L'ancien directeur de campagne de Trump dans la tourmente pour son passé tumultueux

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Le cabinet de Paul Manafort avait été surnommé  le lobby des tortionnaires dans un rapport rédigé par un groupe de journalistes d'investigation américains.
Le cabinet de Paul Manafort avait été surnommé "le lobby des tortionnaires" dans un rapport rédigé par un groupe de journalistes d'investigation américains. (Crédits : REUTERS/Carlo Allegri)
Entre 2012 et 2014, l'ancien directeur de campagne de Donald Trump Paul Manafort a reçu plus de 17 millions de dollars du parti de Régions. Cette formation politique ukrainienne, anciennement dirigée par un autocrate au passé tumultueux, entretient des relations de proximité avec Vladimir Poutine depuis des années.

Les charges s'accumulent contre les proches de l'équipe de campagne de Donald Trump. Le Washington Post a révélé, dans son édition du mardi 27 juin, que la firme de l'ancien directeur de campagne de Donald Trump Paul Manafort avait reçu plus de 17 millions dollars pendant deux ans d'un parti politique ukrainien, appelé le parti des Régions très proche du Kremlin et de Vladimir Poutine.

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Paul Manafort est l'un des nombreux conseillers du président américain a faire l'objet d'une attention particulière de la part de Robert Mueller, nommé procureur spécial au mois de mai dernier pour mener les investigations sur les liens entre la Russie et l'équipe de campagne de Donald Trump.

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Un ancien directeur sous surveillance

Manafort a révélé l'ensemble des sommes que sa firme avait touché entre 2012 et 2014 en vertu du Foreign Agents Registration Act, qui oblige les conseillers de clients étrangers à déclarer leurs activités. L'ancien directeur de campagne du milliardaire et son associé Richard Gates ont ainsi expliqué dans un document de 87 pages tous les efforts entrepris pour influencer la politique américaine envers l'Ukraine.

Le parti des Régions a notamment employé M.Manafort pour aider à redorer l'image de son leader Viktor Ianoukovitch, ancien président ukrainien. Cet autocrate proche du Kremlin avait fui l'Ukraine en février 2014 pour la Russie après trois mois de contestation et de révolte à Kiev. Ce dernier faisait également l'objet d'un avis de recherche par Interpol.

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Victor Ianoukovitch

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L'ancien président ukrainien Viktor Ianoukovitch fortement contesté lors d'une conférence de presse en Russie en mars 2014. (Crédits : Maxim Shemetov/Reuters.)

Les premiers documents de Manafort, consultés par le New York Times, indiquent que ce consultant a été retenu par le parti des Régions pour aider les candidats du parti à gagner les élections au niveau national et régional. Sa mission consistait également à favoriser des liens entre ces candidats et les diplomates américains basé à Kiev la capitale.

Une communication parcellaire

Le porte-parole de monsieur Manafort Jason Maloni a déclaré que "l'objectif principal de Paul était de s'occuper de la campagne politique d'un parti ukrainien, et c'est ce que montre les documents révélés aujourd'hui". Mais ces déclarations n'exposent qu'une partie des actions menées par la firme de Paul Manafort. Les dossiers consultés par la presse américaine soulignent que le travail du cabinet de conseil consistait également à accompagner les officiels ukrainiens dans leurs négociations avec les membres du gouvernement américain. Le cabinet devait également apporter du conseil pour le centre européen pour une Ukraine moderne, une organisation à but non-lucratif qui comprend des membres du parti de Ianoukovitch.

Les documents apportent également des éclairages sur les rencontres effectuées entre Paul Manafort et le membre de la Chambre des représentants Dana Rohrabacher, un républicain de la Californie connu pour ses positions pro-russes. Enfin, les extraits de dossiers divulgués dans les médias outre-Atlantique informent sur les relations entre le parti des Régions et des entrepreneurs américains. M.Manafort a par exemple fait appel à Tony Fabrizio, un entrepreneur spécialiste des sondages qu'il a payé des centaines de milliers de dollars au moment où il travaillait pour le parti ukrainien. M.Fabrizio a également travaillé pour la campagne présidentielle de Donald Trump.

Les derniers documents, mis au grand jour, ne couvrent pas toute la période où M.Manafort a travaillé en Ukraine. L'ancien stratége de Trump est également soupçonné d'avoir reçu 22 versements entre 2007 et 2012 pour un montant total de 12,7 millions de dollars provenant du parti de M.Ianoukovitch.

Un ancien directeur de campagne au passé tumultueux

Le 19 août dernier en pleine campagne présidentielle, Donald Trump avait annoncé lui même la démission de son directeur de campagne Paul Manafort dans un communiqué. "Ce matin, Paul Manafort a offert, et j'ai accepté, sa démission de la campagne. Je suis très reconnaissant de son excellent travail pour nous aider à être là où nous sommes aujourd'hui". Ce départ faisait suite à des informations du NewYork Times qui avaient révélées que Paul Manafort s'était retrouvé au centre d'une affaire de corruption en Ukraine.

Après sa démission, Paul Manafort a été remplacé par la spécialiste des sondages Kellyanne Conway. Celle qui est devenue l'une des principales conseillères de M.Trump à la Maison-Blanche s'est fait connaître au mois de janvier dernier pour avoir promu les "faits alternatifs" - autrement dit des mensonges - au moment de l'investiture du milliardaire à la Maison-Blanche.

> Lire aussi : Qui est Kellyanne Conway, la conseillère de Trump à l'origine des "faits alternatifs" ?

Outre ses connexions avec l'Ukraine, le lobbyiste américain a entretenu de nombreuses relations politiques et commerciales avec des dirigeants africains au passé peu reluisant. En co-fondant son cabinet de lobbying Black, Manafort, Stone and Kelly (BMS & K) en 1982, Paul Manafort a ainsi pu conseiller Mobutu Sese Seko au Zaïre, Jonas Savimbi en Angola, Siad Barre en Somalie, Ibrahim Babangida au Nigeria, Daniel arap Moi au Kenya, et Teodoro Obiang en Guinée équatoriale. Au moment de la Guerre froide, beaucoup de pays ont cherché à se rapprocher des Etats-Unis avant que le mur de Berlin ne tombe, comme l'a expliqué Riva Levinson, ancienne salariée du cabinet de Manafort interrogée par le Monde Afrique :

 "C'était l'époque où Ronald Reagan avait demandé quelques mois auparavant à Gorbatchev d'abattre le mur [de Berlin]. C'était une époque de transition, et beaucoup de pays autour du monde cherchaient à se ranger derrière les Etats-Unis contre les Soviétiques."

A la suite de la mise au grand jour de toute cette clientèle, le cabinet de Paul Manafort avait été surnommé  "le lobby des tortionnaires" dans un rapport rédigé par un groupe de journalistes d'investigation américains rassemblés au sein du Center for public Integrity. Le passé trouble de M.Manafort et ses liens avec Donald Trump pourraient ainsi jouer en défaveur du président américain dans le cadre de l'enquête sur les probables collusions entre la Russie et son équipe de campagne.

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