L'avenir des jeunes filles de 10 ans, enjeu majeur pour le développement durable

Un rapport du Fonds des Nations Unies pour la population souligne l'importance de l'avenir des jeunes filles de 10 ans pour le développement économique mondial. Un enjeu peu connu, mais désormais crucial.

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L'avenir des filles de 10 ans déterminera le monde de demain.
L'avenir des filles de 10 ans déterminera le monde de demain. (Crédits : Reuters)

Dans son dernier rapport sur l'état de la population mondiale en 2016, publié ce jeudi 20 octobre, le Fonds des Nations Unies pour la population (UNFPA) a décidé de s'intéresser au sort des jeunes filles de 10 ans. Selon l'UNFPA, leur avenir est en effet déterminant pour réaliser les objectifs de développement durable que les Nations Unies se sont fixées en 2030. « L'aspect du monde dans 15 ans dépendra de faire tout ce qui est en notre pouvoir pour éveiller le potentiel des filles âgées de dix ans aujourd'hui », résume Babatunde Osotimehin, le secrétaire général adjoint des Nations Unies et directeur exécutif de l'UNFPA.

Âge crucial

Pourquoi ? Parce que 10 ans est un âge crucial pour les jeunes filles. « A cet âge, au début de la puberté, les jeunes filles sont, notamment dans les pays en développement, en danger », explique Benoît Kalasa, directeur de la division technique de l'UNFPA. « Dans beaucoup de régions, cette jeune fille court le risque d'un mariage précoce, de devenir victime de trafic sexuel ou de mutilation génitale. Autant de risques qui lui bouchent ses perspectives d'avenir », ajoute-t-il. La non-scolarisation a certes beaucoup reculé ces dernières années, mais elle demeure plus élevée chez les filles que chez les garçons. Au niveau de l'école primaire, la non-scolarisation touche 10 % des jeunes filles en 2014 (contre 18 % en 2000), mais seulement 8 % des garçons.

Coût économique

L'UNFPA insiste particulièrement sur le coût économique de la marginalisation des jeunes filles. « Lorsqu'a lieu un mariage et une grossesse précoce dans certaines communautés, il existe des risques sanitaires importants, mais aussi celui que la jeune fille soit exclue de l'école et se retrouve avec 3 ou 4 enfants à 25 ans », explique Benoît Kalasa qui pointe alors le coût démographique et social pour les pays, mais aussi le risque pour le capital humain en cas de non-scolarisation. L'UNFPA a calculé qu'une jeune fille scolarisée pouvait augmenter les revenus d'un pays deux fois plus qu'une jeune fille non scolarisée. « Nous insistons auprès des autorités locales sur le fait qu'il s'agit d'un investissement pour l'avenir et qu'il y a un retour sur cet investissement », ajoute Benoît Kalasa.

Comment agir ?

Pour ce dernier, il est donc important de se concentrer sur le devenir des 60 millions de jeunes filles de 10 ans que compte le monde vivant à 95 % dans les pays en développement, parce que « selon les choix qui seront effectués, nos objectifs de développement durable seront un échec ou un succès ». « Dix ans offre une fenêtre d'opportunité que nous devons saisir », conclut-il. L'UNFPA demande donc aux gouvernements de développer leurs politiques pour « mettre hors-la-loi les pratiques nuisibles comme les mariages d'enfants » et « verser des montants en espèces aux parents de filles de condition très modeste afin de défrayer les coûts de scolarisation ».

Un problème économique

Benoît Kalasa souligne, du reste, que le problème est moins « culturel » qu'on ne le croit. « Nos recommandations sont les plus difficiles à mettre en œuvre dans les pays les plus pauvres et là où règne l'insécurité », ajoute-t-il. Dans ces régions, les parents font souvent le choix, pour des raisons financières, de laisser le garçon à l'école plutôt que la fille, ils font souvent le choix d'un mariage précoce pour avoir une « bouche de moins à nourrir » et recevoir une dot. « Nous avons remarqué que, dans des pays où il n'y a pas de traditions de mariage précoce, comme parmi les réfugiés syriens de Jordanie, ces pratiques apparaissent en raison de la vulnérabilité financière », indique Benoît Kalasa.

Intérêt du rapport

Ce type de rapport permet de faciliter le travail sur le terrain. « La solution est au niveau local, au sein même des communautés, en convainquant les familles », explique Benoît Kalasa. Les rapports permettent d'agir auprès des pays où il y a de la résistance. « Les décisions sont mieux acceptées quand ces pays prennent conscience que l'enjeu et les problèmes sont globaux », ajoute-t-il. L'UNFPA peut aussi, grâce à ces rapports, agir sur les législations locales et persuader les Etats développés d'aider davantage les efforts financiers des pays concernés.

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Commentaires 2
à écrit le 22/10/2016 à 13:58
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Il faut mettre en place très rapidement un plan international d'aide à l'Afrique. Un gigantesque plan Marshall doté de centaines de milliards d'euros financés par les 20 ou 30 pays les plus riches de la planète. Il faut ne s'occuper que de deux objec...

à écrit le 20/10/2016 à 14:15
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Merci pour cet article même s'il est quand même franchement déplorable que pour dénoncer les mariages forcées, les mutilations et la prostitution des jeunes filles de dix ans on soit obligé afin d’interpeler les décideurs publics et privés de parler ...

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