L'économie mondiale s'essouffle plus que prévu selon le FMI

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En phase avec la faible croissance de la demande finale, l’inflation hors alimentation et énergie dans l’ensemble des pays avancés a fléchi pour s’établir
en deçà des objectifs fixés (par exemple aux États-Unis) ou est restée largement au-dessous (zone euro, Japon) expliquent les conjoncturistes du FMI.
"En phase avec la faible croissance de la demande finale, l’inflation hors alimentation et énergie dans l’ensemble des pays avancés a fléchi pour s’établir en deçà des objectifs fixés (par exemple aux États-Unis) ou est restée largement au-dessous (zone euro, Japon)" expliquent les conjoncturistes du FMI. (Crédits : Yuri Gripas)
Le FMI anticipe une croissance du PIB mondial de 3,2% en 2019 et 3,5% en 2020 contre 3,3 et 3,6% en avril. L'organisation a évoqué les effets persistants des tensions commerciales sur la confiance des acteurs économiques. Il s'agit de la quatrième révision à la baisse des anticipations du Fonds depuis un an mais, à l'inverse des précédentes, elle tient cette fois pour l'essentiel aux pays émergents, toutes régions confondues.

C'est une mauvaise nouvelle pour l'économie planétaire. Selon les dernières prévisions économiques du fonds monétaire internationale (FMI), la croissance du produit intérieur brut (PIB) mondial devrait s'établir à 3,2% en 2019 et 3,5% en 2020, soit 0,1 point de moins que lors des projections du printemps dernier.

Le fonds note "qu'une nouvelle escalade (des tensions commerciales )a été évitée à la suite du sommet du G-20 en juin dernier. Les chaînes mondiales d'approvisionnement en technologies ont été menacées par la perspective de sanctions américaines, l'incertitude liée au Brexit a persisté et la montée des tensions géopolitiques a orienté à la hausse les prix de l'énergie".

Les récentes tensions dans le détroit d'Ormuz devraient raviver les craintes d'une flambée des prix du pétrole.

Les États-Unis font largement mieux que prévu

Dans le détail, les économistes de l'institution internationale ont révisé à la hausse leurs projections pour la première puissance économique mondiale. Ainsi, les États-Unis afficheraient une croissance de 2,6% cette année et 1,9% l'année prochaine contre 2,3% et 1,9% annoncés au printemps. Le coup de frein attendu pour l'année prochaine correspond à la fin de la relance budgétaire annoncée par Donald Trump. Si les chiffres pour le premier trimestre ont été plutôt favorables, la demande intérieure a été plus décevante qu'anticipée, "de même que les importations, en partie à cause de l'effet des droits de douane". Les experts basés à Washington anticipent un essoufflement de l'activité en fin d'année. La FED a révisé à la baisse la trajectoire attendue de son taux directeur.

En Europe, les conjoncturistes sont un peu plus optimistes qu'au printemps dernier. Dans la zone euro, la croissance du PIB devrait atteindre 1,3% en 2019 et 1,6% en 2020, soit 0,1 point de plus que lors des précédentes prévisions. L'économie allemande a clairement marqué le pas depuis 2017. L'activité est passée de 2,2% en 2017 à 1,4% l'année dernière avec une fin d'année catastrophique pour l'industrie outre-Rhin. Pour cette année, le ralentissement devrait être encore plus marqué que prévu avec 0,7% de croissance (0,8% anticipé en avril) avant de rebondir à partir de 2020. L'affaiblissement de la demande extérieure a de répercussions sur le moteur industriel allemand fortement exposé aux difficultés du commerce mondial.

Pour la France, les prévisions économiques restent inchangées avec 1,3% cette année et 1,4% l'année prochaine. Les différentes mesures budgétaires annoncées par Emmanuel Macron à la suite de la crise des "gilets jaunes" devraient soutenir la croissance rappellent les économistes. De grandes incertitudes demeurent tout de même sur le niveau d'épargne et de consommation des Français qui ont vu leur pouvoir d'achat s'accélérer ces derniers mois.

En Italie, la situation est bien plus critique. Le fonds prévoit seulement 0,1% de croissance pour cette année et 0,8% en 2020 contre 0,9% en 2018 et 1,7% en 2017. Les perspectives budgétaires du gouvernement demeurent incertaines et pèsent sur l'investissement et la demande interne.

