La croissance mondiale ralentit plus vite que prévu selon le FMI

 |   |  1059  mots
La croissance du commerce mondial devrait se stabiliser à 4% jusqu'en 2020 selon les dernières estimations du FMI.
La croissance du commerce mondial devrait se stabiliser à 4% jusqu'en 2020 selon les dernières estimations du FMI. (Crédits : Reuters/Brendan McDermid)
Le FMI a dévoilé ce lundi, lors d'une présentation organisée au forum économique à Davos, ses révisions à la baisse pour l'économie planétaire contrariée par les tensions commerciales et les risques politiques, tels le Brexit au Royaume-Uni ou le coup de frein important en Allemagne.

Les perspectives de ralentissement de l'économie mondiale se confirment. Selon les dernières projections du Fonds monétaire international (FMI) publiées ce lundi 21 janvier, la croissance mondiale devrait atteindre 3,5% cette année et 3,6% en 2020 contre 3,8% en 2018, soit respectivement 0,2 point et 0,1 point que dans leurs précédentes estimations publiées à l'automne.

Pour l'économiste en chef de l'organisation basée à Washington, Gita Gopinath, "ces révisions sont certes modestes, mais nous estimons que les risques qui pourraient appeler à des corrections plus conséquentes s'amplifient". Alors que l'optimisme régnait chez les économistes de l'institution internationale il y a un an, les perspectives sur l'activité mondiale s'assombrissent.

--

Croissance : le FMI revoit ses prévisions à la baisse

[Un graphique de notre partenaire Statista]

--

Fort ralentissement dans les pays avancés

La croissance devrait particulièrement ralentir dans les pays avancés. D'après le tableau dressé par les experts de l'organisation, l'activité devrait passer de 2,3% en 2018 à 2% en 2019 et 1,7% en 2020. Aux Etats-Unis, les prévisionnistes anticipent une croissance de 1,8% en 2020 contre 2,5% en 2019 et 2,9% en 2018.

La fin des mesures de relance budgétaire du gouvernement Trump a amené le FMI à prévoir un essoufflement de la première puissance économique américaine, même si elle continue d'afficher des résultats biens supérieurs à la moyenne des pays développés. "Une forte croissance de la demande intérieure soutiendra l'augmentation des importations et contribuera à creuser le déficit des transactions courantes" souligne le Fonds. Le FMI redoute une prolongation du shutdown. "Une paralysie prolongée du gouvernement fédéral risque d'entraîner une révision à la baisse des perspectives".

Essoufflement en zone euro

En zone euro, les perspectives ne sont guère réjouissantes. L'économie de l'union monétaire devrait passer 1,8% en 2018 à 1,6% en 2019 (0,3% de moins que prévu à l'automne dernier) et à 1,7% en 2020. Les prévisions de croissance ont été particulièrement revues à la baisse pour quelques grandes puissances. Pour l'Allemagne, les estimations ont été dégradées en raison d'un coup de frein de la consommation privée, du ralentissement de la production industrielle notamment dans l'automobile et la baisse de la demande des pays étrangers.

>Lire aussi : Zone euro : "Quelques pays absorbent encore un choc lié à la récession de 2008"

Les projections ont également été abaissées pour l'Italie. La demande intérieure a clairement freiné et la politique économique du gouvernement de coalition peine à convaincre l'institution  qui prévoit 1% en 2018 contre 0,6% en 2019 et 1,6% en 2017. Pour la France, le FMI anticipe une relative stabilité de la croissance à 1,5% en 2018 et 2019 et 1,6% en 2020. Il estime que le mouvement des "gilets jaunes" pourrait avoir "des répercussion négatives" sur l'économie tricolore corroborant ainsi les travaux de l'Insee qui demeurent néanmoins très prudents sur l'impact économique de cette mobilisation inédite pour l'instant estimé à 0,1 point de PIB.

Pour le Royaume-Uni, les auteurs du rapport demeurent très prudents. "Une incertitude considérable entoure la projection de référence d'une croissance voisine de 1,5 % au Royaume-Uni en 2019-20." Le récent vote du parlement contre le projet d'accord longuement négocié entre Theresa May et les représentants de l'Union européenne a plongé le royaume dans l'instabilité politique la plus totale. Actuellement, plusieurs options se dessinent alors que l'échéance du 29 mars prochain approche à grand pas.

