et dans les composants électroniques... Ils me semblent importants de défendre notre souveraineté... Cela passe aussi par ce maintient en Eur...

à écrit le 08/11/2022 à 18:22
Signaler
Et le port de Hambourg?

Votre email ne sera pas affiché publiquement.
Tous les champs sont obligatoires.

-

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.