Après avoir connu une récession technique à la fin de l'année 2018, l'industrie de la péninsule est loin de retrouver des couleurs. Les commandes à l'industrie en Italie ont poursuivi leur baisse en mai avec un recul de 2,5% sur un an, a annoncé la semaine dernière l'institut national des statistiques (Istat).

Pour l'Espagne, les économistes de l'institution internationale ont révisé leurs prévisions de croissance de 0,2 point pour cette année. Le PIB devrait s'établir à 2,3% contre 1,9% en 2020 et 2,6% en 2018. Cette révision favorable s'explique en partie par la vigueur de l'investissement et la faiblesse des importations du début d'année. Dans les mois à venir et 2020, le FMI prévoit une accélération de la croissance pour l'union économique et monétaire en raison d'un possible redressement de la demande extérieure. La Banque centrale européenne devrait maintenir ses taux d'intérêt aux niveaux actuels jusqu'à la fin du premier semestre 2020.

La croissance au Royaume-Uni révisée à la hausse

L'économie britannique se porte mieux qu'anticipé. Selon les dernières projections économiques du fonds, la croissance devrait s'établir à 1,3% en 2019 et 1,4% en 2020 (0,1 point de plus qu'en avril).

Cette révision à la hausse s'explique par "des résultats meilleurs que prévu au premier trimestre, grâce à l'accumulation de stocks pré-Brexit. Cela sera probablement compensé en partie sur le reste de l'année. Le PIB mensuel pour avril s'est fortement contracté, en partie parce que de grands constructeurs automobiles ont avancé leurs fermetures annuelles régulières dans le cadre des plans d'urgence pour le Brexit".

Ces prévisions reposent sur la mise en oeuvre d'un Brexit ordonné en fin d'année. Avec l' arrivée de l'ancien maire de Londres,  Boris Johnson, au 10, Downing Street ce mardi 23 juillet, l'issue du Brexit pourrait bien se compliquer. La date du divorce était initialement fixée au 29 mars, mais a été deux fois reportée faute du soutien d'une majorité de députés à l'accord de Mme May, et pour éviter une sortie sans accord. Pendant sa campagne, Boris Johnson a répété que le divorce serait prononcé fin octobre, accord renégocié ou pas d'accord, promettant un avenir radieux à son pays.

Essoufflement en vue pour la Chine et les émergents

Les prévisions économiques pour les pays émergents ont été fortement révisées à la baisse. Les économistes de l'organisation planétaire ont prévu un PIB de 4,1% en 2019 et 4,7% en 2020 (contre 4,4% et 4,8% en avril dernier).

"En Chine, les effets négatifs de l'escalade des droits de douane et de l'affaiblissement de la demande extérieure ont accentué la pression sur une économie déjà plongée dans un ralentissement structurel et souffrant du durcissement de la réglementation qui est nécessaire afin de freiner la forte dépendance à l'égard de la dette", expliquent les auteurs des projections.

Le gouvernement chinois a prévu des mesures de relance qui devraient soutenir l'activité pour résister aux chocs extérieurs. La croissance du géant asiatique devrait atteindre 6,2% en 2019 et 6% en 2020, soit 0,1 point de pourcentage en mois que les projections du printemps.

Du côté de l'Inde, les prévisions ont également été revues à la baisse. Le fonds anticipe une croissance de 7% en 2019 et 7,2% en 2020 contre 7,3% et 7,5% précédemment. Cette révision à la baisse s'explique par une détérioration de la demande intérieure.

Des risques persistants

Les principaux risques évoqués par les économistes basés dans la capitale américaine restent les nouveaux droits de douane entre les États-Unis et la Chine, les droits de douane américains sur les automobiles ou le Brexit sans accord qui sapent la confiance des chefs d'entreprise. La guerre technologique sans merci entre les deux principales puissances mondiales accroît aussi les tensions sur les chaînes d'approvisionnement dans le secteur.

Le commerce mondial devrait encore souffrir cette année.

"La prévision tient compte du relèvement de 10 à 25 % de droits de douane américains sur 200 milliards d'exportations chinoises en mai 2019, et des mesures de représailles adoptées par la Chine".

Le rythme du volume des échanges devrait ainsi passer de 3,7% en 2018 à 2,5% en 2019 avant de rebondir à 3,7% en 2020. Lors d'un récent point presse,

Clément Rousset de l'Insee expliquait que "après plusieurs relèvements réciproques de taxes douanières entre les États-Unis et la Chine en 2018, les échanges mondiaux ont connu une légère embellie dans le contexte des négociations de 2019 entre les deux pays.