> Lire aussi"Le Brexit n'est pas un risque politique qui peut déboucher sur une crise systémique"

La croissance chinoise marque le pas

Au Japon, les prévisionnistes sont plus optimistes. Contrairement aux autres économies développées, les projections ont été révisées à la hausse pour l'activité japonaise. Ainsi, la croissance du PIB devrait passer de 1,1% en 2019 (soit 0,2 point de plus que dans les précédentes prévisions) contre 0,9% en 2018 et 0,5% en 2020. Cette révision favorable pour cette année est liée aux mesures de soutien budgétaire supplémentaires qui devraient doper l'activité.

Enfin, l'économie chinoise devrait marquer le pas passant de 6,6% en 2018 à 6,2% en 2019 et 2020. Les signes de faiblesse se multiplient sur l'activité de la puissance asiatique. D'après des statistiques publiées ce lundi, la croissance du géant oriental a ralenti au quatrième trimestre 2018, affectée par la faiblesse de la demande intérieure et la guerre commerciale avec les Etats-Unis, ramenant la croissance 2018 à son plus bas niveau en près de 30 ans.

> Lire aussi : Chine : la croissance du PIB au plus bas depuis près de 30 ans

Inquiétudes sur les négociations commerciales

Le différend commercial entre les Etats-Unis et la Chine constituent le premier risque pour l'organisation basée aux Etats-Unis. Après avoir décidé de marquer une pause en décembre dernier à Buenos Aires, les deux puissances ont entamé un cycle de négociations pour parvenir à un accord avant le premier mars prochain. Si les pourparlers entre les délégations échouent, l'escalade des tensions sur le commerce mondiale pourrait s'intensifier. Les Chinois ont déjà annoncé une réduction des droits de douane sur les voitures américaines mais les inquiétudes demeurent tout de même du côté des Américains qui redoutent notamment une montée en puissance des entreprises technologiques asiatiques trop importante.

"La signature, le 30 novembre, de l'accord de libre-échange entre les États-Unis, le Mexique et le Canada (USMCA) qui remplace l'ALENA, l'annonce, dès le 1er décembre, d'une « trêve » de 90 jours entre les États-Unis et la Chine sur les augmentations de droits de douane, et la réduction annoncée des droits chinois sur les importations de voitures américaines sont des mesures positives en vue de désamorcer les tensions commerciales" explique le FMI.

> Lire aussi : Chine-États-Unis  : l'armistice commercial, jusqu'à quand  ?

Le second sujet de préoccupation majeur des économistes du Fonds concerne la forte volatilité sur les marchés boursiers observée au cours de la fin d'année 2018.  "L'escalade des tensions commerciales, conjuguée aux inquiétudes concernant la politique budgétaire italienne, aux préoccupations à propos de plusieurs pays émergents et, vers la fin de l'année, à la fermeture de l'administration américaine, ont contribué à la chute des cours des actions au second semestre de 2018."

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Commentaires
a écrit le 22/01/2019 à 8:38 :
Bonne nouvelle pour le climat
a écrit le 22/01/2019 à 8:24 :
"conjuguée aux inquiétudes concernant la politique budgétaire italienne"

Pour que l'économie italienne influence la bourse mondiale c'est que cette dernière manque singulièrement de sérénité hein.

Les financiers ont installé des pompes à finances publiques via les intérêts de la dette, ils pompent tellement de pognon à flux tendus qu'ils ont même peur du défaut de paiement d'un pays aussi petit que l'Italie, alors que son PIB par rapport à celui du monde est ridicule.

Les marchés financiers ou la peur comme principale motivation comment voulez vous que le monde tourne rond ?

Plus on possède et plus on est possédé. On est dirigé par des aliénés.
Réponse de le 22/01/2019 à 10:50 :
La dette des états, c'est le livret A des milliardaires. Fonds et rendements garanties. Les valeurs boursières sont tellement virtuelles et manipulables qu'il serait suicidaire de tout y investir. C'est la peur le fondement des civilisations : peur de la guerre, de l'enfer, de la pauvreté, du changement climatique, de la maladie... Cela nous fait tous consommer de la religion, des assurances, des placements, des thérapies, de l'écologique...
Réponse de le 22/01/2019 à 12:36 :
Un scandale qui ne pourrait pas émerger au sein de véritables démocraties...

Que déplorable bilan.

"En Europe, la dette contre la démocratie" https://www.monde-diplomatique.fr/publications/manuel_d_economie_critique/a57212

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :