Développement durable : les souhaits de Marlon Brando et du capitaine Nemo exaucés

Fabien Piliu, à Papeete

Fabien Piliu, à Papeete
Colliers de fleurs, monoï, lagons et... innovations. Tahiti et les îles de la Polynésie française, dont la surface totale est comparable à celle de l'Europe, ne sont pas seulement des paysages de rêve. C'est aussi une terre d'innovations, tout particulièrement dans le développement durable. Après l'hôtel Intercontinental de Bora Bora qu'il possède, le groupe Pacific Beachcomber SC (PBSC) a équipé l'hôtel Brando dont il est également propriétaire d'un système de climatisation révolutionnaire et écologique, le Sea Water Air Conditionning system (SWAC). Situé sur l'un des deux motus de l'atoll de Tetiaroa que PBSC loue aux héritiers de Marlon Brando, le Brando est le deuxième hôtel au monde à s'équiper de ce système.
Concrètement, ce système utilise l'eau de mer présente dans les profondeurs pour climatiser l'hôtel. Une fois pompée, cette eau froide (sa température oscille entre +3° et +6 °) passe par un échangeur thermique en titane et refroidit un circuit secondaire d'eau douce qui alimente en eau froide tous les locaux à climatiser. Ensuite, à la sortie de l'échangeur thermique, l'eau de mer est renvoyée à l'océan.
Techniquement, cet échangeur se présente ainsi comme un millefeuille de plaques en titane alvéolées. L'eau de mer circule sur une des faces de ces plaques, qui se refroidissent à son passage. De l'autre côté de ces plaques, l'eau douce du circuit secondaire circule dans les alvéoles et se refroidit par simple contact.
Selon les experts, le Swac permet à l'hôtel de Bora Bora de réaliser 90% d'économie d'énergie par rapport à un système classique, soit l'équivalent 2,5 millions de litres de fuel par an et autant de gaz à effet de serre en moins.
Après la première expérience de Bora Bora, le développement du Swac à l'hôtel Brando de Tetiaora, située à une soixantaine de kilomètres au nord de Tahiti, valide techniquement et économiquement cette innovation qui concrétise le souhait de Marlon Brando de faire de son atoll - qui appartient toujours à ces héritiers - un paradis écologique. Un souhait qui a commencé à prendre forme après la rencontre de l'acteur américain avec Richard Bailey, le propriétaire du groupe PBSC qui loue deux motus sur les douze qui composent l'atoll de Tetiaroa.
Chaque semaine, les enjeux clés de la transition écologique.

L'hôtellerie de luxe n'est pas le seul secteur à s'intéresser à cette innovation. L'hôpital de Taaone, à Tahiti, est en passe de s'équiper d'un Swac. C'est également le cas de la ville de Port-Louis, la capitale de l'île Maurice, pour climatiser les bâtiments du centre-ville. En revanche, le projet de Saint-Denis sur l'île de la Réunion, ainsi que celui d'Honolulu, la capitale d'Hawaii, sont pour l'instant retardés.
Sans réelle surprise, les ruptures technologiques sont parfois fragiles, et ce procédé n'est pas à l'abri de dysfonctionnements. En avril, après dix ans de bons et loyaux services, le système de climatisation de l'hôtel Intercontinental du groupe Pacific Beachcomber de Bora Bora, qui représentait un investissement d'environ 5 millions d'euros, est tombé en panne.
Par ailleurs, des freins existent à son développement. Des conditions géographiques optimales sont requises. En, effet, pour que ce système soit efficace, il faut une forte pente du tombant océanique afin de réduire la longueur de la conduite profonde de pompage d'eau. Pour l'hôtel de Bora Bora, c'est à une profondeur de 935 mètres que l'eau est prélevée ! À Tetiaroa, c'est à une profondeur de 960 mètres que le pompage est réalisé.
Ensuite, pour que ce système soit rentable, il faut que le prix de l'énergie classique soit élevé, ce qui permet de relativiser le coût du Swac. C'est le cas en Polynésie française, où l'énergie provient essentiellement de centrales thermiques utilisant les énergies fossiles, dont le prix est en moyenne trois fois plus élevé qu'en Métropole. Mais ce n'est pas le cas partout. Ainsi, dans la Manche, où la profondeur de l'eau ne dépasse pas 80 mètres, développer un Swac serait une aberration économique puisque l'on ne pourrait y pomper de l'eau froide, que l'usage de la climatisation est rare dans cette zone tempérée et parce que le prix de l'électricité est plus bien faible qu'en Polynésie française.
Le Swac n'est pas le seul projet innovant en cours de développement en Polynésie française. Imaginée par Jules Verne - qu'on se souvienne du capitaine Nemo, héros de "Vingt mille lieues sous les mers", estimant qu'il aurait pu, "en établissant un circuit entre des fils plongés à différentes profondeurs, obtenir de l'électricité par la diversité des températures qu'ils éprouvaient... ", le développement de l'énergie thermique des mers (ETM) est en passe de se réaliser.
Concrètement, cette innovation consiste à tirer parti des importantes différences de températures dans l'océan pour faire tourner une turbine et créer ainsi de l'énergie totalement propre.
À lire également
Jean Hourçourigaray, l'un des fondateurs d'Airaro, une startup spécialisée dans la mise en place de projets d'énergies marines en milieu insulaire, dont le Swac et l'ETM, explique pourquoi il a créé son entreprise :
Convaincu du bien-fondé de sa démarche, il poursuit :
Fabien Piliu, à Papeete