Cette pause dans l'escalade des barrières s'est achevée en mai et pèserait pendant l'été. Le commerce mondial continuerait de ralentir progressivement en rythme annuel (2,6% en 2019 après 4,6% en 2018)".

La multiplication des épisodes de canicule a amené les économistes du FMI à mettre l'accent sur les risques liés au changement climatique.

Ce dernier "demeure une menace majeure pour la santé et les moyens de subsistance dans de nombreux pays, ainsi que pour l'activité économique mondiale. Les stratégies nationales d'atténuation ne recueillent pas un large soutien de la société dans certains pays".

L'organisation regrette que "la coopération internationale soit diluée par la non-participation de pays importants". La politique internationale de Donald Trump a été marquée ces dernières années par le retrait d'accords importants (accords de Paris sur le climat, accords sur le nucléaire iranien). Ces choix stratégiques contribuent à alimenter les tensions sur la scène internationale.

> Lire aussi : Le réchauffement climatique menace des millions d'emplois

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Commentaires
a écrit le 29/07/2019 à 23:06 :
Quand on trafique les chiffres !!! la bidouille et qu'on est confronté a la réalité !!! ... la chute est plus dure !!!
a écrit le 25/07/2019 à 9:36 :
Dumping fiscal, dumping social tandis que l'on écrase le potentiel productif et créatif de l'humain on intensifie la logique oligarchique cupide.

Ah ben tiens la planète se meure !?

"Fermez vos robinets pendant que vous vous lavez les dents et éteignez bien la lumière bande d'inconscients ! Et arrêtez de laver vos voitures et d'arroser votre jardin, vous n'avez qu'à aller payer 15 euros pour ceci et acheter des produits de l'agro-industrie !

"LE DANGER DE LA FORTUNE:«Seul devrait posséder celui qui a de l'esprit: autrement, la fortune est un danger public. Car celui qui possède, lorsqu'il ne s'entend pas à utiliser les loisirs que lui donne la fortune, continuera toujours à vouloir acquérir du bien: cette aspiration sera son amusement, sa ruse de guerre dans la lutte avec l'ennui. C'est ainsi que la modeste aisance, qui suffirait à l'homme intellectuel, se transforme en véritable richesse, résultat trompeur de dépendance et de pauvreté intellectuelles. Cependant, le riche apparaît tout autrement que pourrait le faire attendre son origine misérable, car il peut prendre le masque de la culture et de l'art: il peut acheter ce masque. Par là il éveille l'envie des plus pauvres et des illettrés - qui jalousent en somme toujours l"éducation et qui ne voient pas que celle-ci n'est qu'un masque - et il prépare ainsi peu à peu un bouleversement social : car la brutalité sous un vernis de luxe, la vantardise comédien, par quoi le riche fait étalage de ses "jouissance de civilisé" évoquent, chez le pauvre, l'idée que l'argent seul importe, - tandis qu'en réalité, si l'argent importe quelque peu, l'esprit importe bien davantage.» Nietzsche
a écrit le 24/07/2019 à 11:24 :
on est au bout d un modèle de developpent initié sous Reagan Ratchet......et mettre la essoufflement sur le dos des chicanerie USA/CHINE permet de maintenir un voile pudique sur le dogme du progressisme et du toujours plus......
et quand nos gouvernants nous sommes colique que croissance et durable sont des mots qui vont ensemble....c est a coup d artifices......du type 5 g, objets connectés.....voitures de plus de n plus sophistiquées pour notre soit disant sécurité.....mais en fait on crée un business artificiel dont de moins en moins de gens pourront bénéficier......
le développement d amazone est une ineptie.....et manger des tomates qui viennent du sud de l Espagne aussi.....même si certain nous disent qu elles sont moins carbonées que celle de maraicher du coin
en fait, le commerce mondiale et depuis longtemps subventionné ......par exemple par le gouvernement chinois......pour le profit de quelques uns
mais depuis un moment le transport par bateau rame sec......et c est un indicateur avancé
a écrit le 23/07/2019 à 23:15 :
Il est temps de changer de modèle économique. De toutes façons nous ni couperons pas, le changement du climat se chargera de nous le rappeler.
Turbulences (euphémisme) en perspective.
a écrit le 23/07/2019 à 21:06 :
Vous devriez vous faire une raison, la finalité de votre humanité est de faire du pib, et toujours plus, et rien d'autre.

Moi depuis que j'ai décidé de virer lapin, ça va très bien. Lapin, c'est trop bien. Je peux rien pour vous, je suis un simple spectateur abasourdi. Ne vous laissez plus aveugler par ces phares, laisser vous pousser les oreilles.

Be a rabbit

Bunny Spirit
a écrit le 23/07/2019 à 19:04 :
Moi, quand je suis essoufflé, j'arrête de courir, pas vous ? Alors arrêtons de courir après la croissance, il est plus que temps.
a écrit le 23/07/2019 à 18:55 :
Quelle conclusion tirer de ce constat ? Facile!
Crise économique - Récession - Effondrement du système bancaire - Troubles sociaux - Forte immigration - Montée des Nationalismes----------Guerre.
a écrit le 23/07/2019 à 18:50 :
A cette cadence , le FMI va disparaitre.
La solution existe mais ça n’intéresse personne pourtant c’est ce qu’il faut faire pour relancer d’urgence « l’économie mondiale »

C’est «  idiot » ce qu’il se passe :
Asphyxier l’économie mondiale va à long terme «  bloquer le système dans sa totalité « 

Après le prétexte seront les conflits et les guerres.

Il est «  urgent «  de réguler et mieux partager.
a écrit le 23/07/2019 à 17:14 :
L'effet domino, ou plutôt le quintuple effet : hausse des taxes USA-Chine-UE, l'embargo Japonais vers la Corée du sud et la pression américaine sur l'Iran avec de nombreuses entreprises européennes qui ont du rompre leurs contrats. Ca fini par atteindre la confiance et plomber les échanges commerciaux plus que prévu.
a écrit le 23/07/2019 à 16:48 :
Disons que la mondialisation des échanges est en régression au profit des échanges locaux ce qui est bon pour la planète mais pas pour le compte en banque!
a écrit le 23/07/2019 à 16:10 :
le FMI donne des estimations tous les 4 matins il n'a aucune vision mais étudie des possibilités sur des bases qui sont susceptibles de changer à chaque Tweet de M. Trump, à une invasion de sauterelles dans un pays à un coup de canon ailleurs etc etc. Il est a noter que pour notre pays Mme Lagarde n'a pas laissé une emprunte mémorable dans les postes ministériels qu'elle occupé. L'économie n'est pas une science exacte et ce qui est vrai aujourd'hui sera faux demain. Ne pas oublier que le propre des économistes est d'expliquer le lendemain pourquoi la veille ils ont dit ou écrit une ânerie. Pour conclure le FMI est incapable de se prononcer sur l'avenir à court terme de la planète. Nous avons dans notre pays le même genre de Nostradamus le COR qui en 2017 en moins de 6 mois a écrit tout et son contraire sur la date d'équilibre des comptes de la retraite. Pour savoir ce que sera l'année 2019 et pire 2020 il faut attendre le 31/12 de chaque année toute perspective n'est que spéculation.
a écrit le 23/07/2019 à 15:57 :
un indicateur Morgan Stanley de l'environnement des affaires aux US avait connu en juin dernier la plus forte baisse jamais enregistrée et était au plus bas depuis 2008 (Bloomberg, 14/06/2019). de même, c'est aux USA que l'indicateur IHS Markit des perspectives économiques a le plus baissé parmi les grands pays développés (IHS Markit Global Business Outlook, 15/07/2019). les prévisions FMI prennent ça en compte ?
a écrit le 23/07/2019 à 15:34 :
le Gouvernement US et le Congrès viennent de s'entendre pour une nouvelle hausse importante de la dépense publique (voir Financial Times, par ex.). pas étonnant que la croissance surperforme. et en plus de du soutien étatique, Donald n'arrête pas de demander la baisse des taux de la FED.
le boom du pétrole de schiste depuis 2008 a aussi pas mal contribué au rétablissement de la croissance (on a vu ces dernières années qu'il y a une corrélation entre niveau des prix du pétrole et investissement des entreprises US/rythme de croissance). Schlumberger (comme d'autres) dit depuis 2018 que le boom pétrolier US ralentit. d'ou le coup de frein des dépenses d'investissement des entreprises américaines depuis le 2e semestre 2017 (Poof ! Trump investment boom is gone, MarketWatch, 24/05/2019), probablement. malgré les grosses baisses d'impôts et la forte hausse de la dépense publique...

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